30 juillet, 2026
Numéro 2026-28F
Le 20 juillet 2026, le président américain Donald Trump a signé le décret présidentiel (le décret) intitulé « Securing America’s Defense Supply Chains and Ensuring Domestic Acquisition of Critical Materials1 ». Ce décret renforce l’application du 10 U.S.C. 4872 (la restriction prévue à l’article 4872) qui restreint l’utilisation par les entrepreneurs et les sous-traitants du département de la Guerre (et des autres départements militaires) d’utiliser des « matériaux visés » (covered materials) provenant de « pays visés » (covered nations), soit des adversaires géopolitiques dont le Canada ne fait pas partie,2 sans avoir obtenu une dérogation.
Les principales dispositions du décret exigent que :
Bien que le Canada ne fasse pas partie des pays visés, ce décret est pertinent pour les entreprises canadiennes du point de vue de la conformité et de la visibilité de la chaîne d’approvisionnement si elles prennent part à la chaîne d’approvisionnement de la défense américaine. Les fournisseurs canadiens de matériaux visés (p. ex., aimants, tungstène, tantale et molybdène) dans les chaînes d’approvisionnement de la défense américaine doivent s’attendre à une augmentation des demandes de documents par les entrepreneurs principaux américains, notamment à l’appui des soumissions de « nomenclatures multiniveaux » et pour l’évaluation des risques liés à la propriété, au contrôle ou à l’influence de l’étranger (PCIE) – en particulier lorsqu’une entité canadienne possède des liens de propriété, de financement ou de conseil d’administration avec un pays visé, ce qui pourrait avoir une incidence sur son statut de « source alliée » (allied source), même si elle est établie au Canada.
Les organisations qui participent à la chaîne d’approvisionnement de la défense américaine devraient déterminer rapidement dans quelle mesure elles ont recours aux dérogations en vertu de la restriction prévue à l’article 4872, évaluer leurs autres options d’approvisionnement et élaborer des plans d’atténuation pour les transitions qui ne pourront être achevées d’ici le 1er janvier 2027. Elles devraient également cartographier leurs chaînes d’approvisionnement afin d’en retracer l’origine des matériaux, évaluer les risques financiers ainsi que les risques liés à la PCIE associés à leurs fournisseurs, et examiner leurs contrats afin de vérifier leur conformité et de cerner les risques potentiels auxquels elles sont exposées.
Ce décret s’inscrit dans la stratégie plus large de l’administration américaine visant à renforcer les capacités de production nationales et à réduire la dépendance stratégique à l’égard d’adversaires étrangers pour l’approvisionnement en intrants essentiels à la défense.
Par le passé, les entrepreneurs ont souvent eu recours aux dérogations prévues par la loi lorsque des sources d’approvisionnement conformes n’étaient pas disponibles ou n’étaient pas commercialement viables. Dans le nouveau cadre, l’obtention d’une dérogation nécessitera la présentation de documents détaillés qui démontrent que tous les efforts possibles ont été déployés pour trouver des options conformes, étayée par une stratégie d’atténuation crédible et un calendrier de mise en œuvre bien défini.
Ce décret, ainsi qu’une récente proclamation complémentaire visant à encourager la relocalisation de la production d’aluminium, également signée par le président Trump le 20 juillet 20264 visent également à accroître la production des métaux de première fusion aux États‑Unis.
À compter du 1er janvier 2027, les dérogations à la restriction prévue à l’article 4872 ne seront accordées que lorsqu’un entrepreneur principal ou un sous-traitant présente un plan d’atténuation officiel qui :
Le décret précise que le simple fait de ne pas avoir obtenu la qualification d’une source américaine ne suffit pas à établir l’« indisponibilité » (non‑availability) : l’entrepreneur doit montrer qu’il a déployé des efforts actifs, adéquatement financés et continus, en vue d’obtenir cette qualification. Cette norme rehausse considérablement le seuil de preuve requis pour les demandes de dérogation.
Dans les 180 jours suivant la date d’entrée en vigueur du décret (mi-janvier 2027), le secrétaire doit élaborer une politique imposant aux entrepreneurs à tous les niveaux de :
Cette politique prévoira également des obligations subséquentes à l’évaluation, notamment la mise en œuvre de mesures d’atténuation, la notification au département de la Guerre de tout risque important dans un délai de 15 jours, la présentation d’un plan de mesures correctives dans un délai de 45 jours et la production d’un rapport de clôture une fois ces mesures mises en œuvre.
Le décret établit les mécanismes d’application suivants :
Le décret ne s’applique pas à la réserve stratégique américaine de minéraux critiques (également connue sous le nom de Project Vault), ni aux acquisitions effectuées auprès:
Les entreprises qui prennent part à la chaîne d’approvisionnement de la défense américaine devraient :
Le décret augmente considérablement les exigences en matière de transparence de la chaîne d’approvisionnement et de conformité des sources d’approvisionnement dans l’ensemble du secteur de la défense américain, et aura des répercussions sur les entreprises canadiennes qui agissent comme sous‑traitants ou qui fournissent des matériaux visés à la chaîne d’approvisionnement de la défense américaine. Comme les possibilités d’obtenir une dérogation devraient être considérablement réduites à compter du 1er janvier 2027 et que des exigences exhaustives de cartographie des chaînes d’approvisionnement devraient être mises en place au cours des six prochains mois, les organisations concernées devraient agir rapidement pour évaluer leurs risques actuels, renforcer la surveillance de leurs fournisseurs et élaborer des plans de transition concrets.
Il sera essentiel de se préparer suffisamment tôt pour maintenir la continuité contractuelle, gérer les risques de conformité et permettre aux organisations de s’adapter à un environnement d’approvisionnement de plus en plus résilient et axé sur la sécurité.
1 Executive Order « Securing America’s Defense Supply Chains and Ensuring Domestic Acquisition of Critical Materials » (20 juillet 2026) à www.whitehouse.gov.
2 Le terme « pays visé » (covered nation), au sens du 10 U.S.C. 4872, désigne la Corée du Nord, la Chine, la Russie et l’Iran – le Canada n’est pas un « pays visé ». La politique énoncée dans le décret consiste à s’approvisionner en matériaux critiques « [traduction] sur le territoire national ou auprès de pays alliés », ce qui, combiné au statut actuel du Canada en tant que « pays admissible » (qualifying country) au titre de la réglementation américaine en matière d’approvisionnement de la défense, positionne le Canada comme un partenaire d’approvisionnement autorisé plutôt que comme une juridiction soumise à des restrictions.
3 Le décret utilise le terme défini « nomenclature multiniveaux » (indentured Bill of Materials) (au lieu du terme plus courant « nomenclature à indentation » (indented Bill of Materials)) pour désigner « [traduction] la liste des composants, des pièces, du matériel, des logiciels et des matériaux, indiquant l’origine des matières premières utilisées au cours des phases de conception, de développement et de mise en service initiale d’un système ou d’un produit fini ».
4 Voir notre Point de vue fiscal « Les É.-U. mettent en place un programme d’incitation à l’investissement dans la délocalisation de la production d’aluminium dans le pays en vertu de l’article 232 ».