Prêt pour une mission : Réinventer l’économie et le gouvernement de l’après-COVID

Kai Lakhdar Gouvernement leader et stratégie de capital-investissement, PwC Canada 15 février, 2021

Nous espérons tous que le Canada émergera bientôt d’une année difficile de crise sanitaire et économique. Le chemin sera bien sûr cahoteux, mais il se précise à mesure des vaccinations. Cependant, le Canada que nos gouvernements devront diriger dans les quelques années à venir est un pays différent, qui devra d’abord panser ses plaies économiques et sociales.

Un bref regard sur la conjoncture économique et sociale actuelle permet déjà d’établir quelques constats :

  1. Une dette publique en hausse. Les aides mises en place par le Canada depuis le début de la pandémie représentent 20 % de son PIB, plus que la plupart des autres pays. Les économistes ne sont pourtant pas très inquiets et assurent que la dette fédérale reste gérable. Les dettes des provinces et des municipalités sont plus préoccupantes cependant, particulièrement pour les trois provinces productrices de pétrole, l’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador. À ceci s’ajoutent de fortes pressions pour l’adoption de réformes budgétaires en faveur du financement complet de certains programmes comme les services de santé. Les gouvernements, à tous les niveaux, devront donc réfléchir aux moyens d’assurer la croissance et le développement économique. 
  2. Des populations, des entreprises et une productivité affaiblies. La pandémie a eu des incidences inégales sur les populations, les pays, les industries et les entreprises. Elle a en fait exacerbé des disparités et une crise sociale qui émergeaient déjà. Au-delà des conséquences sanitaires dévastatrices, les dommages subis par certains groupes minoritaires et par nos jeunes travailleurs, particulièrement les femmes, sont importants. Les petites entreprises ont beaucoup plus souffert que les grandes et, selon nos projections, l’évolution à venir de la conjoncture des affaires ne fera qu’accentuer les pressions sur les PME si aucune mesure importante n’est prise. Les exportateurs ont été plus touchés que les fournisseurs locaux et les entreprises urbaines plus que les non urbaines. Et le plus inquiétant est que les effets de la pandémie sur l’emploi se feront sentir bien après la pandémie elle-même. Ces inégalités sont une menace réelle à notre prospérité à long terme.
  3. Un rôle accru des gouvernements. Les gouvernements sont venus au secours des Canadiens, soutenant les personnes et les entreprises, tâchant d’atténuer les effets sanitaires et économiques de la pandémie. Des solutions créatives ont été mises en place pour permettre l’accès aux services et au financement et réduire les impacts sociaux. De nombreuses autres mesures viendront stimuler et faciliter la reprise économique, notamment en éliminant les risques, et ainsi renforcer la résilience à long terme. Ceci est un signe que la confiance envers le gouvernement s’est améliorée avec la pandémie.

Le chemin vers l’avenir

Les gouvernements travaillent déjà à leurs plans de reprise, et il est clair qu’au Canada, comme dans la plupart des pays les plus développés, cette reprise sera plus verte et plus inclusive. Elle redéfinira notre rôle à l’échelle mondiale, ainsi que notre paysage économique et industriel. Nous pensons que cela suscitera de nouvelles opportunités, et de nouveaux enjeux aussi, pour les entreprises et les gouvernements du Canada. Ces derniers devront se poser des questions importantes sur l’état actuel du financement, de la gestion, de l’approvisionnement et de l’organisation.

En prévision de la reprise, Le Canada a prévu des incitatifs à l’investissement de 70 à 100 G$, soit 4,3 % du PIB, sur les trois prochaines années. Cette décision est importante, car elle permettra un rétablissement progressif après les dommages économiques causés par la pandémie et une bonne reprise une fois la vaccination en marche. Cela dit, un catalyseur économique ne suffira pas à régler le problème de l’endettement des provinces. Il leur faudra repenser fondamentalement leur fiscalité, la gestion de leurs dépenses et les programmes importants comme les services sociaux et de santé. Des mesures telles que l’amélioration du fonctionnement de l’administration, la commercialisation de certains actifs et la bonification de certains arrangements fiscaux, seront essentielles à la productivité.

Il faudra également mettre en place des incitatifs ciblés pour les secteurs de l’économie qui en auront le plus besoin. Cela signifie qu’il faudra repenser la réglementation, les investissements étrangers et la collaboration avec le secteur privé, assurer le perfectionnement des effectifs et investir dans des nouvelles technologies. Aucune activité des gouvernements n’échappera aux  changements nécessaires pour s’adapter à l’environnement post-pandémique, qui sera probablement caractérisé par une hausse de la demande de services sociaux au moment où les budgets seront serrés. Certaines questions essentielles se poseront :

  • Éducation, santé et services sociaux : Comment offrir les services qui répondront aux besoins du XXIe siècle, aux inégalités sociales et aux exigences démographiques?
  • Environnement, énergie et ressources : Comment réorienter nos industries vers la préservation de l’environnement et maintenir notre compétitivité mondiale?
  • Transports et infrastructures : Comment repenser nos infrastructures afin qu’elles répondent aux besoins dans l’avenir, tout en tenant compte des pressions économiques, sociales et environnementales?
  • Immigration et contrôle des frontières : Comment assurer la sécurité de nos frontières dans un monde globalisé, tout en restant compétitifs dans l’acquisition de talents ?
  • Défense et sécurité nationale : Comment répondre aux pressions intérieures et internationales concernant la sécurité et gagner la confiance des citoyens.

Ce qui est clair, étant donné la conjoncture et les difficultés auxquelles nous sommes tous confrontés, est que les organisations devront revoir leur orientation stratégique. Chaque secteur du gouvernement devra composer avec une conjoncture difficile et le besoin urgent de transformer ses façons de faire, tout en assurant une croissance économique durable. Les stratégies conventionnelles, comme des réductions générales ou très ciblées, pourraient causer des dommages irréparables dans un environnement économique et social déjà sous pression. Au lieu de cela, les gouvernements devront adopter une approche plus efficace, qui permettra de réduire les coûts et d’assurer la croissance simultanément. Cette approche, que Strategy&, membre du réseau PwC, a mise au point pour le secteur privé et adapté ensuite aux besoins des gouvernements et du secteur public, est appelée Prêt pour une mission.

Mener la reprise avec un gouvernement « Prêt pour une mission »

Un gouvernement « prêt pour sa mission » est un gouvernement qui adopte des stratégies et des structures qui permettent des réductions de coûts substantielles et durables, tout en favorisant l’investissement dans des services et initiatives essentiels au bien-être à long terme de ses électeurs. Cela nécessite quatre mesures : mettre au point une stratégie, transformer la structure de coûts existante des services gouvernementaux, mettre en place les capacités nécessaires et réorganiser le modèle de fonctionnement du gouvernement en vue d’une haute performance.

Ces mesures nécessitent à leur tour deux catalyseurs. Le premier est numérique, pour la transformation numérique du gouvernement. Le second est le développement des talents indispensables au gouvernement et à l’économie dans son ensemble, ainsi que la création d’une culture favorable au changement qui soutiendra ceux qui l’entreprendront et mèneront les initiatives de transformation.

Selon notre expérience, les premières étapes sont les suivantes :

  • Un programme  clair et convaincant de gestion des coûts, des services de première ligne aux citoyens jusqu’aux fonctions administratives internes du gouvernement;
  • la mise en place de processus, systèmes, fonctions et structures organisationnelles simples et résilients;
  • l’instauration de méthodes permettant d’affecter les ressources aux « bons » coûts au détriment des « mauvais » coûts, c’est-à-dire investir dans les capacités qui servent les secteurs et activités essentiels, par opposition aux non essentiels.

Le résultat est un ensemble de capacités distinctives et une culture de haute performance qui s’inscrivent dans un cheminement vers la croissance durable. Pour y parvenir, il faut recourir à des leviers d’efficacité et de croissance des revenus qui varient selon la situation et l’orientation stratégique de chaque gouvernement ou ministère. Bien que l’exercice ne soit pas simple, nous pensons qu’il peut être utile pour rééquilibrer l’économie, assurer le bien-être de tous et créer un gouvernement numérique prêt pour le XXIe siècle.

Nous vivons un moment sans précédent. Les gouvernements ont une occasion unique de repenser leur stratégie et leur fonctionnement et de procéder à des transformations qui favoriseront une reprise économique durable. Faire ce que nous avons déjà fait ne sera pas suffisant – nous devons investir et rebâtir de façon à assurer une résilience durable et créer les capacités nécessaires pour répondre aux priorités qui émergent. Dans cette crise, les gouvernements et le secteur public ont prouvé qu’ils sont capables de grandes choses. Un changement inenvisageable auparavant est désormais possible et il est l’outil essentiel à la reprise et à la prospérité.

Si vous avez trouvé cet article intéressant, lisez la page sur le gouvernement numérique, dans laquelle nous exposons comment répondre aux attentes des citoyens en devenant un gouvernement réellement numérique. 

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Kai Lakhdar

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Gouvernement leader et stratégie de capital-investissement, PwC Canada

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