Un paysage en évolution

L’industrie minière jette un regard neuf sur les fusions et acquisitions alors que les sociétés se préparent à une nouvelle vague d’opportunités d’affaires

Photo : courtoisie de Tugliq Énergie et Mine Raglan, membre du groupe Glencore

Dans ce numéro de notre série Canadian Mine, nous avons analysé le rendement des émetteurs inscrits à la Bourse de Toronto dans l’industrie minière pour la période de 12 mois terminée le 31 décembre 2018, en nous concentrant sur les 25 premières inscriptions par capitalisation boursière.

L’industrie minière réagit à l’évolution du climat d’investissement

Les mégatransactions minières sont revenues à l’industrie minière canadienne en 2018 après une longue pause, les grandes sociétés ayant décidé de profiter de l’amélioration de leur bilan pour commencer à reconstituer leurs réserves et optimiser leurs portefeuilles par des fusions et acquisitions.

Le mariage précédemment annoncé de Potash Corp. of Saskatchewan Inc. et d’Agrium Inc. pour créer Nutrien Ltée. a marqué le début de ce cycle, suivi un an plus tard par l’achat par Société aurifère Barrick de Rangold Resources Ltée.

La tendance s’est poursuivie jusqu’au début de 2019, avec des transactions très médiatisées touchant Goldcorp Inc. et Newmont Mining Corp., qui étaient alors également la cible d’une offre publique d’achat par Société aurifère Barrick. En fin de compte, Newmont et Société aurifère Barrick ont conclu une entente pour former une coentreprise liée aux actifs des deux sociétés au Nevada. Et en avril, Lundin Mining Corp a annoncé une transaction de 1 milliard de dollars, visant l’acquisition d’une exploitation minière brésilienne de cuivre et d’or auprès de Yamana Gold Inc.

L’intensification des transactions, dont la plupart ont eu lieu dans le secteur aurifère, pourrait bien susciter d’autres mouvements chez les acteurs intermédiaires qui cherchent à se transformer en sociétés menant plusieurs projets de front.

Une nouvelle phase de consolidation de l’industrie pourrait ouvrir la voie à davantage d’exploration et de développement minier et stimuler l’intérêt et l’activité des investisseurs, mais les sociétés doivent s’attendre à ce que les transactions soient scrutées de près par le marché, en raison de certains résultats décevants de fusions réalisées dans le passé.

Sociétés minières inscrites à la Bourse de Toronto : reprise en cours après le déclin de la fin de 2018

En 2018, les titres miniers ont suivi en grande partie l’évolution du marché élargi de la Bourse de Toronto. L’évaluation globale de toutes les sociétés minières inscrites à la Bourse de Toronto a diminué de 12,7 % l’an dernier, pour s’établir à 253,9 millions de dollars, comparativement à une baisse de 10,8 % de la capitalisation boursière de l’ensemble du marché de la même bourse.

La plupart des émetteurs miniers ont commencé à rebondir, en phase avec la reprise du marché, et avaient récupéré leurs pertes de 2018 au premier trimestre de 2019. Le secteur est demeuré le troisième en importance, représentant 10 % de la valeur totale de la Bourse de Toronto, derrière les services financiers (29 %) et les produits et services industriels (12 %).

La forte performance de 2017 a été entravée en 2018 par une baisse de la plupart des prix des produits de base. Les prix au comptant des métaux de base et des métaux précieux ont diminué partout. Le zinc a chuté de 25 %, le cuivre de 17 % et le nickel de 6 %. Même les prix du cobalt et du lithium, qui ont enregistré de fortes hausses au cours des cinq dernières années, ont subi des baisses à deux chiffres en 2018.

Les prix de plusieurs métaux de base, dont le cuivre, le zinc et le nickel, ont enregistré des gains importants au cours des premiers mois de 2019.

Plusieurs sociétés minières inscrites à la Bourse de Toronto ont été isolées de certains des effets de la baisse des prix des métaux en 2018 grâce à leur forte exposition à l’or, qui est demeuré relativement stable. Le prix des lingots d’or a terminé l’année en baisse de 2 % seulement.

Dans le cadre de notre série « Experts sous les projecteurs »

Entrevue avec Hélène Timpano, vice-présidente principale, Exploitation, de Kinross Gold Corporation, sur les thèmes de la transformation abordés dans notre rapport.

En savoir plus

Les 25 premières sociétés minières : des bénéfices stables pour les principaux acteurs de l’industrie

Nutrien a éclipsé d’autres membres du peloton de tête au cours de sa première année d’exploitation en tant qu’entité issue de la fusion de Potash Corp. of Saskatchewan et d’Agrium. Avec une capitalisation boursière d’environ 40 milliards de dollars, elle était presque deux fois plus élevée que celle de Société aurifère Barrick (21,5 milliards de dollars) et plus du double de celle de Franco-Nevada Corp (17,0 milliards) au 31 décembre 2018, qui occupait la troisième place au classement.

Depuis, Société aurifère Barrick a réduit l’écart avec Nutrien à la suite de la fusion du géant de l’or avec Randgold Resources en janvier 2019. L’évaluation de la société issue du regroupement s’élevait à 32,1 milliards de dollars au 31 mars 2019, tandis que celle de Nutrien avait atteint environ 42,6 milliards de dollars.

L’or est demeuré le produit de base prédominant parmi les 25 premiers, 21 sociétés ayant une exposition au métal précieux, une hausse par rapport aux 19 de l’année précédente. Quatorze sociétés ont une exposition au cuivre et quatre, au nickel. Quant au zinc et à l’argent, neuf sociétés ont une exposition à ces métaux.

Kirkland Lake Gold Ltée. et OceanaGold Corp. ont affiché les meilleurs rendements en 2018 sur le plan des évaluations. Leurs capitalisations boursières ont bondi de 87,3 % et 55 %, respectivement.


Les fusions et acquisitions à l’ordre du jour de l’industrie minière

Le thème dominant qui s’est dégagé de 2018 a été l’enthousiasme et les possibilités créés par le retour des transactions d’envergure dans l’industrie minière, qui ont injecté la liquidité dont le secteur avait tant besoin après des années de fragmentation croissante, en particulier parmi les sociétés aurifères.

Au cours des dernières années, la concurrence pour l’obtention de fonds d’investissement s’est intensifiée dans l’ensemble de l’industrie minière, les investisseurs se tournant vers les sociétés dans le domaine des redevances et de l’achat de productions ainsi que les FNB qui ont des inventaires physiques d’or et d’autres produits de base qu’ils considèrent comme moins risqués. Une part importante du capital de risque a également été investie dans le secteur émergent du cannabis.

La fusion en janvier 2018 de Potash Corp. of Saskatchewan et d’Agrium pour créer Nutrien a marqué une nouvelle phase dans le cycle des dernières transactions. Mais la plus grande opportunité de fusions et acquisitions se trouve dans le secteur aurifère, où les plus grandes sociétés minières occupent une part beaucoup plus petite du marché que leurs homologues du secteur des métaux de base.

En janvier, Société aurifère Barrick a conclu l’achat de Randgold Resources pour 5,4 milliards de dollars américains. Newmont Mining et Goldcorp devraient conclure leur fusion de 10 milliards de dollars américains au cours du deuxième trimestre de cette année.

L’entente de coentreprise entre Société aurifère Barrick et Newmont Mining, qui venait tout juste d’annoncer son intention de fusionner avec Goldcorp, a constitué un développement notable que d’autres grandes sociétés aurifères pourraient envisager d’imiter lorsqu’elles examineront leurs propres options pour optimiser leur valeur et atteindre une taille supérieure.

Des opérations d’envergure comme le regroupement Barrick-Randgold donneront probablement lieu à une autre série de transactions lorsque les entités nouvellement fusionnées vendront leurs actifs non essentiels. Les sociétés minières de taille moyenne chercheront à acheter certains de ces actifs et pourraient fusionner ou former des coentreprises dans le but de devenir plus concurrentielles et plus attrayantes pour les grands investisseurs.

Recentrer l’approche de la transformation numérique de l’industrie minière

Bien que les coentreprises, les fusions et les acquisitions soient l’une des façons dont l’industrie minière canadienne réagit aux pressions exercées sur les produits de base et les activités, les sociétés minières ont également une occasion importante d’améliorer leurs résultats par la transformation numérique.

L’industrie minière a déjà déployé de nombreux efforts pour explorer les promesses des technologies numériques. En janvier 2019, par exemple, un certain nombre de sociétés minières inscrites à la Bourse de Toronto — Goldcorp, Wheaton Precious Metals Corp. et Kutcho Copper Corp. — ont annoncé une collaboration en vue de la construction d’une nouvelle solution de chaîne logistique minière basée sur la plateforme d’IBM Corp reposant sur la chaîne de blocs.

D’autres développements se sont concentrés sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour mieux prédire les gisements d’or, tandis que plusieurs sociétés ont investi dans des changements pour accroître leur efficacité énergétique, comme une plus grande électrification.

Les efforts de l’industrie pour explorer de nouvelles technologies sont prometteurs, mais pour vraiment transformer et créer de la valeur, les sociétés minières doivent se concentrer sur des changements plus globaux dans leurs fonctions et leurs systèmes de gestion.

Les clés pour une transformation globale

Données et information

Les sociétés minières font face à un certain nombre de défis lorsqu’il s’agit d’apporter des changements globaux, particulièrement en raison de la tendance qu’ont les différents aspects de leurs activités — maintenance, production et fonctions de soutien comme les ressources humaines — à fonctionner indépendamment en vases clos. Étant donné que l’exploitation minière est essentiellement un flux physique de matières, il est important de comprendre les principaux facteurs de variabilité et de mieux coordonner et intégrer toutes les fonctions opérationnelles pour faire en sorte que l’ensemble du système fonctionne à sa capacité réelle.

Les données et l’information sont des fondements importants pour accroître la collaboration entre les différentes fonctions. Par exemple, si des périodes d’absentéisme ou des pénuries de main-d’œuvre nuisent à la production et à l’efficacité, un meilleur partage des données et une collaboration accrue entre le service des ressources humaines et les groupes touchés peuvent permettre de résoudre le problème d’une manière plus efficace.

Plus

Culture, personnel et processus

La bonne nouvelle pour les sociétés minières, est que, comptant de nombreux ingénieurs dans leurs rangs, les compétences techniques ne manquent pas. Mais le défi est que les ingrédients les plus tangibles, comme la technologie elle-même, ne sont qu’une partie de la solution, ce qui explique pourquoi certains des progrès réalisés jusqu’à présent par l’industrie ont donné des résultats modestes.

Pour vraiment réaliser le potentiel de la transformation numérique, il faut examiner certains des éléments les moins tangibles des opérations — à savoir la culture, les personnes et les processus opérationnels — pour modifier l’organisation d’une manière systématique et durable.

Plus

Méthodes de travail agiles

Des méthodes de travail agiles sont un élément important pour aborder ces personnes, ces processus et ces éléments culturels. Les sociétés minières utilisent depuis longtemps des approches plus traditionnelles de gestion de projet qui comportent des étapes distinctes et étendues de conception, de design, d’essai et de mise en œuvre lorsqu’il s’agit de transformer les activités.

Mais pour tirer le meilleur parti de leurs investissements numériques, elles feraient mieux de se concentrer sur de courtes périodes d’activité par des équipes interfonctionnelles qui offrent régulièrement une valeur ajoutée. Cette approche crée un élan grâce à des gains précoces et aide à modifier la culture organisationnelle à mesure que le changement devient une constante.

Plus

Photo : courtoisie de Lundin Mining Corp.

Les perspectives de l’industrie minière en 2019 et au-delà

Quelles perspectives pour les sociétés minières canadiennes ?

En savoir plus

Contactez-nous

Kevin Chan

Kevin Chan

Leader national, Services au secteur minier, PwC Canada

Tél : +1 416 941 8321

Liam Fitzgerald

Liam Fitzgerald

Associé, Leader, Compétences, innovation et affaires juridiques, Services fiscaux, PwC Canada

Tél : +1 416 869 2601

Mark Patterson

Mark Patterson

Leader, Services au secteur minier, Colombie-Britannique, PwC Canada

Tél : +1 604 806 7160

Herman Lombard

Herman Lombard

Premier directeur, Conseils, PwC Canada

Tél : +1 416 687 8864

Maxime Guilbault

Maxime Guilbault

Leader, Services au secteur minier, Québec, PwC Canada

Tél : +1 514 205 5448

Lauren Bermack

Lauren Bermack

Directrice principale, Conseils et Transactions, PwC Canada

Tél : +1 416 815 5323

Suivre PwC Canada