Mines 2020

Minières canadiennes : ingéniosité et résilience

En bref

  • 2019 a été une année faste pour les grandes compagnies minières du Canada et d’ailleurs. Les six sociétés canadiennes qui comptent parmi les 40 principales minières du monde ont commencé l’année 2020 sur des bases financières solides.

  • La pandémie de COVID-19 aura un impact financier en 2020, mais les minières ont été résilientes et s’en sortent relativement bien.

  • Les minières canadiennes pourraient en ressortir plus fortes si elles améliorent leur performance ESG et leur cybersécurité, poursuivent leur transformation numérique et savent saisir les possibilités de transactions. 

 

Les minières canadiennes ont largement participé au succès de l’industrie mondiale en 2019 et lui ont permis de commencer l’année 2020 sur des bases solides.

Les 40 plus grandes sociétés minières du monde, en termes de capitalisation boursière, avaient enregistré une hausse de 4 % de leur chiffre d’affaires annuel, à 692 milliards USD, au 31 décembre 2019. Les bénéfices avant intérêts, impôts et amortissement sont restés stables à 168 milliards USD, mais les dividendes versés ont augmenté de 25 % et la capitalisation boursière s’est accrue de 19 %, à 898 milliards USD. Les grandes minières mondiales sont donc entrées dans la crise de la COVID-19 armées de bilans sains et de liquidités plus abondantes. 

Comme l’an dernier, six entreprises canadiennes se retrouvent dans les 40 plus importantes. Elles ont déclaré une marge bénéficiaire nette de 19 %, contre 9 % pour les 40 premières mondiales, et un ratio d’endettement net de 21 %, contre 31 %. Elles ont donc fait la preuve de la solidité de leur base financière.

Quatre des six grandes minières canadiennes inscrites sur cette liste sont des aurifères. Fait notable, Kinross Gold fait un retour à la 40e place après plusieurs années d’absence, grâce à une hausse de son chiffre d’affaires, de ses bénéfices et de ses marges en 2019. Barrick est en 9e place (11e en 2018), tandis que Agnico Eagle a enregistré la plus forte progression en passant de la 24e à la 17e place, grâce à l’entrée en production de deux gisements du Nunavut en 2019 qui lui a permis d’accroître ses ventes d’or. 

Perspectives financières des minières mondiales en 2020

Mrd$

Perspectives 2020

2019

2018

Variation 2019-20 

Chiffre d'affaires

649

692

667

-6 %

Charges d'exploitation

(484)

(515)

(491)

-6 %

Autres charges d'exploitation

(8)

(9)

(7)

-13 %

BAIIA

157

168

169

-6 %

Charges de valeurs

(14)

(14)

(9)

3 %

Dépréciation et amortissement

(55)

(50)

(47)

9 %

Charges financières nettes

(14)

(14)

(13)

-2 %

Résultat avant impôt

75

89

100

-17 %

Charge d'impôt sur le résultat

(23)

(29)

(26)

-19 %

Résultat net

51

61

74

-15 %

Source : Mine 2020 : Résilience et ingéniosité. Tous les montants sont en dollars américains.

« La bonne performance des grandes minières canadiennes en 2019 témoigne des progrès qu’elles ont accomplis dans les dernières années. L’exercice 2020 sera difficile, mais la résilience dont elles ont fait preuve pendant la pandémie devrait leur permettre de s’en sortir dans les mois qui viennent et surtout d’investir pour leur succès à long terme. »

Kevin Chan, Leader national, Services au secteur minier

Traverser de la tempête COVID-19

Les résultats positifs de 2019 ont permis à l’industrie minière de faire face à la pandémie de la COVID-19. Dans l’ensemble, les six entreprises canadiennes ont enregistré une hausse notable de leur capitalisation boursière, preuve qu’elles ont réussi à regagner l’intérêt des investisseurs. À l’échelle mondiale, les minières ont augmenté leurs dépenses d’investissement de 11 %, dans un effort de repositionnement pour la croissance à long terme.

Bien que l’on s’attende à une année 2020 plus difficile, les minières s’en sortent relativement bien durant cette crise. Au Canada, comme dans de nombreux autres pays, elles ont poursuivi leurs activités, démontrant ainsi leur rôle essentiel dans l’économie. Elles ont également bénéficié des efforts qu’elles avaient déployés pour gagner la confiance des collectivités locales.

La résilience dont elles ont fait preuve leur sera essentielle pour relever les défis et saisir les opportunités à venir, notamment, et en priorité, en ce qui concerne la cybersécurité et les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Les minières canadiennes pourront également profiter des possibilités de fusion et acquisition pour mobiliser des capitaux et sortir plus fortes de la crise. Nous examinons ces défis et opportunités plus bas.

Colmater les brèches de cybersécurité

Notre sondage 2020 auprès des chefs de direction a révélé des vulnérabilités potentielles aux cyber risques dans l’industrie minière. 57 % seulement des dirigeants de sociétés minières mondiales ont exprimé des inquiétudes concernant cette menace, dont 12 % sont extrêmement inquiets. Dans l’ensemble des industries, 73 % des répondants se sont dit inquiets (et 33 % extrêmement inquiets). Les dirigeants d’entreprises minières et métallurgiques ont évoqué, au premier titre, des facteurs externes comme les inquiétudes du public concernant la protection des renseignements personnels.

Ce faible niveau d’inquiétude reflète peut-être la confiance des dirigeants de sociétés minières à l’égard de leurs processus et contrôles de cybersécurité. Mais il faut voir plus loin. S’ils mentionnent la protection des renseignements personnels, c’est peut-être parce qu’ils ont été confrontés au problème. Et étant donné que les minières ne recueillent pas les données de leurs clients comme d’autres entreprises, elles n’accordent peut-être pas autant d’importance aux cyber risques. La nature cyclique de l’industrie pourrait aussi mener à une réduction des investissements en cybersécurité en périodes d’incertitude.

Pourtant, les minières ne devraient pas sous-estimer la menace. À mesure qu’elles automatisent et adoptent des technologies opérationnelles (TO) connectées sur leurs sites miniers, elles s’exposent à des vulnérabilités, d’autant plus que ces systèmes de TO sont connectés à leurs réseaux d’entreprise et contrôlent parfois des infrastructures essentielles. Une attaque pourrait avoir des conséquences sévères.

Ces risques se sont accrus pendant la pandémie. Les cyber menaces ont augmenté de façon exponentielle dans les derniers mois et cela touchera toutes les entreprises dans l’année à venir.

Que faire? Tout d’abord établir un programme complet de gestion du cyber risque, qui tient compte des risques spécifiques et prévoit un plan de réponse testé. Les minières qui investissent dans les TO doivent impérativement comprendre les nouvelles menaces que ces technologies amèneront et apprendre à les gérer dès le début.

Faire des critères ESG une priorité

Nous l’avons constaté à la lecture de notre rapport sur l’industrie minière de Colombie-Britannique, de bonnes pratiques ESG sont certes bénéfiques pour les populations et la planète, mais elles le sont aussi pour les marges bénéficiaires et la résilience des entreprises. Sur le plan social, par exemple, c’est bien leur engagement dans les collectivités qui a permis aux minières de poursuivre leurs activités avec l’assentiment des citoyens pendant la pandémie de COVID-19.

Les dirigeants d’entreprises minières et métallurgiques mondiales reconnaissent de plus en plus les avantages d’une bonne performance ESG. 72 % des participants à notre sondage savent qu’une réponse adéquate au changement climatique améliorera leur réputation auprès de certains interlocuteurs clés, et notamment auprès des investisseurs pour qui les performances ESG deviennent un important critère de décision de placement.

Les entreprises canadiennes ont agi. Teck Resources, par exemple, s’est engagée à atteindre la neutralité carbone dans toutes ses activités d’ici 2050 (en anglais seulement). Mais même si les minières prennent un engagement ou un autre, annoncent des projets et rendent compte de leurs progrès, il reste que seulement 11 des 40 entreprises mettent vraiment les critères ESG en priorité, prennent des engagements publics, font régulièrement rapport à cet égard et imposent des objectifs de performance à leurs cadres et dirigeants. Deux de ces onze entreprises sont canadiennes.

Les minières canadiennes savent très bien responsabiliser leur direction et fixer des objectifs de santé et sécurité au travail; elles doivent à présent appliquer les mêmes exigences pour l’ensemble des critères ESG. Publier leurs résultats et assurer leur crédibilité est, à notre avis, une importante priorité pour elles. L’industrie  minière devrait penser à établir une norme ESG mondiale. Les entreprises canadiennes ont déjà enregistré des progrès notables à cet égard, mais toutes pourraient bénéficier de la clarté d’une norme mondiale.

Diversifier par des transactions

Si 2018 a été l’année du retour des méga transactions dans le secteur aurifère, 2019 n’a fait qu’accentuer le mouvement. Sur les cinq grandes transactions figurant dans notre rapport mondial, quatre concernaient des sociétés canadiennes, les plus importantes étant l’acquisition de Goldcorp par Newmont et celle de Detour Gold par Kirkland Lake Gold. Et malgré un ralentissement cette année, les deux plus grandes transactions à ce jour en 2020 portaient sur deux sociétés cotées canadiennes : SSR Mining a proposé une fusion de 2,4 milliards USD à Alacer Gold (en anglais seulement).

Nous ne nous attendons pas à beaucoup d’activité en 2020, car plusieurs entreprises préféreront conserver des liquidités et la conjoncture économique rend les valorisations plus difficiles. Cela dit, certaines transactions pourraient permettre aux minières d’accroître leur résilience, notamment des opérations plus petites qui les aideraient à améliorer leur profil sur le marché et à attirer l’attention des investisseurs. Certaines aurifères l’ont fait cette année, souvent par des transactions à prime nulle.

Ces opérations pourraient également leur permettre de réduire leur dépendance à un seul actif ou une seule région, comme dans le projet de fusion SSR-Alacer, qui réunirait deux entreprises possédant des mines dans quatre territoires et créerait un portefeuille diversifié. En dehors de cette transaction importante, d’autres ont eu lieu cette année entre des sociétés minières plus petites.

Mégatransactions plus que 1 G$ US en 2019 et depuis le début de l’E2020    Transactions de 2020  Fusion de SSR Mining Inc. avec Alacer Gold Corp 2,4 G$ US  Acquisition de Sirius Minerals par Anglo American 1,5 G$ US  Acquisition de Elgaugol Coal Project par A-Properti 1,4 G$ US    Transactions de 2019  Acquisition de Goldcorp Inc par Newmont 13,1 G$ US  Acquisition de Detour Gold Corp par Kirkland Lake 3,8 G$ US  Acquisition de Continental Gold par Zlijin Mining 1,3 G$ US  Acquisition de 17,6 % de First Quantum Minerals Ltd par Jiangxi Copper 1,1 G$ US  Acquisition de Mineração Maracá Industria e Comércio S.A. par Lundin Mining 1,0 G$ US

Sortir plus fort

Ce ne sont là que quelques-unes des stratégies dont les minières canadiennes pourraient se prévaloir pour sortir plus fortes de la crise actuelle. Car bien qu’elles aient évité certains des gros écueils causés par la pandémie, elles devront relever d’autre défis qui exigeront d’elles qu’elles soient agiles et qu’elles s’adaptent.

Plusieurs ont modifié leurs façons de faire pendant la pandémie. Le moment est donc opportun pour voir si certains de ces changements, comme le télétravail ou d’autres ajustements aux effectifs, valent d’être maintenus. Il serait également opportun d’accroître les efforts de transformation numérique, dans les bureaux et sur les sites miniers, afin d’améliorer les performances, et la résilience en cas de crise future.

Les entreprises minières ont un avantage clé dans la crise qui sévit : la nature cyclique de leur industrie fait qu’elles savent, depuis longtemps, être inventives pour traverser les périodes de volatilité. Elles ont fait d’énormes progrès dans les dernières années, mais l’incertitude persiste. En faisant de la cybersécurité une priorité, en s’engageant pour l’environnement, la société et la gouvernance, et en trouvant les bonnes transactions, elles assureront leur avenir.

Les 40 plus grandes sociétés minières du monde

Profil de production mondial et moteurs de marché externes
Niveau d’impact de la COVID-19 jusqu’en avril 2020 ­ (pourcentage de la production mondiale) par pays    Canada: Arrête partiel des activités (Nickel, 7 %; Or, 5 %)  États Unis : Arrête partiel des activités (Or, 6 %; Cuivre, 7 %; Charbon, 9 %)  Pérou : Maintien des activités (Cuivre, 12 %)  Chili : Maintien des activités (Cuivre, 28 %)  Brésil : Maintien des activités (Minerai de fer, 19 %)  Argentine : Arrêt complet des activités  République Démocratique du Congo : Maintien des activités (Cuivre, 7 %)  Afrique du Sud : Arrêt complet des activités (Charbon, 3 %)  Russie : Maintien des activités (Nickel, 10 %; Charbon, 4 %; Minerai de fer, 4 %; Or, 9 %)  Chine : Arrête partiel des activités (Minerai de fer, 14 %; Cuivre, 8 %; Or 13 %; Charbon, 46 %)  Inde : Arrête partiel des activités (Minerai de fer, 8 %; Charbon, 10 %)  Philippines : Arrêt complet des activités (Nickel, 16 %)  Indonesia: Arrête partiel des activités (Charbon, 7 %; Nickel, 30 %)  Indonésie : Maintien des activités (Or, 10 %; Nickel, 7 %; Minerai de fer, 37 %; Charbon, 6 %)  Nouvelle Calédonie : Maintien des activités (Nickel, 8 %)    Notes  *Maintien des activités signifie aucune interruption importante ou significative de la production  Les pourcentages représentent la répartition géographique de la production, par type de produit.  Source: USGS Mineral Commodity Summaries, 2020; ­ BP Statistical Review of World Energy, 1965–2018 et analyse de PwC
The global top 40 mining companies

Contactez-nous

Kevin Chan

Kevin Chan

Leader national, Services au secteur minier, PwC Canada

Tél : +1 416 941 8321

Monica Banting

Monica Banting

Leader, Services au secteur minier, Est du Canada, PwC Canada

Tél : +1 416 941 8233

Mark Patterson

Mark Patterson

Leader, Services au secteur minier, Colombie-Britannique, PwC Canada

Tél : +1 604 806 7160

Maxime Guilbault

Maxime Guilbault

Leader, Services au secteur minier, Québec, PwC Canada

Tél : +1 514 205 5448

Suivre PwC Canada