28 juillet, 2026
Numéro 2026-27F
Le 20 juillet 2026, le président américain Donald Trump a signé une proclamation1 en vertu de l’article 232 de la Trade Expansion Act of 1962 des États-Unis qui vise à renforcer davantage les mesures applicables aux importations d’aluminium et à établir un nouveau programme d’incitation à l’investissement visant le rapatriement de la production d’aluminium aux États-Unis. La proclamation autorise le secrétaire au Commerce (le « secrétaire ») à solliciter et à approuver des « plans de relocalisation » présentés par des entreprises qui s’engagent à construire, à rénover ou à agrandir des installations de production d’aluminium primaire aux États-Unis, dont la construction doit débuter au plus tard le 20 janvier 2029.
Les entreprises dont le plan est approuvé par le secrétaire peuvent importer de l’aluminium primaire à un taux correspondant à la moitié du droit de douane autrement applicable en vertu de l’article 232, pour un volume correspondant à la production annuelle raisonnablement prévue de l’installation. Les entreprises qui ne respectent pas les engagements prévus dans leur plan approuvé pourraient perdre les avantages accordés (y compris rétroactivement en cas de fraude ou de fausse déclaration), et se voir imposer des droits de douane, amendes et pénalités supplémentaires.
Cette proclamation marque une évolution notable de l’article 232, qui passe ainsi d’un simple outil tarifaire à vocation punitive à un mécanisme d’incitation à l’investissement. Au lieu de se limiter à imposer ou à modifier des droits de douane, l’administration américaine utilise le régime tarifaire pour instaurer une approche fondée sur la carotte et le bâton : elle maintient des droits de douane élevés comme référence tout en offrant aux entreprises qui investissent dans la production nationale une voie clairement définie leur permettant de bénéficier de taux réduits.
Pour les consommateurs et les producteurs d’aluminium, cette mesure d’incitation à la relocalisation de la production crée à la fois une occasion (une réduction importante des coûts tarifaires liée à un investissement intérieur aux États-Unis) et un risque de conformité (annulation rétroactive des avantages en cas de non-respect des engagements ou de fausse déclaration).
Les entreprises productrices d’aluminium devraient évaluer la viabilité commerciale de la présentation d’un plan de relocalisation en tenant compte des volumes d’approvisionnement en aluminium, des coûts liés aux installations et des avantages tarifaires. Elles devraient également modéliser l’incidence financière de la réduction des droits de douane par rapport aux investissements en capital, tout en tenant compte des délais de récupération et des échéances de construction. Les consommateurs d’aluminium devraient surveiller l’incidence que les plans de relocalisation des fournisseurs pourraient avoir sur les prix et les chaînes d’approvisionnement futures.
Le régime tarifaire sur l’aluminium établi en vertu de l’article 232 a été instauré par une proclamation signée en mars 2018. Il a ensuite été modifié à plusieurs reprises, la plus récente modification ayant été apportée dans une proclamation signée le 1er juin 20262. Le régime impose des droits de douane élevés sur les importations d’aluminium afin de remédier à ce que l’administration américaine considère comme une menace à la sécurité nationale découlant de l’insuffisance de la capacité de production nationale. Toutefois, le recours aux droits de douane à lui seul n’a pas permis de stimuler le niveau d’investissement nécessaire pour assurer l’autosuffisance nationale en aluminium.
La justification invoquée par l’administration américaine au nom de la sécurité nationale est explicite : l’aluminium primaire est essentiel à la fabrication d’alliages avancés à haute résistance utilisés dans les véhicules blindés, les navires de guerre, les engins spatiaux et les missiles, alors que la demande américaine d’aluminium excède actuellement la capacité nationale de production primaire. Cette justification s’inscrit dans le cadre plus large de la politique visant à renforcer la base industrielle de défense américaine, qui se reflète dans le décret présidentiel connexe sur les chaînes d’approvisionnement de la défense, également signé par le président Trump le 20 juillet 2026 (voir notre Point de vue fiscal qui sera publié prochainement « Chaînes d’approvisionnement de la défense : un décret présidentiel renforce le contrôle de l’approvisionnement et des chaînes d’approvisionnement aux É.-U. »).
Les entreprises intéressées par ce programme soumettront leurs plans de relocalisation au secrétaire. Ces plans doivent comprendre :
Les facteurs considérés pour l’approbation d’une proposition comprennent la date prévue du début des travaux, le caractère commercialement raisonnable du calendrier et des étapes clés du projet, le volume annuel anticipé de production d’aluminium primaire, le caractère raisonnable des prévisions de coûts et de production, ainsi que la répartition des avantages tarifaires entre les demandeurs.
Si la demande est approuvée, l’entreprise pourra importer chaque année de l’aluminium primaire à un taux correspondant à la moitié du droit de douane autrement applicable en vertu de l’article 232, pour un volume correspondant à la production annuelle raisonnablement prévue de l’installation. Pour les projets de rénovation, l’avantage tarifaire est plafonné à la valeur de l’investissement réalisé par l’entreprise – de sorte que l’ampleur de l’avantage demeure proportionnelle au capital engagé.
Le secrétaire surveillera le respect des engagements au moyen des rapports que l’entreprise devra lui soumettre (et pourra également exiger qu’elle fasse l’objet d’une vérification externe). Si une entreprise manque de façon importante à ses engagements, le secrétaire peut suspendre et annuler les avantages tarifaires accordés. En cas de fraude ou de fausse déclaration intentionnelle, l’annulation pourra être appliquée rétroactivement, entraînant la perception de droits de douane supplémentaires ainsi que l’imposition d’amendes et de pénalités. Les entreprises participant au programme peuvent ainsi se retrouver avec un important passif éventuel.
Le secrétaire, en consultation avec le secrétaire à la Sécurité intérieure, le représentant américain au Commerce et le président de la Commission américaine du commerce international, déterminera les modifications à apporter à la Harmonized Tariff Schedule of the United States (HTSUS) et en avisera le public par l’entremise du Federal Register.
L’incitation à l’investissement dans la production d’aluminium aux États-Unis doit être évaluée à la lumière de plusieurs considérations fiscales :
Les entreprises qui consomment ou produisent de grandes quantités d’aluminium devraient :
Le programme d’incitation à l’investissement dans la production d’aluminium aux États-Unis fait passer le régime tarifaire prévu à l’article 232 d’un simple instrument tarifaire à un mécanisme d’investissement ciblé. Les entreprises qui disposent de l’envergure et les capitaux nécessaires pour investir dans la production d’aluminium primaire aux États-Unis bénéficient d’une voie clairement définie pour réduire considérablement les taux des droits de douane applicables. Toutefois, le programme s’accompagne d’exigences de conformité rigoureuses et d’un risque important de perte en cas de non-conformité. Les entreprises devraient évaluer dès maintenant la faisabilité de leur projet, bien avant la date limite de construction fixée à janvier 2029, et consulter des conseillers en fiscalité, en commerce et en finance d’entreprise afin de modéliser l’ensemble des incidences économiques liées à leur participation au programme.
1 Proclamation « Further Strengthening Actions Taken to Adjust Imports of Aluminum into the United States » (20 juillet 2026) à www.whitehouse.gov.
2 Voir notre Point de vue fiscal « Droits douaniers américains sur l’acier, l’aluminium et le cuivre importés du Canada (mise à jour de juin 2026) »