Les activités de fusions et acquisitions demeurent vigoureuses et stables au Canada, malgré les incertitudes commerciales

Par David Planques

Le marché des fusions et acquisitions est toujours vigoureux au Canada. Pour les six premiers mois de l’année, l’activité s’est stabilisée, mais elle demeure solide.

Le volume des transactions a diminué au cours du premier semestre de 2018, mais il demeure en santé, ce qui envoie un signal positif pour le deuxième semestre. En effet, il est peu probable d’observer une baisse importante de l’activité, puisque la dynamique sous-jacente du marché est très favorable et les entreprises disposent de beaucoup de liquidités.

La forte hausse de la valeur totale des transactions conclues ce trimestre est attribuable à deux méga-transactions, qui représentent à elles seules 15 G$.

En analysant les données de plus près, nous pouvons dégager quelques observations importantes pour les sociétés canadiennes qui souhaitent effectuer des transactions :


L’activité transactionnelle au Canada et aux États-Unis résiste aux difficultés

Les entreprises, les sociétés de capital-investissement et les caisses de retraite du Canada ont réalisé la majeure partie des transactions transfrontalières. Le nombre de transactions effectuées par les entreprises canadiennes aux États-Unis a augmenté de 8 % au premier semestre de 2018, par rapport à la même période l’année dernière. Depuis 2014, nous avons constaté une forte croissance des transactions visant des sociétés américaines, car les entreprises canadiennes continuent de se tourner vers le marché en pleine effervescence des États-Unis à la recherche d’opportunités de croissance.

Cela dit, les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis connaissent des remous et le nombre de transactions effectuées par des sociétés américaines au Canada a légèrement diminué comparativement à l’année dernière. Il demeure toutefois nettement supérieur au volume des transactions enregistré entre 2014 et 2016, laissant ainsi présager que malgré l’impasse des négociations de l’ALENA et la rhétorique sur le commerce, les activités transfrontalières entre le Canada et les États-Unis ne s’essouffleront pas.

À la conquête du monde

Les entreprises canadiennes qui cherchent à effectuer des transactions s’intéressent de plus en plus à d’autres marchés que l’Amérique du Nord. En effet, les transactions réalisées hors des États-Unis ont augmenté de manière constante depuis 2016 (277 transactions pour l’année 2016, 303 en 2017 et 161 depuis le début de l’année 2018). Bien que plusieurs facteurs puissent expliquer cette tendance, les secteurs de l’immobilier, des télécommunications et des soins de santé en sont les principaux vecteurs.

L’augmentation des transactions à l’étranger témoigne de la vigueur des entreprises canadiennes et de leur volonté de croissance. À terme, nous anticipons une hausse continue des transactions à l’international, car les entreprises canadiennes cherchent à varier les options pour s’éloigner des incertitudes commerciales et de la vigueur du dollar américain. D’ailleurs, les sociétés de capital-investissement (notamment les caisses de retraite) continuent d’investir à l’étranger dans de nouvelles plateformes et de nouvelles manières.

Tous les yeux sont rivés sur les soins de santé

Le secteur canadien des soins de santé a connu une forte croissance, autant dans la valeur des transactions (en hausse de 233 % par rapport à l’année dernière) que du volume (progression de 48 %). Ce secteur s’est démarqué de la majorité des autres secteurs, à l’exception de l’énergie et de l’immobilier, deux secteurs qui demeurent très vigoureux.

Cette vigueur est attribuable à l’impact du sous-secteur du cannabis, qui a cumulé 48 transactions depuis le début de 2018, pour une valeur totale annoncée de 5,2 G$. Fait à noter, la grande majorité de ces transactions ont eu lieu entre janvier et mars. Par contre, nous observons un regain d’activité en prévision de l’entrée en vigueur de la loi sur l’utilisation du cannabis à des fins récréatives au Canada le 17 octobre 2018.

Quels facteurs influenceraient les activités de fusions et acquisitions pour le reste de l’année 2018?

La hausse graduelle des taux d’intérêt

Comme l’avaient prédit la majorité des analystes, la Banque du Canada a commencé à augmenter graduellement son taux du financement à un jour. Au moment de ce commentaire, les marchés obligataires intégraient une hausse de 25 points de base en septembre et en décembre. Même si ce taux est plus élevé que celui des dernières années, il ne devrait pas se répercuter négativement sur les évaluations et les opérations de mobilisation de fonds sur les marchés des capitaux à court terme. En d’autres termes : Les taux augmentent, mais ils restent à des niveaux historiquement bas.

Compte tenu de la conjoncture favorable au crédit, les entreprises devraient en profiter pour réaliser leurs acquisitions dès maintenant et tirer parti des taux à long terme attrayants pendant que la courbe est relativement stable. En dépit de la légère augmentation des coûts de financement, le rétrécissement des écarts et les conditions peu contraignantes des clauses restrictives font du financement d’acquisitions avec effet de levier une option intéressante. 

Le marché du cannabis

A changing cannabis landscape

Dans le marché actuel très fragmenté du cannabis au Canada, plusieurs entreprises qui peuvent compter sur des liquidités abondantes et à faibles coûts (en raison de leurs valorisations très élevées) sont passées à l’offensive pour effectuer des acquisitions. Elles souhaitent tirer parti des économies d’échelle, élargir leur clientèle, mettre la main sur des produits et des marques privilégiés par les consommateurs, pénétrer de nouveaux marchés ou acquérir des réseaux de distribution bien établis.

En Ontario, les rumeurs veulent que le nouveau gouvernement conservateur autorise la vente du cannabis dans des établissements privés. Ainsi, nous anticipons une augmentation du nombre d’entreprises de vente au détail et une vague d’acquisitions par les producteurs autorisés qui veulent renforcer leur position dans la province. Avec la timidité des entreprises exploitant des activités connexes (l’alcool, par exemple) pour intégrer le marché du cannabis, cette nouvelle pourrait les amener à accélérer leur entrée sur ce marché, car elle offre une nouvelle plateforme de vente au détail en Ontario.

Après le 17 octobre, nous devrions observer les trois principales tendances suivantes :

1. Une vague de consolidation parmi les producteurs autorisés au pays, car les producteurs continuent de développer leurs activités;

2. Une diminution du nombre d’entreprises dans le secteur, car l’offre abondante aura pour effet de conduire à la faillite plusieurs petits joueurs qui manquent de fonds (d’où les opportunités d’achat pour les sociétés bien établies);

3. Un intérêt accru pour les activités de fusions et acquisitions à l’international, puisque les producteurs autorisés voudront dynamiser leur croissance en misant sur les marchés étrangers du cannabis à des fins médicales.

Dans l’ensemble, nous nous attendons à ce que les activités de fusions et acquisitions gardent leur intensité dans le secteur du cannabis et que les grands joueurs qui disposent de capitaux importants misent sur des acquisitions stratégiques pour assurer leur croissance.

Incertitude autour des tarifs douaniers

Trade tariffs bring uncertainty

L’imposition de nouveaux tarifs douaniers a eu une incidence marquée sur plusieurs industries, car la Chine, les États-Unis, le Canada, le Mexique, l’Union européenne et le Japon, entre autres, imposent de nouveaux tarifs sur une grande variété de produits. Il est toutefois trop tôt pour se prononcer sur les effets directs que ces mesures auront sur les entreprises canadiennes.

Actuellement, les tarifs douaniers en vigueur ne touchent environ que 3 % des exportations canadiennes et ils ne devraient pas, à eux seuls, avoir des conséquences importantes sur l’économie canadienne. La demande pour les importations d’acier et d’aluminium ne devrait pas baisser considérablement, en raison de la capacité de production réduite aux États-Unis, et devrait plutôt se traduire par une augmentation des prix pour les producteurs américains. L’impact des tarifs imposés par le Canada donnera probablement une légère hausse des prix à la consommation et les producteurs canadiens qui ont recours à l’acier américain (en raison de ses caractéristiques spécifiques) pourraient en constater les retombées sur leurs résultats financiers.

Les tarifs pourraient également nuire à la compétitivité de certaines entreprises canadiennes qui misent sur une stratégie mondiale de fusion et acquisition. Les changements aux sources d’approvisionnement, à la chaîne d’approvisionnement et à la demande causés par les nouveaux tarifs auront un effet sur la performance des entreprises, et par conséquent, sur les évaluations et les activités de fusion et acquisition. Les entreprises devront porter une attention particulière à la dynamique d’importation et d’exportation, ainsi qu’à la chaîne d’approvisionnement des sociétés ciblées par des fusions et acquisitions, pour bien évaluer les opportunités et toute hausse de coûts potentielle. Les effets réels de ces tarifs ne seront pas connus avant plusieurs mois, mais les entreprises devront en analyser tous les aspects avant de déterminer les synergies et la valeur d’une acquisition potentielle.

L’effet le plus important de cette hausse des tarifs est le climat d’incertitudes commerciales qu’elle crée. Si elles persistent, nous pourrions observer un exode des investissements du Canada vers les États-Unis, surtout dans les industries à forte capitalisation qui bénéficient depuis quelque temps d’une importante réduction d’impôt au sud de la frontière.

Perspectives en matière de transactions

À la lumière des fortes évaluations, le marché des fusions et acquisitions devrait demeurer dynamique au cours des prochains mois, notamment en raison des liquidités importantes dont disposent les entreprises et les fonds de capital-investissement. Le rythme des transactions pourrait dépendre en partie de l’offre, car les cibles d’acquisition étaient limitées dans certains secteurs. Cette situation pourrait toutefois changer à mesure que les grandes entreprises réévaluent leurs portefeuilles et délaissent certaines activités qui ne cadrent pas avec leurs principales activités stratégiques.

Dans son ensemble, le marché canadien des fusions et acquisitions demeure actif. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter notre site Perspectives sur les transactions.

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David Planques

Associé, leader national, Transactions et leader, One Analytics, PwC Canada

Tél : +1 416 815 5275

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