Hero image

Balado « Shift » | Saison 7

À propos du balado « Shift »

Pour réussir une transformation, il faut savoir satisfaire aux exigences d’aujourd’hui tout en se préparant aux enjeux de demain. Dans chaque épisode de « Shift », nous invitons un ou des experts de l’industrie à faire connaître leurs perspectives uniques sur ce que nécessite une transformation. 

Joignez-vous à nous pour savoir comment ces experts abordent et réalisent leur parcours de transformation tout en demeurant performants. Découvrez comment ils parviennent à créer des résultats durables pour leurs employés, leurs clients et les communautés. 

Écoutez et abonnez‑vous sur les plateformes suivantes.

écouter sur Spotify          écouter sur Apple Podcast

Video

Please accept all cookies to view the video.


Hôtes

John Finklestein

Jon Finkelstein LinkedIn
Directeur créatif exécutif, Services numériques de PwC, PwC Canada

Jon met à profit 25 ans d’expérience en publicité dans son poste de directeur de la création chez PwC Canada. Il aide les leaders à se concentrer sur l’essentiel, à aligner la marque sur l’organisation et à voir la transformation comme une démarche humaine. Son approche — ce qu’il appelle la « rébellion polie » — consiste à assurer un équilibre entre curiosité et défi en posant la question derrière la question et en trouvant de la clarté dans la complexité. 

Avant de se joindre à PwC, Jon a dirigé des équipes créatives aux sociétés Grip, Mirum et Proximity Canada, façonnant des projets pour des marques comme VISA, Adidas et Banque TD. Aujourd’hui, il aide les organisations à aligner la stratégie de marque sur la prise de décision d’entreprise, à avancer plus vite, à penser plus intelligemment et à agir avec détermination. 

Femi Oke

Mikaela McQuade linkedin
Associée, Analyse économique et politique, PwC Canada
 

Mikaela McQuade est associée chez PwC Canada et participe à la direction de l’équipe nationale Économie et politique. Elle aide les clients à s’y retrouver dans l’incertitude pesant sur les politiques et les investissements à l’échelle mondiale, en utilisant des outils comme la planification de scénarios et la macrodiligence pour intégrer des perspectives économiques et géopolitiques dans la prise de décisions stratégiques. 

Au cours de sa carrière, elle a travaillé dans différents secteurs – énergie, durabilité, finance et risques –, conseillant des dirigeants des secteurs public et privé, au Canada et à l’étranger. Mikaela possède une maîtrise en politiques publiques de l’Université de Calgary, a été récipiendaire de la bourse de recherche Women Leaders in Energy de l’Atlantic Council, et est actuellement associée principale non résidente au Center for Strategic and International Studies à Washington, DC.  

 

en anglais seulement Écoutez les plus récents épisodes

Épisode 3 :

L’avantage de la vulnérabilité — Conversation pour la Journée internationale des femmes

Pour marquer la Journée internationale des femmes, le balado « Shift » va au-delà de la simple célébration — pour explorer la réalité du leadership. Gillian Stein, chef de la direction de Sluyter Company, se prête à une conversation franche sur les véritables exigences du leadership. De la gestion d’une entreprise familiale vieille de 115 ans à son arrivée dans une nouvelle industrie, Gillian nous fait part de ses réflexions sur l’art de diriger dans un climat d’incertitude, de gérer les responsabilités émotionnelles invisibles au sommet, et de naviguer parmi les doubles contraintes auxquelles les femmes continuent de faire face au sein de la haute direction.

Elle parle aussi ouvertement du fait de vivre publiquement avec un trouble bipolaire — et de la façon dont la vulnérabilité et la sécurité psychologique ont transformé son leadership, ses relations et son impact. Une conversation percutante de la Journée internationale des femmes pour quiconque est prêt à diriger avec plus d’humanité, de courage et de vérité.                                                                                                                                                                                                                                                                  

écouter sur Spotify          écouter sur Apple Podcast

Jon : Nous vous présentons « Shift », une émission sur la façon dont le changement s’opère – une expérience désordonnée, humaine et remplie de surprises.

Mikaela : Il y a l’histoire officielle, et puis il y a ce qui se passe vraiment dans les coulisses, là où les décisions sont prises.

Jon : Je m’appelle Jon Finkelstein, directeur de la création, ici chez PwC Canada. Je m’intéresse aux frictions humaines, aux phénomènes bizarres, du genre « pourquoi on s’y prend de cette façon-là? ».

Mikaela : Et moi, je suis Mikaela McQuade, associée dans l’équipe Politique et économie. Je m’intéresse aux liens entre les grandes idées et l’impact réel – comment la stratégie rencontre la réalité.

Jon : Nos invités sont des gens qui sont au cœur de tout ça – des leaders, des bâtisseurs, des décideurs canadiens – ceux auxquels on s’attendrait à ce que PwC ait accès.

Mikaela : Mais nous ne sommes pas ici pour poser les questions habituelles. Nous avons de meilleures questions à poser. Le genre qui fait que les gens s’arrêtent, rient, repensent et parfois disent : « Je ne devrais probablement pas te dire ça. »

Jon : Mikaela et moi, on n’est pas toujours d’accord.

Mikaela : Et c’est ce qui rend les choses amusantes!

Jon : Voici donc « Shift », et ça commence maintenant. 

Bienvenue à ce tout nouvel épisode du balado « Shift ». L’épisode d’aujourd’hui est particulièrement intéressant. Nous accueillons Gillian Stein, qui a travaillé dans l’entreprise de sa famille, en est devenue chef de la direction, puis est partie pour diriger une société entièrement différente. Elle s’est forgé une réputation, non pas parce qu’elle a toutes les réponses, mais bien parce qu’elle est l’une des rares dirigeantes à le dire haut et fort. Elle a parlé publiquement de santé mentale et a remis en question les attentes à l’égard des femmes dirigeantes. Son style de leadership est souvent évoqué, mais rarement mis en pratique. Bienvenue à « Shift ». En cette Journée internationale des femmes, vous ne voudrez pas rater l’épisode d’aujourd’hui. Bienvenue au balado.

Gillian : C’est un plaisir d’être ici.

Jon : Nous allons aborder aujourd’hui des sujets fascinants. Et nous allons sortir un peu des sentiers battus et parler de leadership sous un autre angle que dans la plupart des balados. Nous n’allons pas nécessairement pontifier sur les leçons apprises ou la façon d’être un excellent leader. Nous parlerons plutôt de vulnérabilité et, potentiellement, des différentes compétences générales qu’il faut posséder. Pour le profit des auditeurs qui ne te connaissent peut-être pas, peux-tu nous parler un peu de toi, de ton parcours professionnel et de ce que tu fais maintenant?

Gillian : Merci de m’avoir invitée. Je suis heureuse d’être des vôtres aujourd’hui. J’ai donc commencé mon parcours en leadership chez Henry’s, le plus grand détaillant de matériel de photographie au Canada. L’entreprise a plus de 115 ans et a appartenu à ma famille pendant quatre générations. À titre de chef de la direction, j’y ai supervisé 400 employés et près de 30 magasins pendant près de 10 ans. Puis, il y a deux ans et demi, nous avons vendu l’entreprise. J’y suis restée pendant un an pour gérer la transition, et j’ai ensuite décidé que le temps était venu de passer à autre chose. Je voulais travailler dans un autre domaine et apprendre de nouvelles choses. Il y a un peu moins d’un an, je me suis donc jointe à Sluyter, un fabricant de produits chimiques pour le secteur de la plomberie et d’aérosols industriels. C’est une entreprise fabuleuse qui a une trajectoire de croissance incroyable. Nous avons obtenu des investissements importants et nous sommes en train de développer l’organisation pour tirer parti de notre capacité accrue. Je dirais que je n’ai pas eu un parcours de leadership habituel et que je n’ai pas suivi une progression naturelle.

Jon : C’est tout un changement. Je pense que si un Canadien ne connaît pas Henry’s, il n’est probablement pas très créatif. Pas vrai? C’est toute une transition que de passer d’un secteur qui est en quelque sorte créatif, visuel et axé sur la clientèle à quelque chose de complètement différent. Alors, pourquoi un tel changement?

Gillian : Le produit que nous vendions était créatif, mais en réalité, le commerce de détail n’est pas un domaine très artistique. N’est-ce pas? Ce n’est donc pas une si grande transition. Par contre, je voulais du changement. Je ne voulais plus travailler dans le commerce de détail. Je voulais essayer autre chose. Je souhaitais produire quelque chose au lieu de seulement déplacer des boîtes.

Jon : Tu es donc passée de Henry’s à Sluyter et as été chef de la direction dans deux industries complètement différentes. Quelles sont les compétences en leadership qui étaient transférables? Et lesquelles ne l’étaient pas?

Gillian : Le plus grand changement, c’est que mes années d’expertise technique et toutes mes connaissances du marché ne valaient plus rien. Chez Henry’s, je connaissais le marché. C’était instinctif. J’ai grandi dans cette industrie. Quand j’entrais dans un magasin, je savais immédiatement ce qui devait changer. En arrivant chez Sluyter, j’ai dû accepter que ce n’était pas moi qui possédais toute l’expertise et les connaissances institutionnelles. Ça a donc été un énorme changement d’identité. J’ai très rapidement dû apprendre à gérer sans être une experte technique. Ça a été un grand changement pour moi du point de vue du leadership et toute une leçon d’humilité.

Jon : Tu es donc passée d’un domaine que tu connaissais parfaitement et qui faisait pratiquement partie de ton ADN et de celui de ta famille à un autre où tu devais diriger sans pouvoir t’appuyer sur ton expertise technique. Comment as-tu géré la situation quand tu t’es jointe à une entreprise que tu ne connaissais pas aussi bien que Henry’s?

Gillian : J’ai surtout été franche. C’est là que la vulnérabilité entre en jeu. J’ai été honnête et en mesure de reconnaître mon manque d’expérience. J’ai dit que j’allais faire appel aux autres et poser beaucoup de questions. Et ce n’était pas parce que je n’avais pas confiance en eux, mais bien parce que je devais apprendre. Je crois que ça a été une chose très positive pour les membres de l’équipe, et que ça l’est encore. Ils ont pu s’appuyer sur leur expertise, sans aucune prétention ni rien de ce genre. Cette approche a non seulement accéléré ma courbe d’apprentissage, mais a aussi donné beaucoup à l’équipe.

Mikaela : C’est extrêmement percutant de pouvoir dire à une équipe que ce n’est pas parce que l’on ne leur fait pas confiance, mais bien parce que l’on doit apprendre. Je vais m’en souvenir longtemps. C’est super. Quand tu as gravi les échelons et que tu es devenue chef de la direction, d’abord chez Henry’s puis maintenant chez Sluyter, quand t’es-tu rendu compte que ce poste était tout à fait différent de ce à quoi tu t’attendais?

Gillian : C’est quand j’ai appris que la culture d’une entreprise ne change pas simplement parce qu’on le veut ou parce que le chef de la direction l’a demandé. Je pensais que le défi allait être de définir une stratégie. En fait, il est bien plus difficile d’établir des liens de confiance et de favoriser une culture où nous pouvons mettre en pratique un plan rapidement et à grande échelle. J’avais une structure, une vision claire et un plan, et je pensais que le momentum suivrait. Mais ce n’est pas si simple. Il faut adopter une approche cohérente, et le processus est beaucoup plus lent que je ne l’avais prévu.

Mikaela : Il faut donc planifier son approche plutôt que chaque tâche.

Gillian : Exactement!

Mikaela : C’est tout un changement et j’imagine que c’est déroutant.

Jon : Le changement est l’une des choses les plus difficiles que nous pouvons vivre. Et l’adoption tarde toujours à suivre. Tu as beau avoir la meilleure vision, le meilleur produit ou le processus le plus efficace, il faut que les autres y adhèrent. Pendant la transition, as-tu déjà remarqué que quelque chose se passait? As-tu déjà vécu une situation du genre?

Gillian : Je pense que oui. On peut aussi avoir l’impression de progresser, puis que les choses reculent. Et puis on avance un peu. Quelle est l’expression? Deux pas en avant, et un en arrière? On ressent toujours une sorte de tension vers l’avant et l’arrière. Alors il y a des petits moments, puis on recule.

Jon : Comment parviens-tu à rester motivée?

Gillian : Je m’entraîne et je fais du kick-boxing… ce n’est pas facile. C’est vraiment difficile. Garder la motivation est l’une des choses les plus difficiles pour les chefs de la direction. On n’a personne qui nous encourage et qui nous dit que nous faisons du bon travail et de continuer sur notre lancée. Il faut se motiver soi-même.

Mikaela : Souvent, je dirige une équipe qui n’est pas mobilisée autour de mon expertise habituelle ou de ma formation universitaire ou professionnelle. Je dois si souvent demander de l’aide, admettre mes torts et changer d’idée que c’est pratiquement devenu un réflexe. Récemment, comment as-tu eu un impact en faisant preuve de vulnérabilité? Que s’est-il passé ensuite?

Gillian : Je pense que la chose la plus importante que j’ai faite fut de parler ouvertement de mon trouble bipolaire. Je l’ai fait parce que j’ai une plateforme et qu’il était important pour moi d’en parler. À titre de leader, je dois donner l’exemple. Selon moi, le silence renforce la stigmatisation. Depuis, nombre de mes relations ont été renforcées. Les conversations sont devenues plus sincères et je suis moins réservée. Mes interactions sont devenues plus humaines. Les gens pensent moins à mon poste et davantage à moi en tant que personne.

Mikaela : Quel impact! C’est formidable. Crois-tu que les gens te perçoivent différemment depuis que tu as parlé de ton diagnostic?

Gillian : Je pense que cela a en fait renforcé l’opinion des autres à mon égard, alors que je pensais que tout le contraire allait se passer. Ça n’a pas été facile, mais je crois que les gens ont vu que je n’avais rien à cacher. Les gens y ont vu une force et de la confiance en soi plutôt que de la fragilité.

Mikaela : C’est formidable. Et je présume qu’il est d’autant plus difficile de parler de ta situation en tant que femme. Nous devons chaque jour nous demander si nos actions nous font sembler plus faibles ou plus fortes parce que nous sommes des femmes. J’imagine que cela complique un peu ta façon de voir les choses.

Gillian : Je pense que tout est un peu plus délicat pour les femmes.

Mikaela : Je suis d’accord avec toi. Tout à fait.

Jon : J’imagine que cela a eu un impact sur la sécurité psychologique au sein de tes organisations.

Gillian : Je pense beaucoup à la sécurité psychologique. C’est essentiel pour bâtir des liens de confiance et favoriser une culture où tous et toutes sont à l’aise d’essayer de nouvelles choses et d’innover. Sans sécurité psychologique, l’innovation et la croissance sont impossibles. En tant que leader, il faut donc trouver des manières de la promouvoir et donner l’exemple. Nous n’avons pas nécessairement tous besoin de faire de grandes déclarations. Par contre, je crois que pour favoriser l’innovation et la croissance, il est important de trouver des manières d’être authentique et de veiller à ce que les gens se sentent en sécurité.

Mikaela : C’est ce qui en fait un impératif commercial. C’est une collision intéressante, non? Pour promouvoir la crème de la crème et tirer le meilleur parti de chaque membre du personnel, il faut savoir accéder à cette partie généralement distincte du cerveau qui leur permet d’exprimer leur véritable personnalité au travail.

Gillian : Absolument.

Jon : Ma prochaine question n’est pas sur la liste, mais je suis curieux. Dans mon domaine, la publicité, on travaille et on obtient une promotion à un poste de direction, comme directeur créatif ou vice-président, par exemple, mais personne ne nous montre à devenir des leaders. J’imagine que c’est la même chose pour les chefs de la direction.

Mikaela : Il n’y a pas d’école pour les chefs de la direction?

Jon : On apprend en quelque sorte par la pratique, mais personne ne nous montre comment faire. Comment as-tu appris ton rôle? Et cela m’emmène à la prochaine question. Est-ce que le poste de chef de la direction est assorti de conditions d’utilisation que personne ne lit et que tout le monde accepte aveuglément?

Mikaela : Es-tu en train d’avouer que tu ne lis pas les conditions d’utilisation?

Jon : Non, je ne les lis pas. Qu’aurais-tu voulu savoir au sujet du poste de chef de la direction et que personne ne t’a vraiment montré? Qu’est-ce qui t’a surprise?

Gillian : Quelqu’un m’a dit une chose très intéressante récemment. Tu peux choisir d’être un thermomètre et montrer la température ambiante ou d’être un thermostat et la régler toi-même. En tant que leaders, peu importe l’approche choisie, vous êtes responsables du climat de l’organisation, que vous le vouliez ou non. Le leadership, ce n’est pas que des stratégies et des activités. On absorbe le bon et le mauvais – l’anxiété, les craintes, l’enthousiasme et la pression – de toutes les parties prenantes, que ce soient les propriétaires, les employés ou les clients, et on ne peut pas déléguer. Un chef de la direction est en quelque sorte un amortisseur émotionnel.

Jon : Oui.

Mikaela : Ça doit être difficile! Surtout avec ce que vivent les entreprises canadiennes depuis un an. J’imagine que c’est difficile même dans les meilleures conditions, alors ça doit l’être d’autant plus en cette période d’incertitude économique sans précédent.

Gillian : Oui, ça peut être extrêmement difficile.

Jon : J’entends deux choses. D’un côté, l’authenticité, la sécurité psychologique et le fait qu’il faut être soi-même, et de l’autre, le rôle d’amortisseur émotionnel. Comment peux-tu tracer la limite entre la confiance en soi à titre de leader et les situations délicates, les facteurs de stress, et la situation de l’entreprise, notamment? Comment fais-tu pour gérer ces deux choses?

Gillian : Tu as raison. C’est un peu paradoxal, non? Il faut savoir gérer ses émotions. Cela ne signifie pas qu’on ne les vit pas. On a le droit de dire que quelque chose est difficile ou qu’on a de la difficulté, mais il faut savoir l’exprimer et il faut se présenter au travail tous les jours. Il faut savoir dire quand une situation est délicate et présenter une solution ou demander de l’aide au lieu de s’effacer, de piquer une crise ou de réagir comme on voudrait tous le faire au quotidien, même si c’est inacceptable. C’est un peu comme la relation entre un parent et son enfant. Et je ne le dis pas de manière condescendante! J’essaie de montrer à mes enfants comment gérer leurs émotions, mais en tant que parent, il faut toujours être calme, peu importe ce qui se passe. Mais on dit à nos enfants quand leur comportement n’est pas acceptable, non?

Mikaela : J’aimerais revenir sur l’intersectionnalité des sujets que nous avons abordés. Je crois que c’est quelque chose qu’il faudrait analyser. Mais retournons à nos moutons et au contexte de notre balado : le fait de faire cela et d’être une femme dans un poste de direction. Ce type de dilemme revient souvent quand on parle des femmes leaders. Un comportement qui peut faire en sorte qu’une personne qui l’adopte a l’air décidée, généralement un homme, peut être perçu différemment pour une femme. Peux-tu nous dire brièvement comment tu gères ce type de situation? As-tu déjà senti que tu devais sacrifier l’efficacité au profit d’une approche jugée plus « acceptable »? Ou bien es-tu désormais à l’aise, puisque tu en as maintenant l’habitude, de faire ces deux choses, ou bien de n’en faire aucune?

Gillian : On interprète souvent mal mes actions, parce que je ne suis pas du type à prendre toute la place. C’est en partie parce que je suis une femme, mais aussi parce que je suis introvertie. C’est une combinaison intéressante. Je réfléchis à ce qui se passe par moi-même. Je ne le fais pas haut et fort. Certaines personnes pourraient penser à tort que je suis passive. Je pense qu’un homme qui fait la même chose pourrait être considéré comme stratégique, alors qu’une femme peut avoir l’air indécise.

Jon : Il y a un énorme fossé entre la stratégie et l’indécision.

Mikaela : Tout à fait. On le voit souvent comme une manifestation de sa domination, surtout en tant que chef de la direction. On doit prendre toute la place pour contrôler les rumeurs, les conversations ou toute autre situation, selon les circonstances. Je pense que nous pourrions tous mieux comprendre comment nous interprétons le silence. Depuis 10 ans, d’importants efforts ont été déployés pour permettre cette intersectionnalité au travail et faire en sorte que les personnes soient reconnues pour plus d’une chose. Tu as parlé de plusieurs identités qui se croisent : vivre avec ta bipolarité, être mère et même être chef de la direction. Fondamentalement, je suis d’avis qu’il faut tenir compte du fait que nous vivons actuellement une période différente. Le débat sur les femmes dans le monde du travail et sur la manière dont nous représentons cette intersectionnalité a grandement changé, surtout pendant la dernière année. Depuis un an ou deux, qu’est-ce qui est devenu plus difficile pour les femmes dans les postes de direction dont on ne parle peut-être pas?

Gillian : Je ne pense pas que le défi principal des femmes qui occupent ce type de poste a changé radicalement. Comme tu l’as mentionné, par contre, on en parle beaucoup plus. Le débat sur le leadership et le genre est beaucoup plus polarisant, mais, au bout du compte, les objectifs n’ont pas changé. Il faut savoir tisser des liens de confiance, produire des résultats et développer nos gens. Ce que je trouve parfois difficile, c’est que les gens s’attendent à ce que les femmes leaders symbolisent quelque chose de plus grand que leur rôle. Elles ne peuvent pas seulement être des chefs de la direction – elles doivent être des femmes chefs de la direction. Et cela comporte toute une série de responsabilités qui ne font généralement pas partie des règles du jeu.

Jon : Tu es une leader depuis un bon moment déjà. Tu as vu changer le monde, tes rôles et les secteurs dans lesquels tu as travaillé. Je me demande si tu as abandonné certaines convictions, règles ou autres idées concernant le leadership, et si tu t’es déjà dit : « En fait, ça ne fonctionne pas du tout comme ça ».

Gillian : Comme je l’ai déjà dit, l’expertise n’est pas synonyme d’autorité. C’est une leçon importante que j’ai apprise, et ça a grandement changé la manière dont je me perçois en tant que leader et la façon dont je vois les autres et leur capacité à assumer différents rôles ou à participer à des affectations enrichies, par exemple.

Jon : Tes propos sur les objectifs ambitieux et la mobilisation des gens sont fascinants. En ce moment, j’adore embaucher des gens en fonction de leurs aptitudes, de leur potentiel, de leur enthousiasme et de leur curiosité, notamment, plutôt qu’en fonction de leurs connaissances actuelles.

Gillian : Oui. C’est facile d’utiliser ChatGPT pour acquérir de l’expertise sur un sujet, mais l’attitude, l’enthousiasme et la motivation sont des choses innées.

Jon : En cette Journée internationale des femmes, je me demande si tu estimes qu’un conseil qui est donné aux femmes en début de carrière est incomplet ou même erroné.

Gillian : Je n’aime pas quand on demande aux autres de « trouver leur voix ». Souvent, on pense à tort qu’il faut donc parler plus, parler plus fort ou avoir plus d’assurance. Qu’il faut prendre plus de place. Je ne pense pas que la voix est synonyme de volume, et que parler plus fort est un gage d’autorité. Au bout du compte, la présence ne rime pas avec le rendement. Je pense au fond que ce conseil peut donner l’impression qu’on nous demande de changer notre personnalité pour réussir. Je pense que nous devons tous être nous-mêmes afin de pouvoir nous montrer sous notre vrai jour.

Mikaela : C’est comme demander à quelqu’un de prendre plus de place, non?

Gillian : C’est exact.

Mikaela : J’ai moi-même de la difficulté à le faire et mon équipe le sait maintenant. Si je n’ai rien d’intéressant ou de nouveau à dire, je m’efface. Les gens croient souvent que je ne participe pas pleinement à la conversation alors que d’autres personnes formulent les mêmes commentaires ou expriment la même opinion, ou bien que je rate une occasion d’exercer mon influence. C’est un équilibre difficile à trouver. On s’attend à ce qu’on parle souvent, même si on n’a rien à dire. Parlons un peu d’établir des objectifs et de constater sa propre performance et ses progrès. Y a-t-il un objectif qui, selon toi, allait te procurer beaucoup de joie au moment de l’atteindre, mais qui n’a pas eu l’effet escompté? Si oui, pourquoi?

Gillian : Certainement la vente de l’entreprise. Sans l’ombre d’un doute. Ça a pris des années de travail. Il a fallu déployer de nombreux efforts pour le positionnement stratégique et le développement de l’entreprise. Et c’est un jalon que tant de propriétaires et chefs de la direction cherchent à atteindre. Je pensais que j’éprouverais un pur sentiment d’accomplissement, d’aboutissement et de validation. En réalité, c’était la bonne décision. C’était la chose à faire et je suis contente d’y être parvenue. Je ne remets pas en question la vente, mais j’ai tout de même vécu un deuil. Il m’a fallu du temps pour accepter cette perte d’appartenance et ce changement d’identité.

Mikaela : Wow.

Jon : La prochaine génération de leaders arrive et je suis curieux. Qu’est-ce qui te donne de l’optimisme?

Gillian : J’adore l’attitude des jeunes leaders et le fait qu’ils remettent en question la hiérarchie. Ils ne s’en remettent pas automatiquement aux titres de poste. Ils veulent comprendre la logique des décisions. Je sais que ça peut parfois sembler très perturbateur, surtout dans les milieux plus traditionnels. Par contre, je crois que c’est très sain. C’est important d’expliquer son raisonnement et le contexte plutôt que de seulement s’appuyer sur son titre, et cette attente élève réellement le niveau. Au bout du compte, c’est positif pour les organisations.

Mikaela : Trouver le juste équilibre entre communiquer la logique derrière les décisions et rendre le processus plus consultatif est un exercice délicat. Et dans certains cas, au sein de différentes entreprises ou en fonction d’une approche donnée, il faut communiquer cette hiérarchie, et dire aux autres que l’on a pris une décision et qu’elle leur a été expliquée. Qu’ils soient d’accord ou non, la décision a tout de même été prise. Je présume que cet équilibre est difficile à trouver.

Gillian : Il y a certainement une tension.

Jon : Bousculer le statu quo et remettre en question des décisions, c’est naturel pour les milléniaux et les plus jeunes. Mais que se passe-t-il après? Ils font part de leurs doutes. On en discute. Les décisions sont les décisions. Restent-elles en place? Qu’en est-il de l’adhésion? Fais-tu face à une résistance? Est-ce qu’ils se disent que c’est ridicule et veulent faire les choses à leur manière? Ou bien…

Gillian : Je pense que le but d’avoir cette discussion, c’est qu’elle stimule l’adhésion. Ça ne va pas toujours se passer ainsi, alors il faut toujours que quelqu’un prenne la décision finale et toutes ces choses doivent rentrer dans l’ordre. Mais on espère que les conversations favoriseront l’adhésion.

Mikaela : Au bout du compte, il y a une proposition de valeur plus importante. Les plus jeunes accordent une plus grande importance à leurs valeurs au travail et au sein de leur environnement. C’est nouveau pour nous. Et je crois que les gens reconnaissent la valeur qu’apporte la transparence, peu importe s’ils sont entièrement d’accord avec les décisions ou non.

Jon : Je pense que les gens sont mieux renseignés maintenant. Qu’en dis-tu? Que ce soit grâce à l’IA, à ChatGPT ou au numérique, on est assez bien informés. On ne considère plus que les autres ont la science infuse. On ne suit plus aveuglément. Les gens remettent en question les dires des autres en fonction de ce qu’ils ont lu, par exemple. Parlons-en. Est-ce que cela fait de toi une meilleure chef de la direction?

Gillian : Oui. Je pense que oui, parce que c’est important de se faire défier, d’obtenir les commentaires des autres et de devoir remettre en question son opinion.

Jon : Je suis d’accord.

Mikaela : Moi aussi.

Jon : Que fais-tu mieux maintenant qu’il y a cinq ans? Il peut s’agir d’une aptitude, d’un talent ou d’une tout autre chose. Et y a-t-il quelque chose que tu ne maîtrises pas encore?

Gillian : Je crois que je comprends beaucoup mieux ce dont une équipe a besoin pour traverser un changement. Je prête bien plus attention à la manière dont les gens réagissent, à ce qui cause du stress et à ce qu’il faut répéter. Je pense plus à ce genre de choses qu’avant. Étonnamment, j’ai encore du mal avec la patience. Je passe rapidement d’une priorité à l’autre. Je vois vers où nous nous dirigeons, alors il peut être frustrant d’attendre que les autres y adhèrent. C’est quelque chose que je comprends, mais c’est différent quand on le vit concrètement. Ces deux concepts sont toujours en opposition.

Mikaela : C’est fascinant. Cela me fait réfléchir à mon propre parcours et à la façon dont j’ai dû acquérir cette compétence. Tout au long de ma carrière, cela reposait beaucoup sur mon jugement. Il a fallu que je prenne rapidement des décisions. J’ai travaillé en politique, j’ai été stratège et j’ai occupé différents rôles dans les secteurs des services-conseils et des risques géopolitiques. Dans ces rôles, il est essentiel de pouvoir prendre très rapidement des décisions éclairées, en s’appuyant sur très peu d’information. C’est intéressant de devoir restructurer mon cerveau, alors que je dirige une équipe de gens dont l’intelligence est supérieure à la mienne de millions de façons différentes. Mais au bout du compte, le fait de devoir justifier mes réflexions et de convaincre les gens est une nouvelle compétence. C’est difficile.

Gillian : Oui, tout à fait.

Mikaela : Et ça doit l’être d’autant plus pour des chefs de la direction.

Jon : Je suis curieux. Peux-tu nous raconter le moment où, récemment, tu t’es le moins sentie comme une chef de la direction?

Gillian : Chaque fois que je ne suis pas au bureau. Quand je suis à la maison, par exemple. Dans ces situations, je ne suis pas chef de la direction. Chef de la direction, ce n’est qu’un titre. Ça ne nous définit pas. À la maison, je suis une conjointe, une mère, une personne. Je le dis en toute politesse, mais ces moments me ramènent les deux pieds sur terre. Ils me rappellent qu’un titre, c’est contextuel. En fait, je crois que cette séparation est saine. Je pense que cela vous rend meilleur lorsque vous retournez au travail. Sinon, je pourrais aussi vous raconter la fois où j’ai dû commander des sacs à ordures pour le bureau.

Jon : Plus tôt, quand tu parlais de ton trouble bipolaire et du fait que les gens te voyaient maintenant comme une personne plutôt que de seulement penser à ton titre, ça a vraiment trouvé écho chez moi. Et tu viens un peu de boucler la boucle en parlant de ta famille. Quand tu ne travailles pas, « chef de la direction » n’est qu’un titre. Ça ne te définit pas. C’est un concept intéressant pour les autres leaders, les futurs chefs de la direction et les personnes qui le sont actuellement. Vous pouvez rester vous-mêmes.

Mikaela : Un titre ne nous définit pas.

Jon : Exact. Et je crois qu’il est assorti d’une foule de suppositions et de définitions. On pense que tous les chefs de la direction agissent d’une certaine manière, mais ce n’est pas le cas.

Mikaela : Moins on tient compte de ces interprétations du rôle de chef de la direction, mieux c’est. On peut être différentes choses et chaque personne apporte sa touche au rôle.

Jon : On apporte tous différentes choses. C’est…

Mikaela : C’est la touche unique qu’on apporte.

Jon : C’est notre voix. On doit trouver notre voix. C’était un épisode de « Shift » fascinant. Merci beaucoup, Gillian, d’avoir été des nôtres en cette Journée internationale des femmes et d’avoir fait preuve d’authenticité et de vulnérabilité. C’était incroyable.

Mikaela : Et d’avoir changé notre perception du rôle de chef de la direction et de la manière dont ces leaders devraient agir.

Gillian : Merci de m’avoir invitée.

Mikaela : Merci d’avoir été des nôtres.

Jon : Voilà qui conclut l’épisode d’aujourd’hui de « Shift », un balado de PwC Canada.

Mikaela : Merci d’avoir été là. Votre attention est précieuse, et vous avez pris le temps de nous écouter. C’est très apprécié.

Jon : Nos conversations ne se terminent pas toujours avec une conclusion bien ficelée. Ce serait trop simple!

Mikaela : Non, nous préférons explorer les zones grises du changement, celles qui ne rentrent pas dans un plan parfait. Les moments qui font dire : « Tiens… je n’avais jamais vu ça comme ça. »

Jon : Si quelque chose vous a interpellé dans l’épisode d’aujourd’hui – une question, un moment, même une phrase – laissez-le mijoter un peu. Et si vous pensez à quelqu’un qui comprendrait pourquoi ça compte… 

Mikaela : ... partagez l’épisode avec lui, à partir de l’endroit où vous écoutez vos balados. Vous trouverez plus de détails à pwc.com/ca/shift. À titre informatif, ce balado a été préparé par PricewaterhouseCoopers s.r.l./s.e.n.c.r.l., une société à responsabilité limitée constituée en Ontario, exclusivement à des fins d’information générale et ne constitue nullement un conseil professionnel. À la prochaine!

Épisode 2 :

La nouvelle économie de la souveraineté : L’IA, le capital et le prochain avantage du Canada

Dans cet épisode de « Shift », l’investisseur et leader en innovation John Ruffolo propose une perspective audacieuse et visionnaire sur les forces qui redéfinissent l’avenir économique du Canada et l’immense potentiel qui s’offre à nous. De la souveraineté numérique aux répercussions évolutives du U.S. Cloud Act, en passant par le renforcement de la stratégie industrielle et l’ancrage de l’innovation locale, Ruffolo explique pourquoi le moment est idéal pour que le Canada repense sa façon de créer de la richesse et de faire évoluer à grande échelle ses idées les plus prometteuses.

Franche, optimiste et résolument pragmatique, cette conversation offre une feuille de route pour permettre au Canada de saisir cette opportunité et de bâtir, ici même, des entreprises de renommée mondiale. Un incontournable pour les dirigeants, investisseurs et bâtisseurs qui écrivent le prochain chapitre du Canada.                                                                                                                                 

écouter sur Spotify          écouter sur Apple Podcast

Jon : Nous vous présentons « Shift », une émission sur la façon dont le changement s’opère – une expérience désordonnée, humaine et remplie de surprises.

Mikaela : Il y a l’histoire officielle, et puis il y a ce qui se passe vraiment dans les coulisses, là où les décisions sont prises.

Jon : Je m’appelle Jon Finkelstein, directeur de la création, ici chez PwC Canada. Je m’intéresse aux frictions humaines, aux phénomènes bizarres, du genre « pourquoi on s’y prend de cette façon-là? ».

Mikaela : Et moi, je suis Mikaela McQuade, associée dans l’équipe Politique et économie. Je m’intéresse aux liens entre les grandes idées et l’impact réel – comment la stratégie rencontre la réalité.

Jon : Nos invités sont des gens qui sont au cœur de tout ça – des leaders, des bâtisseurs, des décideurs canadiens – ceux auxquels on s’attendrait à ce que PwC ait accès.

Mikaela : Mais nous ne sommes pas ici pour poser les questions habituelles. Nous avons de meilleures questions à poser. Le genre qui fait que les gens s’arrêtent, rient, repensent et parfois disent : « Je ne devrais probablement pas te dire ça. »

Jon : Mikaela et moi, on n’est pas toujours d’accord.

Mikaela : Et c’est ce qui rend les choses amusantes!

Jon : Voici donc « Shift », et ça commence maintenant.

Jon : Bienvenue à « Shift ». Je m’appelle Jon.

Mikaela : Et moi, c’est Mikaela.

Jon : Aujourd’hui, nous explorons ce qu’il faut réellement pour bâtir des entreprises canadiennes qui ne se contentent pas de survivre, mais qui s’imposent sur la scène mondiale. Notre invité, John Ruffolo, est une sommité de l’innovation dans les affaires au Canada. John est le fondateur de Maverix Private Equity, qui aide les entreprises canadiennes à prendre de l’expansion à l’échelle mondiale tout en maintenant leur propriété intellectuelle et leurs talents au pays. Avant de fonder Maverix, John a été chef de la direction d’OMERS Ventures, où il a dirigé des investissements dans certaines des entreprises technologiques canadiennes les plus prospères, dont Shopify, Hootsuite et Wattpad. Il a joué un rôle déterminant dans les discussions sur la souveraineté numérique, la compétitivité et l’aide que le capital privé peut apporter aux entreprises canadiennes qui veulent croître sans perdre leur avantage. Alors, John, notre conversation a lieu à un moment où l’innovation canadienne et la souveraineté numérique sont réellement sous pression. J’aimerais entrer directement dans le vif du sujet. Bienvenue à « Shift ».

John : Merci beaucoup. C’est un plaisir d’être ici.

Jon : Pourquoi penses-tu que ce sujet est devenu si urgent en 2025, pourquoi le contexte a changé et pourquoi c’est maintenant une priorité pour le Canada?

John : Je dirais que, pour le Canada, mieux vaut tard que jamais. Ce virage a réellement commencé il y a une trentaine d’années. Nous ne le reconnaissons que maintenant et nous réagissons à ce que font les États-Unis. Sans cette réaction, je ne suis pas certain que nous parlerions encore de ce sujet, même si, il y a dix ans, Jim Balsillie et moi avons cofondé ce qu’on appelait alors le Council of Canadian Innovators, dont la seule mission était de réellement promouvoir la souveraineté numérique du Canada.

Jon : C’est intéressant de voir comment les circonstances peuvent tout changer, comme on dit.

John : Oui!

Jon : Alors nous y voilà et nous faisons de notre mieux pour essayer de nous situer, je pense, comme pays. Selon toi, qu’est‑ce que les PDG et les membres de conseils d’administration devraient avoir à l’esprit en ce moment? À quoi devraient-ils réfléchir?

John : Permets-moi de prendre un peu de recul pour répondre à cette question. Laisse-moi d’abord te donner un bref aperçu historique de la façon dont nous en sommes arrivés là, afin que nous comprenions comment réagir. Et pour ceux qui ne l’ont pas encore lue, la Maison-Blanche a publié tout récemment sa stratégie sur la sécurité nationale. Tout le monde doit absolument la lire. Mais la question centrale est la suivante : les États-Unis exerceront sans complexe leur souveraineté. Et d’où cela provient-il? Il faut remonter 80 ans en arrière et comprendre que les 80 années que nous venons de vivre constituent une anomalie, et que nous revenons à ce qu’a été le monde pendant des centaines d’années auparavant. Avant la Première Guerre mondiale, les États-Unis avaient une politique isolationniste. Ils ont été les derniers à entrer dans la Première Guerre mondiale et la Deuxième Guerre mondiale. L’un de nos conseillers, Peter Zeihan, a écrit un livre intitulé The Accidental Superpower. La particularité de l’Amérique du Nord, c’est qu’elle est protégée par deux océans, qu’elle peut subvenir à ses propres besoins alimentaires et qu’elle jouit d’une géographie exceptionnelle, surtout les États-Unis. Ils n’ont besoin de personne, ou du moins c’est ainsi qu’ils voient les choses. Maintenant, si l’on part de ce point de vue historique, les États-Unis, après la Deuxième Guerre mondiale, dans le cadre du processus de réindustrialisation du monde, ont conclu une entente. Et c’est l’accord de Bretton Woods, qui prévoyait, essentiellement, que si des pays comme l’Allemagne et le Japon renonçaient au communisme, les États-Unis leur permettraient de commercer avec eux, protégeraient leurs voies maritimes et contribueraient à rebâtir leurs économies. Et, disons-le, cela a formidablement bien fonctionné − jusqu’en 1991, à la fin de la guerre froide. Depuis, les États-Unis se demandent : « Et maintenant? » Puis, il y a eu 1994, une année qui constitue selon moi un point de démarcation. C’est à mon avis l’année où l’économie numérique a commencé à prendre forme. Qu’est-ce que cette année avait de particulier? C’est l’année où Netscape a lancé le navigateur Mosaic et où Internet grand public est né. C’est là que le match a commencé. Savais-tu que c’est aussi l’année où les États-Unis ont introduit la toute première clause relative à la propriété intellectuelle dans un accord commercial bilatéral? Les États‑Unis étaient donc déjà en train de se préparer. Et lorsqu’on observe leur réflexion des 30 dernières années, on voit qu’ils ont compris que le monde passait du physique au numérique. Dans un univers physique − où le Canada demeure enlisé –, on conçoit la création de valeur économique par des multiplicateurs économiques. Voici un exemple classique : un constructeur automobile, disons GM, investit des milliards de dollars et bâtit de multiples chaînes d’approvisionnement de fabricants de pièces automobiles, fait travailler des comptables, des avocats, etc. On a là un multiplicateur économique de 9 pour 1, et tout le monde s’en tire bien. Maintenant, remplaçons GM par une grande entreprise technologique. Il n’y a plus de multiplication. En fait, c’est l’inverse qui se produit : c’est extractif. C’est extractif parce qu’on utilise beaucoup moins de personnes dans une économie numérique. Il n’y a aucune chaîne d’approvisionnement physique. Il n’y a que des personnes qui détiennent la valeur de ce qu’elles créent par des droits de propriété intellectuelle. La valeur n’est pas au Canada, elle retourne dans le pays d’origine. On extrait donc la valeur des esprits les plus brillants et on expédie ces rentes économiques ailleurs. Et maintenant que les États-Unis réaffirment leur souveraineté, nous nous retrouvons les mains vides ici.

Mikaela : Si nous n’utilisons plus cette approche axée sur ces multiplicateurs économiques, si nous délaissons le modèle d’affaires fondé sur l’échelle ‒ croître dans toutes les directions, à tout prix ‒ et que nous adoptons un nouveau modèle de croissance, qu’est‑ce que le Canada a à offrir pour être compétitif face à un changement aussi important dans la façon dont les économies se développent et dont l’argent se crée?

John : L’un des problèmes, c’est que compte tenu de la mondialisation et du fait que le Canada se soit concentré sur la création d’emplois plutôt que sur la création de richesse, nous constatons maintenant, en regardant les 30 dernières années, que le Canada ne fabrique vraiment plus rien. Et l’ironie du sort est que nous vivons un nouvel élan patriotique où les gens veulent « acheter canadien ». Et tu sais quel est le problème? Les gens se disent qu’est‑ce qu’on achète réellement qui est canadien? Voilà l’essence du problème. Je pense maintenant que nous devons revenir aux bases. Je vais laisser de côté l’économie numérique pour l’instant et parler des industries extractives. Que cela nous plaise ou non, si on dresse la liste de nos secteurs les plus productifs, ils sont tous extractifs − et nous pensions que nous devions abandonner nos vieilles industries − le bois, le pétrole et l’eau. Pourtant, ce sont encore nos industries. Toutefois, tout revient à la chaîne de valeur. Prenons, par exemple, le pétrole. Nous débattons de l’extraction et, en grande partie, nous nous arrêtons à la question : faut-il construire un pipeline ou non? Mais nous devons réfléchir à la chaîne de valeur dans son ensemble. Nous n’avons aucune discussion sur la transformation. Certains commentateurs nous diraient que ça prendrait dix ans pour construire une installation de mise en valeur. Eh bien, tu sais quoi? Il y a dix ans, si nous étions allés de l’avant, nous l’aurions aujourd’hui. Tous les sous-produits du pétrole, nous ne les transformons pas ici non plus. Et ensuite, nous rachetons les produits finis. Donc, même si ces industries extractives sont productives lorsqu’on regarde les termes de l’échange nets, nous sommes en déficit parce que nous achetons tout de l’extérieur. Si nous parlons d’acheter ou de bâtir de nouvelles industries − par exemple un secteur phare comme la construction navale ‒ eh bien, devine où se trouvent l’acier et le nickel. Si nous parlons de batteries, nous avons ici du cadmium, du nickel, du graphite, du lithium, etc. Nous disposons de toutes ces ressources naturelles, mais nous n’allons jamais jusqu’au bout. C’est le type de réflexion que nous devons avoir dans ce pays.

Mikaela : Un bon ami dit souvent que le Canada est riche de ses ressources, mais pauvre de sa géographie.

John : Oui

Mikaela : Donc, tu as parlé de quelques éléments qui se complètent et s’entrechoquent à la fois. Pensons à la souveraineté, à la mondialisation et à l’isolement dicté soit par des considérations industrielles, soit par des impératifs de sécurité : qu’est‑ce que cela signifie pour un pays comme le Canada? Lorsqu’il s’agit de bâtir certaines des chaînes d’approvisionnement autour de ces industries de ressources très productives, que nous voulons continuer de développer pour élargir la base de ces économies au pays, il y a des limites. Certaines choses sont pour des raisons techniques, économiques ou autres, impossibles à faire au Canada. Comment trouvons-nous l’équilibre comme pays? Comment les entreprises déterminent-elles ce qu’il est préférable de construire ici et ce pour quoi il vaut mieux compter sur des alliés peut-être plus fiables, peut-être plus traditionnels, ou sur d’autres chaînes d’approvisionnement mondiales?

John : Parlons de l’IA souveraine. La souveraineté ne signifie pas l’isolationnisme, ni la défensive, ni le fait de rester uniquement au Canada. Cela signifie contrôler son propre destin, et pour ce faire il faut capturer toute la valeur économique. Donc, quand on parle de souveraineté, parlons de souveraineté économique. Il s’agit de bâtir la valeur que nous contrôlons, afin de créer de la richesse. Et lorsque qu’on crée de la richesse, les emplois suivent. Autrefois, on disait qu’il fallait créer des emplois pour générer de la richesse − c’est maintenant l’inverse. Mais parlons de l’IA souveraine. La première chose à faire, c’est de déconstruire tous les éléments constitutifs de la chaîne de valeur dans son ensemble. Commençons par la couche d’infrastructure. Qu’entend-on en ce moment du point de vue de la souveraineté? On entend parler des centres de données d’IA. Quel est le problème technique que nous tentons de régler? Les États‑Unis ont le CLOUD Act. Cette loi leur confère leur propre interprétation de l’extraterritorialité, selon laquelle le gouvernement estime pouvoir obliger ses entreprises – qui possèdent des centres de données dans des pays étrangers, comme le Canada – à lui donner accès aux données ou le laisser faire ce qu’il veut avec ces données – peut-être même en bloquer l’accès – au nom de la sécurité nationale. Non seulement la partie lésée ne doit pas en être informée, mais le gouvernement canadien non plus. C’est une atteinte à notre souveraineté. Et pourtant, au Canada, nous ne semblons pas considérer cela comme un enjeu majeur. Qu’est-ce que cela signifie concrètement? Si on réglait ce problème en ayant un centre de données d’IA situé au Canada, cela réglerait-il le problème? La réponse est « non ». Cela règle l’enjeu lié au CLOUD Act. Mais examinons les autres composantes de l’infrastructure. Il y a les grands modèles de langage. Ils aspirent une tonne de données. Il faut donc réfléchir à la souveraineté des grands modèles de langage. Il faut réfléchir à la souveraineté en matière de puces. Chaque puce au monde comporte une porte dérobée. Le Canada était autrefois un acteur des puces. Je ne dirais pas une superpuissance, mais nous nous débrouillions plutôt bien. Toutes ces entreprises sont disparues parce que nous ne les soutenions pas. Pourtant, le Canada a des technologies de pointe. Trois pays – dont le Canada – ont la capacité de produire des puces photoniques. Quand on nous rétorque que nous ne devrions pas fabriquer nos propres puces parce que c’est trop difficile ou que ça demande du capital, je réponds « un instant ». C’est une décision que nous prenons. Peut‑être devrions-nous le faire. Ou peut-être que nous devrions envisager un partenariat. Mais dans de nombreuses réponses liées à la souveraineté, ce qui se passe réellement, c’est qu’on adopte une approche étape par étape. On examine quelles composantes nous voulons vraiment aborder. Et peut‑être que certaines sont irréalistes, mais je crois que nous avons trop rapidement tendance à baisser les bras et à nous dire que c’est trop difficile. Tu as mentionné Shopify dans l’introduction. Lorsque j’ai investi dans Shopify, vers 2012 ou 2013, l’entreprise réalisait 13 M$ de revenus, et Amazon était déjà dans les milliards. La vision était d’être l’anti-Amazon. Nous aurions pu dire que c’était trop difficile. Personne ne l’a dit. Aujourd’hui, les gens disent que c’était une décision facile. Mais ça ne l’était pas.

Mikaela : Très bon point.

John : Je veux raviver l’audace au Canada, parce qu’en cours de route, nous sommes devenus complaisants envers la médiocrité. Et ce n’est pas ce que le Canada est, ni ce qu’il devrait être.

Jon : J’aime cette notion de complaisance, car c’est une réalité brutale. Et ce n’est pas ce que le Canada était historiquement.

Mikaela : Ce n’est pas comme ça que nous nous percevons.

Jon : On se perçoit comme travaillants, tenaces, innovateurs, etc.

Mikaela : Nous sommes, comme tu l’as dit plus tôt, les porteurs d’eau.

Jon : Oui, et ce n’est plus tellement la réalité aujourd’hui. Comment décide-t-on des leviers à actionner, et comment convainc-t-on les décideurs d’agir plutôt que de rester passifs?

John : Laisse-moi d’abord dissiper quelques mythes. Premièrement, je pense que nous avons des entrepreneurs extraordinaires dans ce pays. Quand on dit que nous n’avons pas le feu sacré : étant moi-même, je dis toujours que c’est n’importe quoi. Les gens qui tiennent ces propos n’ont généralement jamais bâti une entreprise de leur vie. Les entrepreneurs de ce pays – surtout dans l’économie numérique – sont extrêmement frustrés. La quantité d’obstacles qu’il faut surmonter ici pour bâtir une entreprise prospère est décourageante. Mais ils aiment ce pays, et un grand entrepreneur doit s’assurer de la prospérité de son entreprise, peu importe où elle se trouve. Beaucoup d’entre eux – malgré les folies qui se déroulent aussi aux États‑Unis – sentent encore qu’il y a moins d’obstacles là-bas, que ce soit pour l’accès au capital ou aux clients. Mais, à mon avis, ce n’est pas une question de talents. Les obstacles viennent à mon avis de deux sources. Soit dit en passant, la situation commence à s’améliorer et on le voit dans l’opinion publique. Premièrement, nous devons traverser cette transition, et ce sera douloureux. Nous nous trouvons dans cette situation après au moins 30 ans de négligence, et il faudra probablement un laps de temps similaire pour nous remettre sur les rails. Parlons de la question du capital dans ce pays. Le capital est en mode aversion au risque et c’est très frustrant. Du point de vue de quelqu’un comme moi qui déploie du capital, beaucoup de gens estiment qu’avec tous ces bouleversements, il vaut mieux être attentiste. Or, en tant qu’investisseur, je dis que c’est précisément dans ces situations qu’on réalise les meilleurs rendements. Dans l’incertitude, dans cet arbitrage risque/rendement. Il ne faut pas prendre de risque stupide, il faut un risque intelligent. Mais on évalue l’arbitrage, et la récompense est proportionnelle au risque. Je considère que c’est le meilleur moment pour miser, car le risque est élevé. Le problème – et c’est tout l’enjeu de l’économie numérique, particulièrement les opportunités liées à la souveraineté –, c’est qu’on parle réellement d’infrastructures numériques. Le problème avec l’investissement dans les infrastructures, c’est qu’il n’y a pas qu’un seul gagnant : il peut y en avoir trois. Alors, il faut bien choisir son pari. Je n’ai jamais vu un environnement comme celui-ci, où le potentiel de rendement d’un pari est pratiquement illimité. Mais si on fait le mauvais pari, celui qui n’est pas dans les trois gagnants, le rendement est de zéro. Comment peut-on réagir à ça? Je fais mes devoirs très rigoureusement. Et si quelqu’un me demande de donner une réponse demain alors que je n’ai pas fait mes devoirs, ma réponse est « Non, mais si tu attends un peu et que tu me laisses déterminer la valeur que je peux t’aider à créer, la grande occasion, je serai là pour toi. » Mais ce qui n’est pas acceptable, c’est d’attendre une période de moindre volatilité. Cela garantit qu’on n’obtiendra jamais les rendements qu’on croyait pouvoir obtenir. Ce qui est amusant dans mon domaine, c’est qu’on est toujours sur la limite entre passer pour un idiot ou un génie. Et la réalité, c’est qu’on n’est ni l’un ni l’autre. Mais on nous juge selon le résultat de notre pari. On m’a traité de bien des choses dans ma vie. Ça ne me dérange pas. Mais je pense que c’est ça, le problème : beaucoup de gens ne veulent pas se retrouver du côté perdant d’un pari.

Mikaela : Et je pense que ce n’est pas propre au monde des affaires. Ce n’est pas propre aux investisseurs, n’est-ce pas? Quand on pense aux paris que le gouvernement fédéral a dû faire au cours des dernières années – rien que cette année, avec le budget fédéral de 2025 – lui aussi prend ce genre de paris.

John : Ils misent gros.

Mikaela : Tout à fait. 

Jon : Je pense que la leçon très importante à retenir est qu’il faut prendre le temps d’attendre la bonne information ou les bonnes données au lieu d’attendre une diminution du risque.

John : Oui, j’avais une citation affichée dans mon bureau. Une citation de Colin Powell qui avait une formule pour expliquer comment il prenait ses décisions. Essentiellement, il disait que lorsqu’on a 70 % des données essentielles, le temps supplémentaire qu’il faudrait pour obtenir pour théoriquement aller chercher les 30 % restants (d’ailleurs, on ne les obtient jamais) ne vaut pas la peine. Ce qu’il faut essayer de faire, c’est d’identifier le risque stupide et d’éviter de prendre une décision insensée en n’évaluant pas ce risque. Une fois qu’on juge avoir assez de données pour éliminer le risque stupide, on peut prendre un risque intelligent. Il faut éviter de trop réfléchir, parce qu’on trouvera toujours mille et une raisons de ne pas faire quelque chose. Je me bouche le nez et je saute. Vais-je vivre des défaites? Bien sûr que oui. Mais tant que je gagne plus souvent que je perds, je fais beaucoup d’argent pour mes investisseurs.

Mikaela : Pour revenir à une note d’optimisme pour le Canada, je pense qu’à mesure que le monde évolue, à mesure que les alliances se transforment, deviennent plus fragmentées, plus régionales, je pense que le Canada est bien positionné. Nous avons investi, depuis très longtemps, dans notre rôle de bon partenaire commercial, diplomatique et d’aide auprès de nombreux pays dans le monde. Comment, malgré tous les problèmes que tu as soulevés aujourd’hui, pouvons-nous mettre à profit cette crédibilité que nous avons bâtie sur la scène internationale?

John : Je dirais que les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Et c’est bien comme ça. Les États-Unis ne disent pas que le Canada n’est pas leur ami. Nous sommes simplement un partenaire commercial. Qu’est-ce qu’un ami entre nations? Ce n’est qu’une relation qui sert un objectif. Nous commerçons parce que nous croyons que cela va améliorer notre propre situation. Voilà. Pourquoi commercerait-on sinon? Donc, je pense que chaque pays – surtout la Chine et les États-Unis, mais aussi de nombreux autres pays – commerce en fonction de ce qui sert ses propres intérêts. Or, le Canada avait cette idée d’être un bon petit scout. Comme dirait mon partenaire Jim Balsillie : « Tu te trompes toujours John avec cette analogie, car contrairement aux Canadiens, les scouts sont toujours prêts. » C’est exactement ça. Nous sommes naïfs. Pour reprendre ton point, le Canada devrait être l’un des pays les plus riches du monde – et pourtant, ce n’est pas le cas. Nous allons donc devoir prendre des décisions conscientes. Mais je préfère de loin la position du Canada, avec cette bénédiction que sont nos ressources naturelles comme levier pour nous rendre là où nous devons aller à l’avenir, particulièrement dans l’économie numérique. Et je crois aussi que si nous nous contentons de rester un pays extractif, ce n’est absolument pas une voie vers la prospérité. Là où je suis optimiste, c’est que nous parlons enfin de tout cela pour la première fois depuis une dizaine d’années. Il nous faudra du temps. Encore une fois, les gens s’inquiètent des États-Unis, mais ils demeureront un excellent partenaire commercial. Mais la leçon à retenir, c’est que nous ne devons pas dépendre d’eux pour tous nos besoins. Une fois que nous aurons compris cette nuance, nous continuerons d’être des partenaires commerciaux formidables – ils resteront les plus importants au monde. Nous nous serons un peu diversifiés, certes, mais le marché le plus important sur lequel je veux que nous nous concentrions, c’est notre propre marché canadien. Parce que nos propres gouvernements, nos grandes entreprises, n’achètent toujours pas les choses que nous faisons. Ils continuent de nous mettre des bâtons dans les roues – c’est tout simplement inacceptable et c’est entièrement sous notre contrôle. 

Mikaela : Sachant que le capital est aux abonnés absents pour combler certains des problèmes et des lacunes que tu viens d’identifier, quel est le rôle du capital-investissement dans tout ça?

John : Le rôle du capital-investissement, c’est de financer les opportunités au pays. Je ne dis pas qu’on ne devrait pas investir à l’extérieur du Canada, mais il existe cette croyance naïve selon laquelle on peut ignorer nos sources nationales de capital, puisque le capital, partout dans le monde, finit par trouver les bonnes idées. Ce n’est tout simplement pas vrai. Dans un monde souverain, c’est encore moins vrai. Si nous pensons – et je prends l’exemple de la capacité de calcul souveraine pour l’IA – que c’est vraiment important, et que les Émirats arabes unis pensent eux aussi que c’est vraiment important, crois-tu qu’ils vont prendre leurs capitaux limités et les investir au Canada dans la même industrie plutôt que chez eux? Non. Les Américains sont très clairs à ce sujet en ce moment. Ils encouragent fortement leurs sources nationales de capital à soutenir la réindustrialisation des entreprises américaines. Au Canada, nous devons réaliser qu’une grande partie de notre capital provient des États-Unis. Ça ne va pas tomber à zéro, bien sûr. Mais si on compte là-dessus, c’est un gros problème. La conséquence, c’est que si on a un excellent entrepreneur et que le capital n’entre pas, devine ce qui se passe? Il quitte le pays, il va aux États-Unis et, boum, il obtient du financement. C’est la pire situation possible pour le Canada. Et, soit dit en passant, cela se produit à une vitesse fulgurante.

Mikaela : Aujourd’hui, tu nous as présenté des idées qui peuvent sembler intimidantes quant à ce à quoi nous sommes confrontés mondialement, mais tu as aussi exposé un argument très convaincant en faveur de l’investissement au Canada, dans les Canadiens et dans les idées canadiennes – et ça, c’est enthousiasmant. Je pense que c’est un appel à l’action qu’on devrait tous se répéter presque chaque jour.

John : Je le crois aussi. C’est vraiment ça.

Mikaela : Tu nous as dit de penser en grand, de passer à l’action sans tarder, de parier sur le Canada. Je veux terminer avec quelques questions rapides.

John : Bien sûr!

Mikaela : Parmi les choses que tu aimerais nous laisser, quel est le changement politique que tu ferais demain matin?

John : Le changement de politique que je ferais, c’est de définir ce qu’est une entreprise canadienne. Parce qu’à l’âge de la souveraineté, ce qui se passe ici, c’est que dans toutes nos politiques fiscales, nos politiques de subventions et nos politiques de distribution, nous ne nous demandons jamais à qui ces mesures sont destinées. Qui ou quel territoire est le bénéficiaire de la richesse créée par ces mesures? Nous travaillons actuellement avec le gouvernement à définir précisément ce terme, car je crois que c’est un problème sérieux depuis plusieurs décennies.

Mikaela : Dans quel secteur le Canada devrait-il selon toi dominer à l’échelle mondiale?

John : Le Canada devrait dominer en sécurité alimentaire. Nous sommes l’un des greniers du monde, qu’on pense à la potasse, à l’agriculture, aux terres, à l’eau. Pourtant, cette industrie, qui est plus importante que le secteur de l’énergie, est la plus négligée. C’est un secteur que nous ne pouvons absolument plus ignorer.

Mikaela : À la lumière de tout ce dont nous avons discuté aujourd’hui, quel comportement de la part d’un fondateur récompenserais-tu avec du capital patient?

John : Les plus grands entrepreneurs sont résilients et adaptables. Dans cette période de bouleversements, ce sont les plus tenaces qui survivent. Ce ne sont pas les plus brillants ni les plus gros. Et c’est ainsi que nous serons jugés.

Mikaela : Heureusement que le Canada a de la ténacité.

Jon : Penses‑tu que l’identité canadienne, notre culture, a quelque chose à voir avec notre appréhension ou notre gentillesse, ou quoi que ce soit du genre?

John : Non, je ne pense pas que nous ayons un problème culturel. On me demande souvent si nous avons une culture d’aversion au risque, et je réponds que là n’est pas le problème. J’ai vu qu’il ne manque absolument pas d’entrepreneurs qui ont des idées incroyables. Mais lorsque nous n’achetons pas auprès d’eux, lorsque nous ne les finançons pas, nous créons de la friction pour eux, nous leur compliquons la vie. Alors nous les repoussons, tout simplement – et ils ont la réaction logique de partir, car ils n’ont pas le choix.

Jon : Oui, quelle autre option ont-ils?

John : Ils n’ont pas le choix.

Jon : Bien sûr. 

John : Et ils ne veulent pas partir. C’est ça, le point. Ils veulent rester ici. Il nous revient donc de les aider à rester. Mon travail, c’est de leur obtenir le capital pour qu’ils restent ici. C’est ça, mon travail. Tout simplement.

Jon : J’adore ça. Je pense que c’est une excellente conclusion. Sur ce, John, merci beaucoup d’avoir participé à « Shift ».

John : Merci.

Jon : Nous serons de retour très bientôt avec un nouvel épisode.

Mikaela : Merci.

John : Merci beaucoup.

Jon : Voilà qui conclut cet épisode de « Shift », un balado de PwC Canada.

Mikaela : Merci d’avoir été là. Votre attention est précieuse, et vous avez pris le temps de nous écouter. C’est très apprécié.

Jon : Nos conversations ne se terminent pas toujours avec une conclusion bien ficelée. Ce serait trop simple!

Mikaela : Non, nous préférons explorer les zones grises du changement, celles qui ne rentrent pas dans un plan parfait. Les moments qui font dire : « Tiens… je n’avais jamais vu ça comme ça. »

Jon : Si quelque chose vous a interpellé dans l’épisode d’aujourd’hui – une question, un moment, même une phrase – laissez-le mijoter un peu. Et si vous pensez à quelqu’un qui comprendrait pourquoi ça compte…

Mikaela : ... partagez l’épisode avec lui, à partir de l’endroit où vous écoutez vos balados. Vous trouverez plus de détails à pwc.com/ca/shift. À titre informatif, ce balado a été préparé par PricewaterhouseCoopers s.r.l./s.e.n.c.r.l., une société à responsabilité limitée constituée en Ontario, exclusivement à des fins d’information générale et ne constitue nullement un conseil professionnel. À la prochaine!

Épisode 1 :

Le rôle clé de l’humain dans l’IA : équilibre entre créativité, innovation et adoption responsable

Dans cet épisode du balado « Shift », David Usher, fondateur et PDG de Reimagine AI, parle de son parcours de musicien canadien, lauréat d’un prix Juno, devenu innovateur technologique. Il explique en quoi la curiosité peut aider les leaders à composer avec l’innovation, l’éthique et la disruption. Par ailleurs, il présente des approches pratiques pour créer une IA responsable — incluant la conception, le consentement et la réglementation dirigés par l’humain — et met en lumière des projets comme « Second Echo » et des compagnons virtuels pour les patients atteints de démence, montrant comment la technologie peut créer de la valeur et une signification sans remplacer la connexion humaine.
 

écouter sur Spotify          écouter sur Apple Podcast

Jon : Nous vous présentons « Shift », une émission sur la façon dont le changement s’opère – une expérience désordonnée, humaine et remplie de surprises.

Mikaela : Il y a l’histoire officielle, et puis il y a ce qui se passe vraiment dans les coulisses, là où les décisions sont prises.

Jon : Je m’appelle Jon Finkelstein, directeur de la création, ici chez PwC Canada. Je m’intéresse aux frictions humaines, aux phénomènes bizarres, du genre « pourquoi on s’y prend de cette façon-là? ».

Mikaela : Et moi, je suis Mikaela McQuade, associée dans l’équipe Politique et économie. Je m’intéresse aux liens entre les grandes idées et l’impact réel – comment la stratégie rencontre la réalité.

Jon : Nos invités sont des gens qui sont au cœur de tout ça – des leaders, des bâtisseurs, des décideurs canadiens – ceux auxquels on s’attendrait à ce que PwC ait accès.

Mikaela : Mais nous ne sommes pas ici pour poser les questions habituelles. Nous avons de meilleures questions à poser. Le genre qui fait que les gens s’arrêtent, rient, repensent et parfois disent : « Je ne devrais probablement pas te dire ça... »

Jon : Mikaela et moi, on n’est pas toujours d’accord...

Mikaela : ... Et c’est ce qui rend les choses amusantes!

Jon : Voici donc « Shift », et ça commence maintenant.

Jon : Bienvenue au nouvel épisode de « Shift ». Nous sommes de retour. Et aujourd’hui, nous avons un formidable invité : David Usher, fondateur et PDG de Reimagine AI. Bienvenue au balado, David.

David : Merci beaucoup.

Mikaela : Commençons par une question pour briser la glace : quelle est ton anecdote la plus embarrassante sur l’IA?

David : Mon anecdote la plus embarrassante sur l’IA

Mikaela : Je peux te raconter la mienne.

David : Oui, raconte.

Jon : Son histoire est drôle.

Mikaela : Je me fais toujours un devoir d’essayer d’amener l’IA à m’apprécier. Je lui dis toujours « s’il vous plaît » et « merci », et j’essaie de l’impressionner avec mes requêtes.

David : Tu sais quoi? L’IA t’aime quoi qu’il arrive.

Jon : Voilà, c’est tellement complaisant.

David : Absolument.

Mikaela : Je sais, mais je ne veux pas que l’IA m’aime simplement de façon obséquieuse, je veux qu’elle m’aime vraiment.

Jon : Donc, as-tu une anecdote embarrassante sur l’IA?

David : Pas vraiment. J’utilise l’IA tous les jours, 24 heures sur 24. Mais je n’ai pas vraiment d’histoire embarrassante pour l’instant.

Mikaela : Ah, et toi?

Jon : Je ne sais pas si c’est embarrassant, mais j’aime bien lui demander une critique de ma poésie. Et ensuite, je me dispute avec l’IA en lui disant qu’elle ne me comprend pas.

David : L’IA est censée aimer automatiquement ta poésie.

Jon : Voilà, je ne cherche que des encouragements. Je vais te poser la première question. Pardonne-nous, car je suis certain qu’on te pose souvent cette question. Les gens te connaissent probablement pour ta carrière musicale. C’est évidemment une grande partie de ton image, de ta personnalité, de ton expérience. Et maintenant, tu es dans le domaine de l’IA. Comment et pourquoi as-tu fait le passage de la création musicale à l’IA créative? Quel a été le moment de transition pour toi?

David : Oui, bien des gens se posent cette question. La transition, pour moi, a eu lieu il y a très longtemps. Je vivais alors à New York. Le groupe avait du succès. C’était l’époque où Napster a bouleversé l’industrie musicale. Je me suis intéressé à la raison pour laquelle le numérique était en essor alors que l’industrie musicale sombrait. Ça m’a mené à tenter de comprendre Internet. Cette exploration a mené à ma première startup, une entreprise d’agrégation sur les médias sociaux. J’ai réalisé mon premier projet avec Google Brain, soit une IA qui collabore avec des humains pour l’écriture de chansons. C’était il y a environ dix ans. C’est là que j’ai vraiment eu la piqûre de l’IA. Vers 2018, j’ai lancé mon entreprise Reimagine AI. À l’époque, elle développait des IA créatives pour des êtres virtuels interactifs destinés à des musées, des expositions scientifiques, etc. Petit à petit, nous avons évolué en un studio de capital-risque dans le domaine des soins de santé et ce que nous appelons l’immortalité numérique. Nous avons beaucoup évolué au fil des ans, au rythme des changements technologiques.

Jon : Voilà qui est terrifiant. Dès qu’on arrive quelque part, la technologie change et, soudain, il faut partir. Et maintenant, que faire? Trouves-tu que quand tu commences quelque chose, tu arrives à un point où tu te remets en question?

David : Oui, quand nous avons commencé, nous construisions… L’IA était vraiment juste une idée. Google utilisait l’IA, mais ce n’était pas programmatique à l’époque. L’IA n’était pas déployée dans le monde. C’était plutôt du code spécialisé, mais pas de la programmation accessible à tous. Aujourd’hui, on constate que l’IA progresse à toute vitesse et qu’il est difficile de rester à jour. Donc, quand nous avons commencé à créer des êtres virtuels alimentés par l’IA, nous construisions d’immenses arbres de dialogue pour essayer de donner l’impression que ces êtres étaient intelligents pour qu’ils puissent répondre à presque toutes les questions. Et comme la technologie a évolué, notre rôle en tant qu’entreprise a été de rester à jour sur chaque nouveauté technologique. De comprendre chaque changement et sa signification pour la pile technologique que nous construisions et sur laquelle nous basions notre entreprise.

Mikaela : Tu as parlé de créativité à quelques reprises. Je suis curieuse de comprendre le lien avec le codage, la programmation et la construction de la mécanique connexe. Ton point de vue sur la créativité a-t-il changé fondamentalement depuis que tu es passé de l’univers artistique et musical à celui où tu es aujourd’hui?

David : Pas du tout, car je considère la créativité comme une méthode. C’est une façon d’aborder un problème, de travailler sur un problème, en somme. J’utilise la même pensée créative quand je crée une chanson, quand j’écris un livre ou quand je conçois une présentation que lorsque je suis avec mes programmeurs. Le processus est exactement le même. Quand on passe d’un secteur à l’autre, il faut juste changer de langage. Il faut comprendre le langage du nouveau secteur. Parce que si tu ne comprends pas le langage du secteur, tu ne peux pas communiquer avec les personnes avec lesquelles tu travailles. Quand je suis passé des arts aux conférences, j’ai dû apprendre le langage. Quand je parle aux programmeurs, je dois comprendre ce qu’ils font, dans leur langage. Ce qu’il y a de magnifique avec l’intelligence artificielle actuellement, c’est que pour tous ceux qui veulent s’y mettre, elle a changé tellement vite, que si vous vous y mettez maintenant, vous pouvez vraiment être à l’avant-garde de ce que vous construisez dans votre secteur ou industrie.

Mikaela : C’est intéressant que tu dises que ta perception de la créativité n’a pas changé, car la mienne a changé drastiquement au cours des dernières années.

David : Vraiment?

Mikaela : Oui, tout à fait. L’IA est entrée dans nos vies personnelles et professionnelles. Je ne pense pas qu’il serait exagéré de dire que beaucoup de gens considèrent la créativité comme quelque chose d’assez unique à l’humain, comme une qualité qui nous est propre, qui ne peut pas vraiment être reproduite par des machines. Est-on en train de redéfinir cette frontière? Envisage-t-on la créativité en technologie sous un nouvel angle?

David : Oui, mais je ne dis pas qu’on fait preuve de créativité lorsqu’on entre une requête dans un LLM. Ce n’est pas ma définition de la créativité. Je parle de la manière de construire un produit, que ce produit soit une chanson, une ligne de code ou un programme. Donc je ne pense pas que d’entrer une requête dans un LLM soit particulièrement créatif. Mais la compréhension de la façon de formuler la requête, c’est de la créativité. C’est une nuance subtile. Dans mon entreprise, tout le monde utilise des agents d’IA, que ce soit pour le marketing, le développement des affaires ou le codage. Nous utilisons tous des agents d’IA en permanence. Mais il faut vraiment comprendre ces agents, savoir comment leur envoyer des requêtes et comment les faire travailler pour nous. Ce ne sera pas toujours le cas, mais pour l’instant, ça l’est.

Jon : En tant que personne créative, je trouve que la définition de créativité, de jugement, etc., il y a une sorte de banalisation de ces questions jusqu’à un certain point. Ce qu’on peut appeler la moyenne significative.

David : Tout à fait, les industries créatives vivent une grande transformation.

Jon : Oui

David : La créativité humaine ne va pas nécessairement changer, mais les modèles d’affaires qui sous-tendent cette créativité seront complètement bouleversés. Donc, le modèle sur lequel nous avons construit ces industries est appelé à changer radicalement, car l’IA annonce la fin de la rareté pour les industries créatives. Ce qui était rare ne l’est plus. Donc, dans ce monde, qu’est-ce qui sera rare à court terme? Ce seront les aspérités, les imperfections, n’est-ce pas? L’aspect humain des choses. Mais l’IA finira par pouvoir le reproduire aussi. Donc, je crois que ce qui deviendra rare, ce sont les espaces humains. Je crois que nous assisterons à l’essor d’espaces humains, où des humains voudront vivre des expériences avec d’autres humains. Prends par exemple le jeu des échecs. L’IA peut battre les humains aux échecs, n’est-ce pas? Mais les échecs n’ont jamais été aussi populaires. Des humains jouent aux échecs en ligne contre d’autres humains, parce que c’est l’expérience qu’ils recherchent. Ils ne veulent pas jouer contre une machine qui peut les battre tout le temps. Donc, cet espace des échecs a pris de l’ampleur. Et je crois que ça se produira dans plein d’autres domaines artistiques également. Des espaces créatifs différents pour les humains.

Mikaela : Souvent, on considère l’IA comme une menace pour ce type de communauté, ces espaces humains où on se rassemble. C’est un point intéressant.

David : Je crois qu’il y aura un remaniement, c’est certain, et nous ignorons quelle sera son issue.

Jon : Il semble que c’est le bon moment pour faire la transition vers le volet des entreprises. J’aimerais entendre ton opinion sur les modèles d’affaires qui sous-tendent la créativité, les produits, les avancées ou peu importe le mot que nous utilisons en ce moment.

Il y aura des changements. Donc, quand on pense aux perturbations, quels seront, selon toi, les changements les plus importants que l’IA apportera aux entreprises au cours des 10 prochaines années?

Mikaela : Imagine que tu as le contrôle de ton organisation. La technologie transforme tous les aspects de ton entreprise. Tes concurrents l’adoptent à une vitesse fulgurante. Tout change autour de toi. Tu as essentiellement le choix de plonger tête première dans l’économie de l’IA en adaptant ton entreprise en conséquence, ou de ne pas le faire, ou de le faire de manière un peu plus réfléchie. Imagine que tu te trouves dans une telle situation. Comment les organisations peuvent-elles équilibrer la pression extrêmement forte à l’innovation et à la compétitivité, surtout dans la conjoncture économique mondiale actuelle, avec la discipline nécessaire pour prendre du recul et se demander : « Devons-nous vraiment faire ça? »

David : Oui, il faut être compétitif. Non seulement en tant qu’organisations ou entreprises, mais aussi en tant qu’individus. Si tu es un employé ou un étudiant et que tu ne comprends pas les outils d’IA, il sera vraiment difficile de rester compétitif sur le marché.

Je regarde toujours l’approche micro-macro. Au niveau micro, soit celui de l’entreprise, chacun doit comprendre comment l’IA fonctionnera au sein de l’entreprise, comment elle transformera l’entreprise. Car l’IA change tout, non seulement pour les dirigeants, mais aussi pour tous les employés et pour la survie de l’entreprise. Au niveau macro, il s’agit davantage de savoir comment nous allons réglementer cette nouvelle technologie et comment nous allons nous y préparer sur les plans culturel et socioéconomique. Ces deux aspects doivent coexister et nous devons nous y attaquer en même temps. Mais comme je dis à tout le monde : vous devez comprendre cette technologie. Même si vous ne l’aimez pas, vous devez la comprendre. Voilà, c’est comme quelqu’un qui dirait : « Je ne veux pas utiliser un ordinateur ». Bien sûr, personne n’est obligé d’utiliser un ordinateur, mais vous aurez du mal à rester compétitif si vous ne savez pas utiliser Microsoft Word.

Jon : C’est une excellente transition vers la prochaine question : comment les dirigeants et les organisations se préparent-ils à ça, surtout ceux qui accusent un retard?

David : Je pense que nous vivons le moment idéal, parce que la technologie évolue tellement vite que tout est nouveau maintenant. Ce qui existait il y a six mois est déjà dépassé. Je crois que l’essentiel – et c’est là qu’arrive le lien avec la créativité – c’est que la créativité devient un avantage concurrentiel, car la curiosité devient plus importante que jamais. Si vous êtes curieux et que vous voulez apprendre, tout est à portée de main. Vous pouvez apprendre très rapidement le langage de ce nouvel environnement. Et une fois que vous le maîtrisez et que vous commencez à vous en imprégner, vous pouvez participer. Une fois que vous participez, la voie s’ouvre vers de nombreuses possibilités. Mais tout commence par la curiosité avide essentielle à votre participation. Vous devez vous dire : « Ok, je ne sais rien pour l’instant, mais je peux apprendre très vite, parce que c’est un langage simple, et ensuite je pourrai participer. » Ça vaut pour les dirigeants, pour les employés, pour tout le monde. Ce qu’il y a de formidable en ce moment, c’est que tout le monde avance à tâtons et cherche à comprendre. Mais ceux qui le font auront un énorme avantage sur ceux qui ne le font pas.

Jon : Pour moi, la curiosité est un très beau mot. Car en tant que créatif, en tant que personne qui essaie d’explorer la technologie et de trouver des idées différentes pour les clients si vous n’êtes pas curieux, que faites-vous?

David : C’est vraiment l’enjeu principal. Parce que dans ce monde où les choses changent si vite, il faut être capable d’absorber des idées très rapidement. Il faut être capable d’observer le paysage et d’intégrer des éléments provenant de différents horizons auxquels nous n’avions pas accès auparavant, parce que tout bouge autour de nous. Nous devons être capables d’absorber tout ça, de l’analyser, d’en faire une synthèse et ensuite de trouver une idée. Les idées mènent le monde, mais elles doivent être des idées éclairées. Cette curiosité, cette créativité, sont vraiment un avantage concurrentiel en ce moment, à mon avis.

Jon : Oui, bien sûr. Et, pour moi, le corollaire de tout ça, c’est le jugement, n’est-ce pas? C’est bien beau d’avoir une idée, qu’elle soit générée par l’IA ou que vous utilisiez l’IA comme partenaire de réflexion, mais il faut ensuite y ajouter de l’expertise, du jugement, pour pouvoir décider si c’est une bonne idée ou non.

David : La plupart de nos idées sont mauvaises. Les miennes, les tiennes : elles sont toutes mauvaises. Mais plus on plonge dans le domaine de la créativité, plus on peut rapidement identifier les mauvaises idées et les écarter. Et plus vous pouvez conserver rapidement les bonnes idées et les transformer en produit, mieux c’est.

Mikaela : Y a-t-il quelque chose qui se perd dans cette insistance implacable sur l’efficacité et la rapidité? Quand tu penses surtout à l’intersection entre la créativité, tes univers artistiques et tout ce que nous voyons aujourd’hui, qu’est-ce qui, selon toi, risque de disparaître dans ce processus?

David : Nous perdons quelque chose, sans aucun doute. Mais tu sais quoi? La créativité a toujours été le moteur de ma vie. Alors, je m’éclate vraiment en ce moment, car j’adore la technologie. Je suis très intéressé par l’expérimentation et je m’y livre à fond. Notre entreprise est créative, elle construit toutes sortes de choses intéressantes – enfin, que je trouve intéressantes. Pour moi, la créativité, c’est comme… nous vivons un moment incroyable, une époque formidable. Mais il y a quelque chose qui a changé, c’est certain. Je ne sais pas si c’est pour le meilleur ou pour le pire, mais c’est assurément différent.

Mikaela : Et c’est intéressant que tu insistes là-dessus, car je crois qu’il faut se concentrer sur les cas où l’IA peut ajouter de la valeur, où elle peut être utilisée de manière significative. Quand tu évalues un projet, comment détermines-tu s’il s’agit d’une utilisation astucieuse et attrayante de l’IA et si c’est quelque chose de conséquent en tant qu’artiste?

David : Je vais passer en revue quelques projets sur lesquels nous travaillons. Nous développons des êtres virtuels sur tablette pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer et de démence. Pensez-y … ma mère souffre d’Alzheimer depuis sept ans. Et toute personne qui a un parent atteint d’Alzheimer comprend la culpabilité qu’on puisse ressentir. Et si ça peut marcher, ce sera une victoire. Notre autre grand projet s’appelle SecondEcho. C’est une plateforme qui propose une nouvelle façon de visualiser la mémoire et le souvenir. Si tu penses à la manière dont nos grands-parents ont enregistré leurs souvenirs, il n’y a pratiquement rien d’enregistré. Il y a trop de contenu de nos jours. On a une quantité infinie de photos qu’on ne regarde jamais. On fait des publications partout et on tient peut-être un journal. Notre projet consiste à utiliser la technologie moderne de l’IA pour lier tout ça et créer un écho numérique de soi-même. C’est une nouvelle façon de se souvenir, tenir un journal, se remémorer. Et nous croyons que ça aura de la valeur dans le nouveau monde.

Jon : Je suis sur la liste d’attente.

David : Oh, ok. Nous ajoutons toujours des gens au bêta.

Jon : Allez, je dois attendre encore combien de temps?

David : Ça fait seulement une semaine.

Jon : Ça semble une éternité à l’heure d’Internet.

David : Oui

Jon : Donc, à mesure que les organisations commencent à adopter l’IA à l’échelle de l’entreprise et en font une attente…

David : Oui, c’est difficile, mais je dirais qu’il faut voir ça comme un investissement. Si vous voulez que vos employés comprennent et utilisent l’intelligence artificielle, vous devez créer une cellule d’innovation interne capable d’expérimenter avec les nouveaux outils, de déterminer quelles solutions programmatiques doivent être utilisées et lesquelles il faut éviter. Ça exige un investissement, c’est certain. Il faut investir à long terme. Mais s’il y a un investissement à faire, c’est bien celui-là. Et c’est maintenant le moment de faire cet investissement à long terme pour créer des programmes qui développent la littératie numérique dans l’entreprise, et mettre en place une cellule d’innovation capable de tester les nouveautés. Pour la plupart des entreprises… Tu sais, il y a une petite startup qui utilise l’IA et qui est en train de changer la façon de faire des affaires. Et si vous ne rivalisez pas dans le même cadre avec l’intelligence artificielle, vous allez vous faire prendre d’assaut par tous les fronts. Je pense que nous devons considérer ça comme une toute nouvelle technologie. Voici comment j’imagine la pile technologique : avant, nous avions Internet comme couche de base, puis toutes ces applications ont été construites par-dessus. Qu’il s’agisse d’applications spécifiques, d’applications mobiles ou de logiciels-services (SaaS), peu importe. Aujourd’hui, il y a Internet, puis ce que j’appelle le LMMOS ou système d’exploitation des grands modèles de langage. Ensuite, par-dessus tout ça, il y a une multitude d’entreprises qui construisent de nouvelles choses en exploitant cette nouvelle couche – l’IA qui se situe entre Internet et leurs applications. Elles créent toutes sortes de projets époustouflants. C’est ce que nous faisons essentiellement : créer des choses extraordinaires auxquelles personne n’avait jamais pensé ou bien qu’on imagine maintenant d’une manière différente qui exige beaucoup moins de main-d’œuvre et qui changera la façon de faire des affaires.

Mikaela : L’IA change non seulement ce que les gens font, mais aussi leur façon d’apprendre et de réfléchir. Et, comme tu l’as mentionné, au sujet des fruits les plus faciles à cueillir, l’IA mange les plus petits morceaux, de bas en haut. Quelles compétences humaines deviennent les plus précieuses dans un monde du travail bouleversé par cette technologie?

David : Je pense qu’il y a deux éléments. D’abord, la curiosité – les personnes qui veulent apprendre et qui souhaitent être celles qui contrôlent les opérations – et la créativité, pour synthétiser les données. Il faut être capable de voir ces éléments, de comprendre comment ils s’imbriquent, comment la nouvelle technologie s’intègre à l’ancienne. Si nous construisons des choses, nous travaillons généralement en groupe, n’est-ce pas? Quels sont les éléments clés d’un groupe qui doivent encore être exploités? Qu’est-ce qui n’est plus nécessaire maintenant? Quelles technologies sont obsolètes ou toujours nécessaires? Quelles nouvelles technologies pouvons-nous fusionner pour créer quelque chose de nouveau qui fonctionne plus efficacement? Quelque chose de meilleur, plus rapide et moins coûteux? Très bientôt, tout ce que nous voyons, faisons ou achetons sera intermédié par l’intelligence artificielle. C’est d’ailleurs déjà le cas. Les choses que nous voyons sur Internet, à mesure que nous passons de Google à ces interfaces IA sur Internet, sont vraiment intermédiées par les LLM. Ce que nous voyons, c’est ce qu’ils nous servent, la façon dont ils nous parlent, leurs croyances. Donc, nous devons être très conscients de la façon dont nous contrôlons – ou dont le gouvernement ou les citoyens contrôlent – l’intermédiaire qui nous fournit les données avec lesquelles nous prenons tous nos décisions. Autrefois, nous cherchions et on nous présentait des résultats. Désormais, on nous présente des résultats spécifiques. Les résultats se précisent de plus en plus. Nous explorons donc beaucoup moins. Maintenant, l’IA nous présente simplement ce qu’elle pense que nous voulons, ou ce qu’elle veut nous montrer. C’est à double sens : nous obtenons des réponses beaucoup plus directes, mais ces réponses sont plus orientées. Nous devons être conscients de cette idée qu’il existe une couche intermédiaire, celle des grands modèles de langage, qui constitue notre interprétation du monde. Surtout quand on pense aux lunettes. Soudain, une couche d’IA interprète le monde en permanence. Elle nous propose des idées qui peuvent être justes… ou non.

Mikaela : C’est intéressant, car j’ignore si les générations qui nous suivent auront les compétences ou la littératie nécessaires pour discerner ce qui est généré par l’IA et ce qui ne l’est pas. Même moi, parfois, je suis surprise. Il m’arrive souvent de regarder un texte et de me dire : « Je ne sais pas comment je le sais, mais je sais que c’est de l’IA. » Quand je pense à mon fils de trois ans… Qu’est-ce que nous faisons? En faisons-nous assez pour vraiment développer la littératie nécessaire pour discerner ce qui est réel et ce qui est imaginé?

David : Non, pas du tout. J’en parle constamment. Dans le domaine de l’éducation, il y a cette idée folle où les enseignants utilisent maintenant l’intelligence artificielle pour rédiger leurs plans de cours. Et ensuite, les élèves utilisent l’IA pour rédiger leurs dissertations, puis les professeurs l’utilisent pour détecter le plagiat et corriger les travaux… J’ai écrit une publication à ce sujet sur LinkedIn l’autre jour, dans laquelle je disais qu’écrire, c’est penser. Et tu sais, quand j’ai appris à écrire, j’ai appris à penser. Si on n’apprend plus à écrire, comment acquiert-on cette capacité de réflexion? C’est difficile. Ou du moins, je le pense. Oui, voilà. J’aborde beaucoup plus de problèmes que de solutions.

Jon : C’est exactement le but de cette conversation, soit de poser des questions auxquelles nous n’avons peut-être même pas de réponses. Soit dit en passant, ce dont tu parlais plus tôt m’a fait penser au fait que plus le spectre des possibilités s’élargit, moins on a de choix. On n’a qu’à penser aux autos : dans les années 60, il y en avait des modèles de toutes les couleurs. De nos jours, les autos sont noires, blanches, rouges… tu vois ce que je veux dire? À cause de l’élargissement du spectre. Alors, qu’elle est ton opinion sur le fait que l’IA peut tout imaginer, et pourtant…

David : Tout à fait. L’IA, c’est comme mettre de l’autotune partout.

Jon : J’adore l’image.

David : Elle gomme toutes les aspérités, elle uniformise. Mais ça, c’est à court terme. À long terme, il y aura un réglage pour remettre les aspérités. On le voit déjà en musique. Avez-vous déjà écouté de la musique générée par l’IA? Au début, elle était atroce. D’abord insupportable, la musique IA est ensuite devenue générique. Et maintenant, certains morceaux sont assez étonnants. On entend la voix se briser de manière naturelle, au bon moment. L’IA est capable de créer des paroles de chansons où, en tant qu’auteur-compositeur, je me dis : « Wow, ces paroles sont géniales. » Donc, le réglage de rugosité, en quelque sorte, le bouton des aspérités, s’est amélioré. Je veux dire, je n’écoute pas beaucoup de musique générée par l’IA, parce que ça ne m’intéresse pas. Je n’utilise pas l’IA pour créer de la musique, car ça m’enlève une partie du plaisir. C’est ce que je voulais dire par « espaces humains », tu vois? Je retourne toujours à ma guitare parce que j’en retire du plaisir. J’écris des chansons avec mes amis parce que j’aime ça. Je me produis devant un public parce que j’aime ça. Et le public vient voir mes spectacles pour vivre une expérience. Mais peut-être retrouverons-nous tout ça. Prends les échecs : plus de gens que jamais y jouent. Ils raffolent de ce jeu. Je suis abonné à beaucoup de vlogueurs dans le domaine des échecs. Je ne sais pas pourquoi, car je ne suis pas un bon joueur d’échecs. Mais je suis un peu obsédé par ce jeu. Les échecs sont devenus un phénomène en pleine explosion où les gens jouent, font toutes sortes de choses folles. Nous assisterons peut-être à l’essor des espaces humains, où les humains découvriront de nouvelles façons d’interagir.

Mikaela : C’est intéressant. Nous avons tendance à réfléchir en lien avec l’avenir du travail. Quand je pense à ma carrière, à mon parcours et à ma manière d’apprendre. Il y a tellement de sens et de raison d’être dans ces tâches qu’on vient à éprouver du dégoût ou de la passion pour celles-ci. Et je crois que ça finira par changer notre manière de concevoir nos carrières, de nous développer au fil du temps. Quelqu’un incarne-t-il selon toi la façon de préserver ce sens et cette raison d’être dans le travail, à l’heure de la collision avec l’IA?

David : Tous les membres de mon équipe – nous utilisons tous l’IA en permanence, mais nous aimons toujours notre travail et nous sommes passionnés par ce que nous construisons. L’IA ne nous remplace pas, elle nous renforce. Ce peut être un excellent outil aux usages extraordinaires. L’IA peut nous rendre plus efficace et accélérer les tâches qui nous répugnent, ce qui nous laisse du temps pour les tâches qui nous tiennent à cœur. Les petites entreprises seront capables d’en faire beaucoup plus. Et je pense que nous voyons aussi beaucoup de changements dans le monde des startups. Les entreprises abandonnent l’idée selon laquelle il faut un capital de risque illimité pour croître. Désormais, peut-être qu’un peu de capital de risque suffira et qu’il sera possible de croître grâce à l’IA.

Jon : Surtout quand on pense entre autres au prototypage accéléré et à la mise à l’essai d’idées. Mais je pense qu’un des pièges – et c’est une de mes préoccupations – c’est que les entreprises et les personnes utilisent l’IA à un niveau élémentaire, sans faire le travail réel pour créer quelque chose de remarquable.

David : Nous serons témoins d’une multitude d’échecs. Il y aura des essais, de l’expérimentation. Il y aura des investissements énormes qui finiront en flops retentissants. Mais ensuite, nous atteindrons le prochain plateau. Des solutions fonctionneront, des projets prendront de l’ampleur. De nouvelles entreprises émergeront et elles comprendront mieux la technologie, elles seront mieux à même de saisir les opportunités. C’est comme un saut dans le vide. Personne ne comprend vraiment ce que nous faisons. Tout le monde expérimente, essaie des choses différentes. Et moi, j’y trouve un réel plaisir. C’est une aventure. Mais des désillusions majeures surviendront aussi.

Jon : Tu parles de l’importance d’utiliser l’IA de manière significative. Je pense que l’exemple au sujet de l’Alzheimer est excellent. Cette maladie est présente dans ma famille aussi, donc ça me touche beaucoup. Quels critères précis utilises-tu pour juger si une application est utile, responsable, etc.? Comment abordes-tu cette réflexion?

David : Quand on réfléchit à l’utilisation éthique de l’IA, c’est un peu comme la façon dont on se perçoit en tant que personne. Donc, pour notre projet SecondEcho, notre approche actuelle – et c’est encore un projet embryonnaire – c’est que nous pensons le réserver aux 18 ans et plus, parce que nous croyons que les enfants ne devraient pas utiliser ces outils. Vous devez pouvoir donner votre consentement et vous ne pouvez utiliser l’outil que pendant une certaine période de temps chaque jour. Parce que l’objectif, c’est d’enregistrer vos souvenirs, pas de les créer. Vous créez vos souvenirs dans la vraie vie et vous les enregistrez avec SecondEcho. Voilà l’essentiel de notre réflexion sur l’utilisation éthique de l’IA dans l’espace que nous essayons de construire. Je crois que c’est ça, l’éthique : c’est un choix. On ne réussit pas tout le temps, mais au moins on essaie, on y réfléchit vraiment et on se demande : « Qu’allons-nous essayer de faire? »

Mikaela : Je ne pense pas que tous les humains soient prêts à se poser cette question. Ou s’il se la posent, peut-être qu’ils n’aiment pas la réponse et qu’ils prennent une autre direction de toute façon. Donc, il semble que l’essentiel de l’éthique repose sur les humains derrière la technologie et derrière l’algorithme. Un algorithme éthique, est-ce possible?

David : Ce qui est intéressant avec les LLM, c’est que, quand on pense à l’intelligence artificielle, on imagine souvent qu’on la construit. Mais en réalité, on la fait croître, parce qu’on ne la comprend pas vraiment. Prenons l’exemple d’une ligne de code. Un groupe de programmeurs écrit cette ligne de code et il y a un bogue dans ce code. Ils le trouvent et le corrigent. Avec l’IA, c’est un peu différent : ils créent un algorithme, l’exécutent sur un jeu de données, construisent le système, puis il agit, et ils peuvent le manipuler un peu ici et là. Mais ce n’est pas la même chose que de construire quelque chose et de pouvoir identifier précisément où se situe le problème. C’est un peu comme si nous créions des créatures que nous utilisons, puis que nous en créions une autre au niveau supérieur, et que nous l’utilisions aussi. Nous en avons une certaine compréhension, mais sans saisir ce qu’elle est ni comment elle va réagir.

Mikaela : David, merci beaucoup pour cet entretien, c’est très apprécié.

Jon : Merci beaucoup pour ta participation.

David : Tout le plaisir est pour moi.

Jon : On se reverra dans une autre vie.

David : Voilà, au plaisir de vous croiser à Toronto.

Jon : Au revoir.

Avis de non-responsabilité

Ce balado est conçu exclusivement à des fins d’information générale et ne constitue nullement un conseil professionnel. Il est recommandé de ne prendre aucune mesure fondée sur l’information contenue dans ce balado avant d’avoir obtenu l’avis d’un professionnel. Aucune déclaration ou garantie (expresse ou implicite) n’est fournie quant à l’exactitude ou l’exhaustivité de l’information contenue dans ce balado et, dans la mesure où cela est permis par la loi, PricewaterhouseCoopers s.r.l./s.e.n.c.r.l., ses membres, son personnel et ses mandataires n’acceptent et n’assument aucune obligation, aucune responsabilité et aucun devoir de diligence à l’égard de toute conséquence que vous ou toute autre partie pourriez subir en agissant ou en vous abstenant d’agir sur la foi de l’information contenue dans ce balado ou de toute décision fondée sur cette information.

« PwC » s’entend de PricewaterhouseCoopers s.r.l./s.e.n.c.r.l., une société à responsabilité limitée de l’Ontario, membre de PricewaterhouseCoopers International Limited, chaque société membre étant une entité distincte sur le plan juridique.

Suivre PwC Canada

Les champs obligatoires sont marqués d'un astérisque(*)

En indiquant votre adresse de courrier électronique, vous confirmez avoir lu notre politique sur la vie privée et consentez à ce que vos données soient traitées conformément à cette dernière (y compris dans le cadre d'affectations internationales). Si entre-temps vous changez d'idée, veuillez envoyer un message à Chef de la protection des renseignements personnels.

Masquer