Montée en puissance du Yukon – de l’alignement à l’exécution

Pleins feux sur le Yukon

  • 26 mai 2026

Pendant des décennies, le Yukon a été considéré par beaucoup comme une région minière pionnière, riche en ressources géologiques mais soumise à des contraintes dans la pratique. Aujourd’hui, cette perception commence à changer.

La convergence des pressions géopolitiques, des mesures de coordination des politiques et de la dynamique au niveau des projets met le territoire davantage en avant en tant que contributeur réaliste à l’approvisionnement en minéraux critiques du Canada.

Au niveau macroéconomique, le changement est indéniable. Les gouvernements ressentent désormais l’urgence de sécuriser les chaînes d’approvisionnement nationales, en particulier pour les matériaux longtemps dominés par la production étrangère. Cette évolution se répercute au niveau des projets, où de nombreux actifs autrefois considérés comme marginaux sont désormais réévalués pour leur valeur stratégique.

Douze sociétés d’exploration sondées ont déclaré un total de 176 millions de dollars en dépenses d’exploration et d’évaluation en 2025. Les dépenses d’exploration au Yukon ont bondi en 2025 (+64 % sur un an), illustrant un renouvellement des investissements dans l’exploration et le développement miniers.

Au Yukon, cette tendance se traduit par un regain d’intérêt et un optimisme prudent. Le soutien fédéral au développement des ressources, le nouveau gouvernement territorial et la participation croissante des Premières Nations créent une convergence d’opportunités.

Mais l’optimisme seul n’a jamais suffi à débloquer le développement au Yukon. Le défi réside moins dans le potentiel des ressources que dans l’exécution. Les délais d’octroi des permis se sont allongés, atteignant dans certains cas près d’une décennie. Parallèlement, les contraintes en matière d’électricité, de transport et d’autres infrastructures nécessaires ont limité le nombre de projets pouvant avancer simultanément.

Ces contraintes persistent, mais des signes d’amélioration se profilent. La pression s’intensifie sur les gouvernements pour qu’ils accélèrent les procédures d’autorisation et mettent davantage l’accent sur les échéanciers, la coordination et la réduction des chevauchements entre les agences. Parallèlement, des projets d’infrastructure à grande échelle, notamment l’éventuel raccordement au réseau électrique de la Colombie-Britannique, redéfinissent les possibilités en permettant de mener de front plusieurs projets plutôt que d’avancer un à la fois.

Pour les exploitants, ce changement se fait clairement sentir. Dans le district de Macmillan Pass, qui abrite l’un des plus grands gisements de tungstène inexploités au monde, le promoteur Fireweed Metals Corp. a obtenu le soutien des gouvernements canadien et américain. « C’est un moment décisif pour les exploitants, déclare Ian Gibbs, chef de la direction et membre du conseil d’administration de Fireweed. Des projets comme celui de Macmillan Pass ne sont plus de simples gisements – ce sont des actifs stratégiques, qui nous ont valu le soutien tant du gouvernement canadien qu’américain. »  

L’augmentation du soutien modifie la manière dont les projets sont conçus. Plutôt que de se concentrer sur un seul actif, les entreprises envisagent de plus en plus les opportunités à l’échelle d’un district, avec des activités s’étalant sur plusieurs décennies et justifiant des investissements dans les infrastructures qui génèrent des retombées économiques durables. Dans les régions isolées, cette vision à long terme est essentielle, tant pour la rentabilité des projets que pour l’établissement de partenariats durables avec les communautés autochtones.

L’exécution reste toutefois le facteur déterminant. Même dans un environnement plus favorable, les projets doivent encore composer avec des systèmes réglementaires complexes, gagner la confiance des partenaires locaux et surmonter les défis logistiques propres au Yukon. Le développement ne pourra progresser qu’au rythme auquel la confiance s’établit, en particulier là où les relations avec les communautés autochtones sont essentielles à la réussite des projets.

L’issue probable est non pas une expansion rapide, mais une croissance mesurée. Un scénario réaliste pour le Yukon serait un portefeuille stable de trois à cinq mines en exploitation à tout moment, ce qui est suffisant pour faire du territoire un contributeur significatif sans surcharger ses infrastructures ou ses capacités de gouvernance.

L’opportunité est là. La question est de savoir si elle peut être concrétisée. Au Yukon, comme ailleurs, le succès dépendra moins de ce qui se trouve dans le sol que de la capacité à le mettre en valeur. 

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