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4,7 T$ US en infrastructures au Canada : le moment d’agir

Repenser notre façon de construire, de financer et de collaborer

En bref

4,7 T$ US

Dépenses en infrastructures cumulées prévues au Canada entre 2024 et 2050

45 %

Augmentation des dépenses annuelles consacrées aux infrastructures au Canada entre 2024 et 2050

5 ͤ

Rang du Canada en 2050 dans le classement mondial des plus grands marchés d’infrastructures

Imaginez l’infrastructure du Canada en 2050, non pas comme un ensemble d’actifs déconnectés, mais comme des systèmes intégrés. Des routes qui desservent les régions minières, relient les installations de défense éloignées et améliorent la mobilité régionale. Des corridors ferroviaires qui abritent des lignes de transport d’électricité alimentant à la fois les installations de fabrication et les collectivités locales. Des systèmes numériques intégrés à chaque niveau.

Cet avenir est à notre portée. Une nouvelle prévision d’Oxford Economics préparée pour PwC prévoit que le Canada aura besoin de 4,7 trillions de dollars en investissements dans les infrastructures d’ici 2050. (Tous les chiffres du rapport sont exprimés en dollars américains de 2023.) Ces investissements portent notamment sur la construction et la rénovation de routes, de ponts et de réseaux d’adduction d’eau, ainsi que d’hôpitaux, de centres de données et d’installations de défense, entre autres structures.

Déployés de manière stratégique, des capitaux de cette ampleur peuvent accélérer notre croissance à long terme en améliorant la compétitivité commerciale, en renforçant l’indépendance énergétique et en assurant notre souveraineté économique. Ils permettent également de répondre à d’importants défis structurels, allant de la pénurie de logements à l’adaptation aux changements climatiques. Les retombées vont encore plus loin : création d’emplois, gains de productivité et renforcement des assises de l’avenir économique du Canada.

Ces résultats ne sont pas garantis. Ils dépendent des décisions que les dirigeants canadiens prennent aujourd’hui quant à l’organisation, au financement et à la mise en œuvre des infrastructures. C’est là l’objet du présent rapport : explorer comment les gouvernements, les investisseurs, les ingénieurs et les exploitants peuvent collaborer pour saisir cette opportunité.

Le Canada se classe actuellement au quatrième rang mondial en matière de dépenses annuelles en infrastructures, avec 145 G$. D’ici 2050, on prévoit que ce chiffre atteindra 210 G$ par année, ce qui représente une augmentation de 45 % et nous permet de conserver notre place parmi les cinq premiers pays en matière de dépenses.

Mais d’où proviendra cet argent? Les budgets publics sont confrontés à des contraintes. Des capitaux privés seront nécessaires pour financer ces travaux, tant au Canada qu’à l’étranger. Les investisseurs qui évaluent où déployer leurs fonds doivent comprendre comment les différents pays abordent les infrastructures – et leurs priorités de dépenses – pour pouvoir cibler les opportunités qui se présentent.

Bâtir les infrastructures du Canada exige une coordination. Les gouvernements investissent simultanément dans les transports en commun, les infrastructures de logement, l’énergie, les services publics, les corridors commerciaux et les infrastructures numériques. Les contraintes liées à la main-d’œuvre représentent l’un des plus grands risques pour la réalisation du programme d’infrastructures du Canada. Mais des solutions existent : programmes de formation et de certification ciblés, mesures stratégiques en matière d’immigration, et bien plus encore.

Autre élément essentiel : revoir notre façon de construire des infrastructures. La participation des communautés autochtones en tant que partenaires économiques à part entière soutiendra le développement des infrastructures du Canada et permettra à nos investissements de générer des avantages publics plus larges, allant au-delà des seuls rendements privés. De même, les promoteurs et exploitants d’infrastructures ont la possibilité de repenser la façon dont ils créent, fournissent et captent de la valeur. Les technologies de pointe, y compris l’IA, vont transformer les modes de réalisation de projets, la productivité et la compétitivité des coûts.

Le Canada peut bien dépasser ces prévisions, mais il peut également ne pas y parvenir. Tout se jouera dans les mesures que nous prendrons dans les prochaines étapes.  

1 La taille et la composition de l’opportunité liée aux infrastructures au Canada

Plusieurs facteurs se conjuguent pour stimuler les dépenses en infrastructures au Canada. La demande mondiale de ressources s’intensifie, créant des opportunités pour les secteurs minier et énergétique du pays. Les pays et les entreprises réorganisent leurs chaînes d’approvisionnement en fonction des risques géopolitiques, et le Canada émerge comme une alternative stable. Les engagements du Canada au sein de l’OTAN et les exigences en matière de sécurité dans l’Arctique créent de nouveaux besoins en infrastructures de défense. La transition énergétique génère, quant à elle, une nouvelle demande de minéraux critiques, de production d’énergie plus propre et de stockage. De plus, les gouvernements et les entreprises sont en train de moderniser les actifs d’infrastructure existants dans tous les secteurs.


Dépenses cumulées en infrastructures canadiennes par secteur, 2024-2050

Veuillez cliquer sur chaque barre pour accéder aux détails de chaque secteur.

(Dépenses cumulées en prix en dollars américains à la valeur de 2023)

La plus grande part des investissements dans les infrastructures du Canada sera consacrée au secteur des ressources, atteignant 63 G$ par année d’ici 2050. Le transport représente le deuxième plus important poste, avec 42 G$ par année. Les infrastructures sociales (santé, soins aux personnes âgées et éducation) atteindront 33 G$ par année. Ces trois secteurs représenteront environ les deux tiers de toutes les dépenses canadiennes en infrastructures en 2050.

L’infrastructure de la défense est le secteur canadien qui connaît la croissance la plus rapide et devrait progresser de 389 % entre 2024 et 2050, un rythme qui exige des approches modernisées en matière d’approvisionnement en défense. Cette évolution s’inscrit dans l’engagement du Canada à consacrer 1,5 % supplémentaire de son PIB à des investissements essentiels en matière de défense et de sécurité. Nombre de ces investissements – aéroports, ports, systèmes de communication – sont doublement utiles, car ils renforcent à la fois les capacités de défense et répondent aux besoins en infrastructure civile.  


Évolution des investissements en infrastructures au Canada

(Dépenses annuelles en prix en dollars américains à la valeur de 2023)

Cela étant dit, les dépenses en infrastructures au Canada demeurent fortement concentrées. Les investissements dans le secteur des ressources représenteront à eux seuls environ 30 % de l’ensemble des dépenses en infrastructures du pays en 2050. D’autres pays se diversifient plus rapidement dans les secteurs qui redéfinissent les systèmes énergétiques, les réseaux commerciaux et l’infrastructure numérique. Par exemple, on prévoit que l’énergie nucléaire connaîtra une croissance de 45 % à l’échelle mondiale entre 2024 et 2050, comparativement à 11 % au Canada, malgré plusieurs projets de grande envergure dans ce pays. Ailleurs, les ports et les aéroports – les maillons qui facilitent le commerce mondial – augmenteront respectivement de 73 % et de 93 % à l’échelle mondiale, comparativement à 64 % et 78 % au Canada. 

Si les économies émergentes à croissance rapide font grimper ces moyennes mondiales, le Canada risque, par ailleurs, de prendre du retard par rapport aux autres économies avancées, notamment les États-Unis. Pour les mêmes types d’investissement, les États-Unis devraient surpasser le Canada dans le domaine de l’énergie nucléaire (17 % contre 11 %), des aéroports (99 % contre 78 %) et dans plusieurs autres catégories. Nous observons le même schéma ailleurs. Par exemple, on prévoit que le Canada sera à la traîne par rapport à d’autres pays comparables, comme le Royaume-Uni et l’Australie, en ce qui concerne l’attraction des investissements dans les centres de données. 

Pour combler ces écarts, le Canada peut commencer par mieux comprendre les opportunités et les contraintes propres à chaque secteur d’activité. Chaque secteur livre un portrait différent de notre position concurrentielle et de ce qu’il faudra pour renforcer l’avantage du Canada. 

Où se trouve votre opportunité en matière d’infrastructures?

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2 Comment les besoins en infrastructures varient-ils à travers le Canada par secteur

Ressources

63 G$ US

Dépenses annuelles prévues en 2050

19 %

Augmentation des dépenses d’ici 2050

1 588 G$ US

Dépenses cumulatives, 2025-2050

L’infrastructure des ressources – soit les installations et les réseaux qui soutiennent l’extraction, la transformation et le transport du pétrole, du gaz, du charbon, des métaux et des minéraux – représente la plus importante catégorie de dépenses d’infrastructure du Canada. D’ici 2050, on prévoit que ce chiffre passera de 53 G$ par année à 63 G$, ce qui représente un total cumulatif de 1 590 G$. Cette croissance s’explique par plusieurs facteurs, notamment la hausse de la demande mondiale pour les minéraux et l’énergie canadiens, les changements géopolitiques et la position du Canada en tant que source stable et fiable pour les marchés à la recherche de solutions à la concentration des fournisseurs. Le gouvernement fédéral joue également un rôle en offrant des crédits d’impôt remboursables pour encourager l’acquisition et le développement d’actifs utilisés dans la fabrication et la transformation de technologies propres, ou dans la transformation de certains minéraux critiques.

Investissements en infrastructures liées aux ressources au Canada

(Dépenses annuelles en prix en dollars américains à la valeur de 2023)

Les délais d’approbation réglementaire et la coordination intergouvernementale entravent le développement des infrastructures liées aux ressources. Les projets doivent faire face à des années de procédures d’autorisation et composer avec des réglementations qui se chevauchent. Il en résulte une augmentation des coûts et de l’incertitude. Nous constatons toutefois une volonté de relever ces défis. Par exemple, le gouvernement fédéral a proposé un délai cible d’un an pour ses examens des grands projets. Et certaines provinces adoptent des mesures complémentaires, comme le projet de loi 30 de l’Alberta, qui instaurerait un processus d’autorisation de 120 jours pour les grands projets énergétiques, miniers et industriels. Si elles sont couronnées de succès, de telles mesures pourraient accélérer plusieurs projets proposés et dépasser nos prévisions de base en matière de dépenses en infrastructures liées aux ressources au Canada.

Mais nos prévisions ne reposent pas uniquement sur des projets entièrement nouveaux. Une part importante des dépenses en infrastructures renforce les chaînes d’approvisionnement nationales grâce à la modernisation et à l’expansion d’installations existantes, et ce, par la prolongation de la durée de vie des actifs existants, la mise à niveau des infrastructures vieillissantes et l’augmentation des capacités. De tels travaux s’effectuent dans des cadres réglementaires différents de ceux des projets nouveaux, et sont soumis à des processus d’approbation plus simples et des délais plus courts.

De telles opportunités de redéveloppement attirent déjà des investissements. Les investisseurs étrangers comme les entreprises canadiennes acquièrent et modernisent des actifs, revitalisent des activités établies et mobilisent des capitaux privés.  

Dépenses en infrastructures liées aux ressources : Comparaisons avec les pairs

(Dépenses annuelles en prix en dollars américains à la valeur de 2023)

Au-delà de la rénovation des sites existants, les infrastructures liées aux ressources sont de plus en plus façonnées par la nécessité de développer des actifs polyvalents au service de plusieurs objectifs et utilisateurs simultanément.

On constate l’émergence de projets qui conjuguent l’extraction minière, la propriété autochtone, la production d’électricité, le transport et la connectivité numérique – créant ainsi des opportunités de collaboration intersectorielle au service de multiples utilisateurs.

Cette convergence exige un alignement entre les différents paliers du gouvernement, les communautés autochtones, les entreprises du secteur privé et les autres parties prenantes. Lorsque ces groupes s’organisent autour d’intérêts communs, les infrastructures liées aux ressources génèrent des retombées économiques plus larges.

Transport

42 G$ US

Dépenses annuelles prévues en 2050

48 %

Augmentation des dépenses d’ici 2050

912 G$ US

Dépenses cumulatives, 2025-2050

Les secteurs de l’agriculture, du pétrole et du gaz, ainsi que des minéraux du Canada redéfinissent les priorités en matière d’infrastructures de transport du pays. Historiquement, ces produits de base transitaient par des corridors commerciaux établis, fondés sur des relations clients existantes. On observe toutefois un intérêt croissant pour le développement de nouvelles liaisons est-ouest vers d’autres marchés mondiaux. La concrétisation de ces corridors – et le choix de ceux qui seront prioritaires – dépendra de l’évolution des chaînes de valeur de ces produits de base, en particulier de la mesure dans laquelle le Canada développera une capacité de transformation en aval supplémentaire.

Investissements en infrastructures de transport au Canada

(Dépenses annuelles en prix en dollars américains à la valeur de 2023)

Les routes et les ponts représentent la plus grande partie des dépenses du Canada en matière d’infrastructures de transport. Mais les aéroports devraient connaître la croissance la plus rapide, augmentant de 78 % pour atteindre 4 G$ par année d’ici 2050. Cela représente 90 G$ en dépenses cumulées en infrastructures aéroportuaires d’ici 2050. Confronté à ces exigences en matière de capital, le gouvernement fédéral étudie des options de privatisation et des modèles de propriété alternatifs qui pourraient attirer des investissements privés.

On observe par ailleurs des investissements importants dans les infrastructures ferroviaires de transport de passagers, notamment des prolongements de métro, des réseaux régionaux et le développement de trains à grande vitesse. En ce qui concerne le transport de marchandises, on constate un intérêt croissant pour les lignes ferroviaires secondaires qui desservent des corridors spécifiques et se connectent au réseau national. Ces exploitants attirent des capitaux institutionnels. Les investisseurs privés voient des opportunités dans les lignes d’alimentation, la consolidation régionale et les itinéraires spécialisés qui relient les sources de produits de base aux ports et aux marchés mondiaux. Ces corridors peuvent également servir à de multiples fins, notamment en faisant progresser les priorités d’infrastructures plus larges du Canada, y compris la défense et la sécurité. 

Dépenses en infrastructures de transport : Comparaisons avec les pairs

(Dépenses annuelles en prix en dollars américains à la valeur de 2023)

Construire des infrastructures adaptées à des besoins futurs permet de réduire les modifications coûteuses ultérieures. Ainsi, l’expansion des capacités ferroviaires et des infrastructures électriques dans des régions telles que le bassin du Labrador pourrait être conçue de manière à répondre à des objectifs multiples et à réduire les coûts futurs. Une concertation précoce entre toutes les parties prenantes peut accélérer la réalisation des infrastructures de transport du Canada. Le point de départ de ce processus consiste à déterminer clairement quel problème ces infrastructures visent à résoudre et pour qui. Les projets qui privilégient la réponse à ces questions par rapport aux considérations politiques ou techniques permettent de mettre en place des infrastructures qui répondent à la demande réelle, aujourd’hui et demain.

Électricité

28 G$ US

Dépenses annuelles prévues en 2050

57 %

Augmentation des dépenses d’ici 2050

605 G$ US

Dépenses cumulatives, 2025-2050

Plusieurs forces sont en train de redéfinir les besoins en infrastructures énergétiques. L’électrification des véhicules à moteur, des procédés industriels et des systèmes de chauffage accroît la demande de base. Dans le même temps, les nouvelles activités minières, les centres de données et d’autres projets majeurs nécessitent des capacités de production d’électricité dédiées. Parallèlement, la demande énergétique américaine crée des opportunités pour les exportations canadiennes. Les préoccupations mondiales en matière de sécurité énergétique mettent également les pays, dont le Canada, sous pression pour renforcer leur approvisionnement énergétique national. En réponse, le gouvernement fédéral a récemment lancé une nouvelle Stratégie nationale d’électrification dont l'un des objectifs est de doubler la capacité du réseau d’ici 2050.

Investissements en infrastructures électriques au Canada

(Dépenses annuelles en prix en dollars américains à la valeur de 2023)

Selon nos prévisions, les dépenses annuelles consacrées aux infrastructures électriques passeront de 18 G$ à 28 G$ d’ici 2050, pour un total de 605 G$ en investissements cumulés. Le secteur des énergies renouvelables est à la fois le plus important et celui qui connaît la croissance la plus rapide. Il devrait progresser de 7 G$ à 13 G$ par année, ce qui représente 272 G$ en investissements cumulés.

Le nucléaire est un autre élément important de nos prévisions. Le Canada prolonge la durée de vie de son parc nucléaire actuel grâce à d’importants projets de remise à neuf, fait progresser la construction à grande échelle de centrales nucléaires et construit de petits réacteurs modulaires. Nos prévisions estiment à 86 G$ les investissements cumulés dans le nucléaire d’ici 2050. Si les projets nucléaires en cours se traduisent par une adoption accélérée du nucléaire dans tout le Canada, les dépenses dans ce secteur pourraient dépasser nos prévisions.

Dans le secteur de l’électricité, le Canada est en concurrence pour attirer les investissements, notamment de la part des États-Unis. Ce pays attire les investisseurs grâce à la rapidité de ses procédures d’autorisation réglementaire, à son régime fiscal et à la clarté de son cadre d’investissement. Au Canada, des changements de politique récents – y compris les crédits d’impôt pour une économie propre – visent à créer un environnement plus concurrentiel. Pour les investisseurs, la question est de savoir si les améliorations au Canada peuvent égaler, voire dépasser, les conditions offertes aux États-Unis.  

Dépenses en infrastructures électriques : Comparaisons avec les pairs

(Dépenses annuelles en prix en dollars américains à la valeur de 2023)

Le réseau électrique canadien est largement intégré du nord au sud, et est relié aux marchés américains. Mais les connexions est-ouest entre les provinces demeurent fragmentées. Cette situation limite le transport de l’électricité à l’intérieur du pays, crée des frictions opérationnelles et entrave nos efforts de transition énergétique. Accroître la capacité de transport d’électricité entre les provinces et les territoires est l’un des piliers de la Stratégie nationale d’électrification du Canada. Cela ajouterait de la souplesse, améliorerait la résilience et contribuerait à une affectation plus efficace des ressources. Cet objectif nécessite des investissements gouvernementaux stratégiques dans la modernisation du réseau – déploiement de capitaux pour assurer la souveraineté énergétique et la résilience du réseau plutôt qu’à des fins de rendements commerciaux uniquement – associés à une clarté réglementaire et à des échéanciers d’exécution prévisibles.

Infrastructures sociales

33 G$ US

Dépenses annuelles prévues en 2050

86 %

Augmentation des dépenses d’ici 2050

667 G$ US

Dépenses cumulatives, 2025-2050

Les infrastructures sociales du Canada – qui englobent les établissements d’enseignement, de soins de santé et de soins aux personnes âgées –, sont soumises à de multiples pressions. Le vieillissement de la population accroît la demande d’investissements provinciaux dans la construction et la rénovation d’hôpitaux et d’établissements de soins de longue durée. La croissance démographique à long terme créera une demande de nouvelles écoles et d’infrastructures éducatives. Les installations plus anciennes, dont l’entretien a été reporté, nécessitent une rénovation et de nouveaux investissements. De plus, la configuration géographique du Canada fait en sorte que ces infrastructures doivent être réparties sur un territoire plus vaste . Nous avons besoin d’investissements dans les régions éloignées, nordiques et moins densément peuplées du pays. Cela accroît davantage les besoins en capitaux.

Les dépenses du Canada en infrastructures sociales devraient passer de 18 G$ par année à 33 G$ d’ici 2050, ce qui représente un cumul de 667 G$, réparti à peu près également entre l’éducation et la santé. Cependant, la réalisation de ces investissements se heurte à des contraintes : disponibilité de la main-d’œuvre, capacité de construction et délais d’approbation réglementaire.

Investissements en infrastructures sociales au Canada

(Dépenses annuelles en prix en dollars américains à la valeur de 2023)

Les capitaux privés ont toujours contribué au financement des infrastructures de santé par voie de partenariats public-privé (PPP), mais les mégaprojets ont pris une ampleur telle que de nombreux entrepreneurs ne sont plus en mesure de les cautionner et de les financer. En revanche, les soins aux personnes âgées continuent d’attirer des investissements privés grâce à une combinaison de financement public et d’exploitation privée. Les acteurs de ce secteur font évoluer leurs modèles d’affaires, passant de la propriété d’actifs à la prestation de services. Une autre tendance émergente consiste pour les fournisseurs de soins de santé et de logements à collaborer pour améliorer les résultats en matière de santé grâce à des services intégrés.

Dépenses en infrastructures sociales : comparaisons avec les pairs

(Dépenses annuelles en prix en dollars américains à la valeur de 2023)

Certains projets d’infrastructures de soins de santé sont conçus comme des réseaux distribués ou des campus intégrés dotés de capacités de santé numérique, plutôt que comme de grandes installations autonomes. Des modèles plus petits et distribués peuvent être mis en place plus rapidement et coordonnés plus facilement, rapprochant ainsi les soins du domicile des patients. D’autres peuvent être implantés au même endroit que les installations de recherche, les centres de formation médicale et les espaces d’innovation. Cette convergence offre de nombreux avantages : transfert de connaissances entre les équipes cliniques et de recherche, activité économique autour des pôles de soins de santé et infrastructure à usages multiples. Pour les investisseurs et les exploitants, ces modèles créent des projets plus complexes, mais potentiellement plus bénéfiques.

Infrastructures numériques

12 G$ US

Dépenses annuelles prévues en 2050

24 %

Augmentation des dépenses d’ici 2050

237 G$ US

Dépenses cumulatives, 2025-2050

Les infrastructures numériques englobent le transport, le stockage et le calcul, soit les systèmes de base qui acheminent, stockent et traitent les données. La demande pour ces systèmes est déjà forte et ne fera que croître, stimulée par l’adoption de l’IA, les réseaux sans fil de prochaine génération, y compris la 6G, et l’augmentation constante du volume de données. De plus, l’importance croissante accordée aux infrastructures numériques souveraines attire des capitaux publics vers des initiatives telles que des réseaux de fibres optiques géoredondants. Les dépenses du Canada en infrastructures numériques devraient passer de 9 G$ par année à 12 G$ d’ici 2050, ce qui représente un investissement cumulé de 237 G$. Ce chiffre pourrait encore augmenter si le Canada parvient à attirer des promoteurs de centres de données d’autres marchés.

Investissements en infrastructures numériques au Canada

(Dépenses annuelles en prix en dollars américains à la valeur de 2023)

Les changements fondamentaux dans la structure du secteur des télécommunications créent de nouvelles opportunités d’investissement. Les sociétés de télécommunications canadiennes séparent leurs activités d’infrastructures (tours, fibre et centres de données) afin de dégager de la valeur de leurs actifs existants. Parallèlement, les fonds de pension et les sociétés de capital-investissement constituent des réserves de capitaux dédiées pour acquérir ces actifs et mettre en place des plateformes à grande échelle.

La phase de construction des infrastructures de centres de données se concentrera sur les prochaines années et atteindra un pic en 2029. Cette intensité à court terme reflète la course des géants de l’infonuagique pour assurer leur capacité alors que la demande d’IA s’accélère. Les déploiements de l’Internet des objets, la robotique, les applications de réalité virtuelle et les besoins anticipés en matière d’informatique quantique intensifient cette pression. D’ici les années 2040, une fois le pic de déploiement dépassé, les investissements passeront de l’expansion de la capacité à l’efficacité et à l’adaptation des installations existantes, ce qui représente une opportunité à long terme secondaire, mais importante.

Alors que le marché gagne en maturité, les investisseurs se montrent, eux, de plus en plus prudents. Les questions liées au financement à long terme, les préoccupations concernant la disponibilité de l’eau dans certaines régions et la résistance des communautés pourraient limiter la croissance future. Les promoteurs de centres de données doivent également s’assurer d’un approvisionnement énergétique suffisant, une exigence qui stimule les investissements dans de nouvelles infrastructures énergétiques, notamment les petits réacteurs modulaires et les centrales hydroélectriques. 

Dépenses en infrastructures numériques : comparaison avec les pairs

(Dépenses annuelles en prix en dollars américains à la valeur de 2023)

Le Canada possède des avantages concurrentiels pour le développement de centres de données : des terres abondantes, des réserves d’eau douce, l’accès à l’énergie renouvelable et un climat naturellement frais qui réduit les coûts de refroidissement. Néanmoins, les dépenses cumulées en centres de données au Canada devraient rester en deçà de celles du Royaume-Uni et de l’Australie, de 24 % et de 28 %, respectivement. Les États-Unis ont également attiré d’importants investissements, soutenus par des programmes régionaux coordonnés offrant des échéanciers d’autorisation rationalisés et un soutien financier direct.

Mais combler ces écarts ne se résume pas à dépenser davantage. Il s’agit également d’investir différemment, en allant au-delà de la simple capacité de centre de données générique pour se tourner vers des solutions spécifiques à chaque secteur. Les atouts du Canada dans les domaines minier, agricole, de la santé et de l’éducation offrent au pays une chance de prendre les devants. Ces secteurs dépendent de plus en plus de matériel déployé dans des endroits éloignés, recueillant des informations qui doivent être transportées, stockées, traitées et converties en décisions. Les réseaux sans fil privés, l’informatique en périphérie, la fibre et l’infrastructure sur mesure peuvent améliorer la productivité tout au long de cette chaîne. Si le Canada élabore des solutions sur mesure pour ces secteurs, l’opportunité se évoluera de l’exportation de puissance de calcul brute vers l’exportation de solutions intégrées.  

3 Les opportunités mondiales en matière d’infrastructures pour les investisseurs et les promoteurs canadiens

Les investissements en infrastructures varient sur le plan de l’ampleur, le rythme et la concentration sectorielle selon les régions du monde. La région Asie-Pacifique représentera plus de la moitié des investissements mondiaux d’ici 2050, avec un développement important en transports, énergie et numérique et une croissance rapide des marchés émergents comme l’Inde, l’Indonésie, les Philippines et le Vietnam. Les Amériques, menées par les États-Unis, représenteront environ un quart des investissements, les dépenses d’infrastructure américaines devant augmenter de 60 % d’ici 2050; la production d’électricité domine cette opportunité, soutenue par les énergies renouvelables et la demande d’électricité des centres de données.

Pour l’Europe, il s’agit principalement d’une dynamique de renouvellement, à savoir une modernisation des transports, une expansion des infrastructures sociales pour les populations vieillissantes et une augmentation des investissements dans la défense. Le Moyen-Orient poursuit sa diversification économique en misant sur les infrastructures numériques, l’énergie propre et les grappes industrielles. Quant à l’Afrique, elle offre une demande à long terme, stimulée en grande partie par une urbanisation rapide et le développement de corridors commerciaux.  


Dépenses mondiales en infrastructure en 2050 : quels pays et quelles régions seront en tête?

(Dépenses en infrastructures cumulées, 2025-2050 en prix en dollars américains à la valeur de 2023)

Les infrastructures de transport dominent les dépenses mondiales, représentant un tiers de l’ensemble des investissements d’ici 2050. Les routes et les ponts accapareront la majeure partie de ces dépenses, bien que les aéroports représentent le sous-secteur des transports à la croissance la plus rapide. Les investissements dans les infrastructures électriques s’accélèrent, stimulés par la décarbonisation et la modernisation du réseau. Les dépenses en infrastructures liées aux ressources diminuent à l’échelle mondiale, principalement en raison d’un recul prévu des investissements dans le charbon.


Croissance mondiale des dépenses en infrastructures

(Dépenses annuelles en prix en dollars américains à la valeur de 2023)

Pour les investisseurs, les promoteurs, les sociétés d’ingénierie et les entreprises de construction, le paysage mondial des infrastructures offre diverses opportunités selon les régions et les secteurs. Lorsque vous élaborez votre stratégie, il est utile de vous poser les questions suivantes pour orienter vos décisions en matière de capitaux et de capacités :

  • Disposez-vous de plateformes qui vous permettent de saisir les opportunités dans les secteurs et les régions à forte croissance? La solidité de la plateforme, qu’elle soit développée en interne ou acquise, détermine votre capacité à saisir les opportunités mondiales dès qu’elles se présentent.
  • Votre portefeuille est-il suffisamment équilibré entre territoires présentant des profils de risque différents? Équilibrer le potentiel de croissance et les risques géopolitiques et économiques – tout en évitant une concentration excessive sur un seul marché – permet d’aligner le déploiement de capital sur votre appétit pour le risque.
  • Que vendrez-vous pour financer la croissance future? À mesure que les secteurs évoluent, agir rapidement permet de réorienter le capital et les ressources vers les opportunités émergentes.

Quelle est la place du Canada dans ce contexte mondial en mutation? En valeur absolue, le pays se classe parmi les premiers en dépenses en infrastructures. Mais exprimé en pourcentage du PIB, nous sommes à la traîne. Le Canada investit actuellement 6,6 % de son PIB dans les infrastructures. Nos homologues les plus performants y consacrent 7,4 %. Cet écart limite la croissance et la compétitivité de l’économie canadienne. Pour le combler, il faudra investir 34 G$ supplémentaires par an d’ici 2050. Les gouvernements et les entreprises doivent agir maintenant, en investissant dans des priorités communes et en collaborant de nouvelles façons.

7,4 %

Part du PIB que les pays les plus performants investissent dans les infrastructures. Le Canada est actuellement en deçà de ce niveau, avec 6,6 % du PIB.

En ce qui concerne les échéanciers et les approbations en matière d’infrastructures, les chefs d’entreprise sont clairs : les gouvernements doivent agir avec plus de rapidité et de prévisibilité. Le gouvernement fédéral a lancé son propre appel à l’action, exhortant les entreprises à investir et à contribuer à la mise en place des actifs, des industries et des capacités qui définiront la prochaine génération de croissance. Pour y parvenir, les deux parties doivent repenser la façon dont les infrastructures sont organisées, financées et mises en œuvre.

Nous constatons un momentum : le Bureau des grands projets du Canada, en particulier, travaille à simplifier les approbations et à accélérer la réalisation de projets d’intérêt national. On reconnaît par ailleurs que le fait d’impliquer de manière significative les communautés autochtones dès le début et de veiller à ce qu’elles tirent parti des initiatives d’infrastructures, y compris en tant qu’investisseurs, peut améliorer les résultats des projets.

Toutefois, pour tirer pleinement parti des possibilités qu’offrent les infrastructures au Canada, il faut plus que de la rapidité et de la détermination. Financer les infrastructures différemment peut rendre de nouveaux projets possibles. Améliorer la productivité, la compétitivité des coûts et la capacité de la main-d’œuvre contribue à attirer les capitaux mondiaux vers les projets canadiens. Ces changements peuvent aider le Canada à saisir cette occasion. 

4 Des vases clos aux systèmes : saisir la valeur grâce à l’intégration

Imaginons ce qu’il faudra pour développer le Cercle de feu, cette région riche en minéraux de l’Ontario située à plus de 500 kilomètres au nord-est de Thunder Bay. Il faudra des routes, des centrales et des lignes de transport d’électricité, un réseau de fibre. Il faudra aussi des logements et des infrastructures sociales essentielles, comme les soins de santé pour les travailleurs et les collectivités. Sans ces infrastructures de soutien – et sans de véritables partenariats avec les peuples autochtones –, le développement minier ne peut progresser.

Tels sont les besoins du Canada en infrastructures : des systèmes polyvalents et intégrés bâtis ensemble plutôt que des actifs distincts construits l’un après l’autre. Les frontières s’estompent, dégageant une valeur en mouvement considérable dans l’ensemble de l’économie.

Pour les investisseurs, cette reconfiguration est tout aussi importante. Les infrastructures, l’immobilier et le capital-investissement convergent au niveau du portefeuille. Des fonds de capital qui étaient autrefois spécialisés dans une seule catégorie investissent désormais dans les trois, ce qui brouille les profils de risque et de rendement. Les structures des fonds s’adaptent. Les investisseurs et les gestionnaires d’actifs qui développent des capacités au-delà des frontières traditionnelles des catégories d’actifs peuvent accéder à des opportunités au Canada et à l’étranger qui n’existaient pas il y a dix ans.

La mise en place d’infrastructures convergentes nécessite une coordination des différentes phases du projet. Chaque couche d’infrastructure doit ouvrir la voie à la suivante, en répondant à des objectifs multiples et aux besoins de divers utilisateurs et collectivités. Toutefois, la convergence au niveau de la mise en œuvre ne suffit pas. Il faut des structures de capital qui ont la capacité de financer des infrastructures destinées à des usages et à des utilisateurs multiples. 

5 Comment nous finançons : Des structures de capital adaptées à l’ère de la convergence

La convergence crée une réalité financière particulière : lorsqu’une route dessert à la fois un site minier et les collectivités environnantes, ou qu’une ligne de transport d’électricité alimente à la fois l’industrie et les foyers, aucun utilisateur unique ne devrait assumer l’intégralité du fardeau financier. Les priorités communautaires peuvent soutenir ou limiter ces projets de manière indépendante, parfois en primant sur les considérations purement financières.

Les structures présentées ci-après peuvent se compléter pour faciliter le financement par plusieurs partenaires. Elles illustrent également pourquoi le rôle du gouvernement est essentiel à l’heure actuelle : la capacité budgétaire du Canada est limitée, ce qui rend le capital privé indispensable au renouvellement et à la construction des infrastructures. Le gouvernement doit mettre en place des mécanismes qui attirent les investissements privés, gèrent les risques, harmonisent les incitatifs et protègent l’intérêt des contribuables, créant ainsi les projets viables dont le capital privé a besoin.  

Certains projets d’infrastructures comportent trop de risques pour être financés uniquement par des capitaux privés. Les projets de construction à grande échelle sur des terrains vierges, les systèmes énergétiques novateurs et les infrastructures de ressources, qui dépendent des prix volatils des produits de base, comportent tous une incertitude et un risque importants, ce qui rend difficile l’évaluation du coût du financement commercial.

Les structures hybrides aident à mobiliser ces projets en jumelant des capitaux publics et privés. Une entité gouvernementale apporte la première tranche de capitaux propres, soit un capital catalyseur qui absorbe le risque lié à la phase de démarrage et qui envoie un signal de confiance au marché. Cela contribue à attirer des investissements commerciaux ultérieurs.

Plusieurs mécanismes sont envisageables. Par exemple, des garanties sur les prix des produits de base protègent contre les scénarios défavorables dans les projets dépendants des ressources. Dans d’autres cas, les investissements publics d’ancrage réduisent suffisamment le risque de la structure du capital pour que des fonds privés puissent y participer. Les institutions de financement public canadiennes ont utilisé ces structures pour faire avancer des projets d’infrastructures dont le risque ou la complexité aurait autrement limité la participation du secteur privé. Des variantes existent à l’échelle mondiale, offrant aux investisseurs institutionnels canadiens des modèles familiers lorsqu’ils évaluent des opportunités à l’étranger.

Ces approches sont particulièrement utiles pour les infrastructures à usages multiples qui pourraient avoir du mal à attirer des financements commerciaux si un seul utilisateur devait en supporter l’intégralité des coûts. Les structures hybrides permettent d’échelonner les coûts et de les répartir entre plusieurs bénéficiaires au fil du temps, à mesure que les différents éléments de l’infrastructure se développent. Bien gérés, les capitaux publics attirent les investissements privés vers des projets qui, sans cela, ne verraient peut-être pas le jour.  

Le Canada possède un vaste portefeuille d’infrastructures publiques matures, dont beaucoup génèrent des revenus prévisibles et peuvent être exploitées par le secteur privé dans un cadre approprié. Les capitaux ainsi libérés des bilans publics peuvent être réaffectés à des projets en région éloignée, à des actifs sociaux et à d’autres infrastructures nécessaires.

Ce modèle est bien établi ailleurs dans le monde, notamment en Australie et dans plusieurs pays européens. Nous avons constaté que des pratiques de gouvernance, de surveillance et de réglementation solides – y compris des mécanismes de partage des gains au fil du temps – contribuent à aligner les incitatifs économiques et à stimuler la performance opérationnelle. La même opportunité se présente chez nous. Par exemple, le gouvernement fédéral a réitéré dans sa mise à jour économique du printemps son intention d’explorer la participation du secteur privé dans les infrastructures aéroportuaires par le biais de mécanismes tels que les sous-locations, les coentreprises et les partenariats d’investissement à long terme.

Le recyclage des actifs peut créer un cercle vertueux. Les actifs matures sont transférés à des exploitants qui apportent une expertise opérationnelle spécialisée. Les capitaux publics sont réinjectés dans les priorités en matière d’infrastructure, tant pour les nouveaux projets que pour la modernisation des actifs existants qui nécessitent des investissements. Au fil du temps, de nouveaux actifs arrivent à maturité et peuvent à leur tour être recyclés. C’est le modèle qui a permis à certaines économies comparables de maintenir des investissements à long terme dans les infrastructures sans dépendre uniquement des budgets publics. 

La participation des Autochtones constitue un pilier solide pour les grands projets d’infrastructures au Canada. Harmoniser les opportunités économiques avec les priorités des Autochtones est essentiel à la réalisation de nombreux projets.

Les accords antérieurs mettaient souvent l’accent sur la consultation, l’atténuation des impacts et l’octroi d’avantages tels que des emplois et des possibilités limitées en matière de marchés publics. La réalisation de l’ensemble de nos ambitions en matière d’infrastructures dépend de notre capacité à dépasser les approches purement transactionnelles et à créer des partenariats économiques à long terme fondés sur des valeurs communes et des intérêts mutuels. Ces modèles existent. Ils comprennent un partage significatif des revenus, une participation accrue aux marchés publics et une prise de parts dans le capital. Les collectivités peuvent diriger le développement des infrastructures selon leurs propres conditions, participer à la construction et détenir des contrats d’exploitation et de maintenance qui génèrent des revenus pendant des décennies. Mais ces approches ne sont pas encore la norme.

Des partenariats fructueux fondés sur la confiance peuvent offrir aux investisseurs une plus grande prévisibilité et procurer aux collectivités un intérêt économique durable dans la réussite des projets. Les gouvernements de partout au Canada aident les collectivités autochtones à financer leur participation au capital de grands projets grâce à des programmes tels que le Programme de garantie de prêts pour les Autochtones. L’élargissement de ces initiatives permettrait de tirer parti de tout le potentiel qu’offre cette opportunité.

Au-delà des capitaux, certaines communautés autochtones peuvent tirer parti de capacités administratives, financières et techniques supplémentaires pour participer à de grands projets d’infrastructures. Le renforcement de ces capacités – par l’intermédiaire des gouvernements, des partenaires de l’industrie et des communautés elles-mêmes – élargit le bassin d’opportunités d’investissement, favorise la réconciliation économique et, en fin de compte, réduit les risques liés aux projets.
 

Au Canada, les infrastructures comme les routes et les réseaux d’approvisionnement en eau sont en grande partie financées par l’impôt général. Cela limite le volume des investissements pouvant être consacrés à ces catégories d’actifs. Cependant, ces infrastructures pourraient s’autofinancer grâce à des redevances d’utilisation, des péages, des modèles tarifaires et d’autres approches communément utilisées dans d’autres pays.

La mise en place de péages ou d’autres redevances d’utilisation est une proposition politiquement délicate, d’autant plus que de nombreux Canadiens sont confrontés à la hausse du coût de la vie. Même avant la récente flambée des prix de l’énergie, l’Enquête mondiale sur les espoirs et les craintes de PwC (en anglais seulement) montrait que 16 % des travailleurs canadiens ne pouvaient pas payer leurs factures chaque mois ou avaient du mal à le faire, tandis que 42 % supplémentaires avaient peu ou pas d’argent à mettre de côté après les avoir payées.

Mais les systèmes de paiement par l’utilisateur ne doivent pas nécessairement se traduire par des frais directs pour les consommateurs. C’est le cas des péages indirects, où les gouvernements rémunèrent les exploitants en fonction de l’utilisation sans facturer directement les usagers. Les structures fondées sur des tarifs, la tarification réglementée et les paiements basés sur la disponibilité sont un autre exemple. Chacune de ces structures dissocie le mécanisme de financement de la question de savoir si les utilisateurs individuels paient au moment de l’utilisation.

Ensemble, ces structures offrent au Canada la possibilité de construire davantage d’infrastructures que ne le prévoient les projections actuelles. La prochaine question est de savoir comment le Canada tire parti du capital ainsi constitué.

Connecter le capital, les partenaires et les projets

Transformer l’ambition en projets investissables

6 Comment nous construisons : l’impératif de la réinvention

Les sociétés d’ingénierie, les entreprises de construction et les exploitants d’infrastructures canadiens sont soumis à la même pression de réinvention que les autres secteurs. Participer aux projets convergents et polyvalents de demain implique de changer radicalement la façon dont les entreprises créent, fournissent et saisissent de la valeur.

Cette réinvention ouvre des portes à des acteurs non traditionnels. Les entreprises technologiques, par exemple, s’implantent dans le secteur des infrastructures et se disputent des parts de marché traditionnellement détenues par des entreprises d’ingénierie et de construction. Pour ces nouveaux venus, l’infrastructure représente une opportunité de croissance. Pour les acteurs en place, cela signale la nécessité d’agir plus rapidement.

Les sociétés d’ingénierie et de construction, les exploitants et les gouvernements qui les mandatent sont en train de repenser leurs modes de collaboration. Ils passent d’un système d’appels d’offres projet par projet à des contrats axés sur les résultats, qui lient le paiement à la performance. Ils explorent également des ententes de type « infrastructures en tant que service » qui regroupent la conception, la construction, l’exploitation et le financement dans une seule relation commerciale. Les exploitants sortent également du cadre de la propriété d’un actif unique pour devenir des intégrateurs dans les domaines de l’électricité, de l’eau et de l’infrastructure numérique.

Ces modèles peuvent générer des flux de revenus prévisibles qui attirent les capitaux institutionnels. Ils témoignent également d’une évolution plus large vers la création de valeur fondée sur des écosystèmes. Pour saisir les opportunités offertes par les infrastructures convergentes, il est de plus en plus nécessaire de collaborer avec des partenaires afin de créer une valeur qu’aucune entreprise ne peut offrir seule. Ces collaborations permettent d’accéder à de nouvelles compétences, à de nouveaux marchés et à de nouvelles connaissances.

Réinventer la façon dont les infrastructures sont construites exige une main-d’œuvre capable de travailler dans diverses catégories d’actifs. Cela reflète une vision des talents axée sur les compétences, que les grandes organisations d’autres secteurs ont déjà adoptée. Mais cette évolution vers une approche axée sur les compétences met en évidence un défi de longue date : le Canada ne forme pas suffisamment de professionnels spécialisés pour répondre à la demande actuelle en infrastructures, et encore moins à celle de demain.

Pour combler ce déficit, il faut mettre en place des filières de formation nationales. Il faudra également mener une politique d’immigration ciblée afin d’attirer les compétences que le Canada ne peut pas développer assez rapidement par ses propres moyens. D’autres pays offrent des exemples instructifs. L’Allemagne associe les diplômes universitaires aux certifications professionnelles grâce à des programmes de formations doubles. Singapour oriente les diplômés non universitaires vers les métiers spécialisés grâce à des instituts techniques spécialisés proposant des parcours professionnels clairs. Le Canada peut s’appuyer sur ces modèles pour former la main-d’œuvre nécessaire à ses ambitions en matière d’infrastructures, ce qui contribuera à conserver une plus grande partie des retombées économiques de ses investissements au pays.

La main-d’œuvre est l’une des dimensions de la réinvention. La technologie en est une autre – et l’IA y joue un rôle de plus en plus important.

D’une part, l’IA a le potentiel d’être un outil de productivité interne. Le taux global d’adoption de l’IA au Canada est en retard par rapport aux États-Unis, et les sociétés d’ingénierie et de construction peuvent contribuer à combler cet écart. Les opportunités s’étendent sur l’ensemble du cycle de vie des projets : analyse prédictive des risques et jumeaux numériques à l’étape de conception, approbations et séquençage assistés par l’IA à l’étape de planification, contrôles de projet automatisés et environnements de données intégrés à l’étape de réalisation. Ces capacités aident les entreprises canadiennes à devenir plus productives, à livrer des projets plus rapidement et à rivaliser plus efficacement pour attirer les capitaux mondiaux.

Mais les entreprises ne se contentent pas d’utiliser l’IA pour améliorer leur productivité. Les sociétés d’ingénierie, les entreprises de construction et les exploitants d’infrastructures utilisent l’IA pour repenser les services qu’elles offrent. Dans le cadre de sa récente étude sur la performance de l’IA, PwC a interrogé plus de 1 200 entreprises sur leur performance financière liée à l’IA et sur des dizaines de pratiques de gestion de l’IA. Nous avons constaté que les entreprises les plus performantes étaient 2,6 fois plus susceptibles que les autres d’affirmer que l’IA les avait aidées à réinventer leurs modèles d’affaires. L’étude a également révélé la pratique la plus fortement liée aux retombées financières de l’IA : l’utilisation de cette technologie pour tirer parti de la convergence sectorielle, que ce soit par la collaboration avec des entreprises d’autres secteurs, la création de valeur au sein d’écosystèmes intersectoriels ou la concurrence au-delà des frontières traditionnelles de l’industrie. C’est précisément dans cette convergence sectorielle que réside l’opportunité pour les infrastructures canadiennes.

Les entreprises qui utilisent l’IA pour accélérer leurs activités actuelles peuvent gagner en productivité. Celles qui utilisent également l’IA pour se réinventer participeront aux opportunités liées aux infrastructures à venir sur des bases différentes.

La réinvention exige souvent plus qu’un simple changement interne. Les acquisitions permettent de se doter de capacités plus rapidement que de les développer en interne, qu’il s’agisse d’une expertise numérique, d’ingénierie spécialisée ou de couverture géographique. Et les cessions peuvent libérer du capital et permettre de se recentrer en se débarrassant des parties de l’activité qui ne correspondent pas au nouveau modèle.

La dimension économique de ces décisions peut être influencée par la fiscalité. De la conception du modèle d’exploitation à la structuration des transactions, en passant par le déploiement de capitaux et les crédits disponibles pour les technologies propres, la R et D et le perfectionnement de la main-d’œuvre, les considérations fiscales influent sur les grandes initiatives de réinvention. Les sociétés qui intègrent la fiscalité dès le début sont mieux placées pour gérer les risques, aligner leur stratégie sur la politique fiscale et obtenir des rendements appropriés sur leurs investissements en réinvention.  

7 Le choix du Canada : Accélérer notre avantage concurrentiel

L’ampleur des possibilités qu’offrent les infrastructures au Canada est évidente. Il en va de même pour les choix qui s’imposent : comment intégrer, financer et mettre en œuvre ces infrastructures d’une manière différente. Les gouvernements canadiens, les investisseurs, les promoteurs, les ingénieurs et les exploitants peuvent façonner l’avenir. Si l’on s’y prend bien, ces investissements de plusieurs milliards de dollars apporteront bien plus que de l’acier, du béton et des câbles. Ils permettront de bâtir un Canada plus productif, plus résilient et plus souverain.

Pour concrétiser cette vision, il faut la complexité inhérente aux différents secteurs, parties prenantes et zones géographiques. Des capacités interconnectées dans les domaines commercial, financier, technique et opérationnel sont à cet égard indispensables.

C’est là que PwC Canada entre en jeu. Nous accompagnons les gouvernements, les investisseurs, les promoteurs et les entreprises tout au long du cycle de vie des infrastructures, depuis l’ambition initiale jusqu’au financement, à la réalisation, à l’exploitation et à la transition. Nos équipes multidisciplinaires vous aident à relier les décisions entre elles afin que les capitaux investis aujourd’hui puissent générer des résultats, de la résilience et des rendements au fil du temps.

Prêts à façonner l’avenir des infrastructures du Canada?

8 Définitions et notes sur la méthodologie

Oxford Economics a créé une nouvelle base de données des prévisions de dépenses en infrastructures pour étayer la recherche de PwC. Les prévisions sont fondées sur les modèles exclusifs d’Oxford Economics pour le secteur de la construction et couvrent neuf secteurs dans 45 pays et territoires. Les prévisions de dépenses en infrastructures sont cohérentes à l’échelle mondiale et sont liées par des hypothèses mondiales et nationales concernant le volume et les prix des échanges, la compétitivité, les flux de capitaux, les taux d’intérêt et de change, ainsi que les prix des produits de base. Pour un pays et un secteur en particulier, les prévisions de dépenses d’infrastructure s’appuient sur des facteurs liés à la demande finale, tels que la croissance démographique, la croissance des revenus, le coût du capital et l’activité économique dans l’ensemble des secteurs. Étant donné l’évolution de la composition des économies au fil du temps, les prévisions de dépenses en infrastructures divergeront du PIB au niveau national.

La base de données fournit un cadre économique structurel qui tient compte à la fois des facteurs liés à l’offre et à la demande influant sur la croissance sectorielle. Ce cadre se distingue des projections de dépenses fondées sur un portefeuille de projets annoncés publiquement, qui ne permettent pas d’établir des projections à long terme en raison du manque de visibilité sur les projets futurs. Les prévisions de dépenses liées aux nouvelles infrastructures offrent une perspective macroéconomique sur les résultats futurs en matière de dépenses dans les pays et les secteurs examinés dans le présent rapport.

Les calculs pour la défense découlent d’une méthodologie légèrement différente. Contrairement aux autres secteurs, ces projections ne sont pas issues de modélisations économiques structurelles; elles reposent plutôt sur une part fixe du PIB, ajustée en fonction des changements annoncés et anticipés des dépenses de défense en pourcentage du PIB futur. Ces données reflètent les orientations politiques telles que la cible intermédiaire de l’OTAN consistant à allouer 1,5 % du PIB aux infrastructures de défense (hors équipements et personnel) d’ici 2035, en vue d’atteindre un objectif à plus long terme de 5 % du PIB.  

Les dépenses en infrastructures sont définies comme la formation brute de capital fixe (FBCF) par les secteurs public et privé sur des structures immobilières fixes qui soutiennent la croissance économique à long terme. Outre les nouvelles dépenses, elles comprennent les dépenses de remplacement et les dépenses d’investissement destinées à l’entretien (c’est-à-dire visant à prolonger de manière significative la durée de vie d’un actif). Cette mesure constitue un sous-ensemble des dépenses fixes totales et exclut les ressources biologiques cultivées, les produits de propriété intellectuelle, le matériel de transport et les équipements de technologies de l’information et de la communication (TIC).

La définition des dépenses en infrastructures a des implications variables selon les secteurs. Quelques exemples : les équipements des TIC, comme les processeurs centraux (CPU) et les processeurs graphiques (GPU), qui représentent une part importante des dépenses d’investissement pour la construction de centres de données, ne sont pas inclus dans la définition d’infrastructure. Les actifs d’infrastructures énergétiques tels que les panneaux solaires ne sont pas explicitement inclus dans la définition de la FBCF de l’OCDE. Le matériel de transport tel que le matériel roulant, les navires et les avions du secteur de la défense ne sont pas inclus dans les chiffres relatifs aux infrastructures.

Il convient de noter que cette définition est celle que nous privilégions, mais l’analyse nous a amenés à recueillir des données provenant d’un large éventail de sources, et les définitions varient inévitablement d’une source à l’autre. Nous avons tenté d’identifier les données disponibles qui correspondent le mieux aux définitions utilisées. 

Les neuf secteurs d’investissement dans les infrastructures analysés dans le présent rapport englobent les dépenses consacrées aux immobilisations et aux infrastructures utilisées aux fins suivantes.

Agriculture  :  La culture de végétaux, l’élevage et la reproduction d’animaux, ainsi que la récolte de bois et d’autres plantes, y compris le coût de l’irrigation et du drainage, les structures à la ferme et les installations de stockage.

Infrastructure numérique  :  Les secteurs des communications et de l’information, y compris les tours, les réseaux de fibre et de câbles, les centres de données et les installations connexes.

Défense  :  Les installations physiques qui soutiennent la défense, y compris les casernes et autres installations militaires, les réseaux de transport, les dépôts et les entrepôts, les chantiers navals et les cales sèches, ainsi que l’infrastructure de communications.

Fabrication industrielle  :  Les usines, les installations et les réseaux qui soutiennent le traitement des métaux lourds et des produits chimiques, le raffinage du pétrole et la construction automobile.

Énergie  :  La production, le stockage et la distribution d’électricité, y compris les actifs renouvelables, les centrales électriques à combustibles fossiles et nucléaires, le transport et la distribution, ainsi que le stockage par batterie.

Ressources  :  L’exploration, l’extraction, la transformation, le transport et le stockage du pétrole et du gaz, du charbon, des métaux et des minéraux, y compris les installations minières, les pipelines, les raffineries et les terminaux de stockage.

Infrastructures sociales  :  La prestation de services de santé ou d’éducation, y compris les établissements de soins aux personnes âgées.

Transport  :  Les ouvrages de transport, y compris les routes, les ponts, les tunnels, les chemins de fer, les aéroports, les ports et les ouvrages maritimes.

Eau  :  Le traitement et la distribution de l’eau, y compris les systèmes d’égouts et de drainage. Les actifs comprennent les stations de traitement, les barrages, les canalisations et les systèmes de drainage.  

Le principal défi pour fournir des chiffres comparatifs sur les dépenses en infrastructures entre les pays et les secteurs réside dans l’absence d’un ensemble de données unique et cohérent. Un travail exhaustif de collecte de données a été mené pour l’analyse présentée dans ce rapport. La plupart des sources de données, consultées en 2025, fournissaient des chiffres allant jusqu’en 2023 ou 2024.

Les principales sources de données sur les dépenses utilisées étaient l’OCDE, Eurostat et les instituts nationaux de statistique. Les données qui n’étaient pas disponibles auprès des sources publiques officielles ont été estimées à l’aide de diverses techniques. Ce processus a consisté à utiliser des sources de données supplémentaires (Agence internationale de l’énergie, Milex), à estimer les dépenses d’infrastructure sectorielles à partir des dépenses d’investissement sectorielles ou à utiliser les données disponibles de pays comparables pour estimer les dépenses. 

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