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Attirer dès aujourd’hui les futurs investisseurs du secteur de l’énergie

Balado Energy Visions Spotlight

2e épisode

Dans ce balado, des experts du secteur de l’énergie nous présentent leurs perspectives sur ce que la prochaine décennie pourrait réserver au marché mondial du pétrole et du gaz. Ils abordent également quelques mesures que les entreprises du secteur canadien de l’énergie peuvent prendre pour attirer de nouveaux investissements.

(En anglais seulement)

Attirer dès aujourd’hui les futurs investisseurs du secteur de l’énergie

Le marché mondial du pétrole est en voie de se stabiliser après plusieurs mois de perturbations sans précédent. Nous commençons maintenant à gérer les défis qui se présentent dans un monde à croissance faible ou inexistante. Dans ce balado, nous explorons les mesures que les entreprises canadiennes doivent prendre dans leur transition vers un modèle d’exploitation qui leur permettra de réussir dans cette conjoncture. Que recherchent aujourd’hui les investisseurs du secteur de l’énergie?  Et que devraient faire les entreprises du secteur canadien de l’énergie pour attirer les investissements? Joignez-vous à nous pour en apprendre davantage!

Adam : Bienvenue à un autre balado Energy Visions Spotlight de PwC. Mon nom est Adam Crutchfield, leader national du groupe Énergie de PwC Canada. Le balado d’aujourd’hui, Attirer aujourd’hui les investisseurs dans l’énergie de demain, marque le début de notre programme Energy Visions 2020, dont nous avons repensé la formule. Comme la sécurité de notre collectivité est notre priorité, nous avons décidé de faire de la 11e édition d’Energy Visions un programme entièrement virtuel. Nous publierons donc au cours des semaines et des mois à venir une série d’articles, de blogues et de balados dans le cadre de ce programme repensé. Nous tiendrons aussi plusieurs tables rondes virtuelles. Comme au cours des années précédentes, notre but est de vous présenter des contenus suscitant la réflexion, de vous donner accès à des perspectives mondiales et de montrer comment, ensemble, nous pouvons faire avancer notre secteur.

Le marché mondial du pétrole commence à se stabiliser, après un plongeon sans précédent en territoire négatif en avril. Au moment d’enregistrer le présent balado, le prix du pétrole avait atteint son plus haut niveau depuis les trois derniers mois. Cette remontée est fondée sur des spéculations selon lesquelles l’Arabie saoudite, la Russie et les autres pays membres de l’OPEP+ s’entendront pour maintenir les réductions de production lors de leur prochaine rencontre.

Entre-temps, tandis que notre secteur sort de la crise, les choses s’annoncent très différentes de ce qu’elles étaient auparavant, puisque nous devons gérer les difficultés posées par une croissance faible ou nulle du secteur pétrolier et gazier. Nous analyserons les répercussions de cette situation sur la demande ainsi que les changements de comportement qui risquent de devenir permanents ou de durer pour un certain temps.

En quoi consiste un modèle d’exploitation en cycle baissier? Et surtout, comment les entreprises du secteur canadien de l’énergie feront-elles concrètement pour réussir la transition? L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a déclaré dans un rapport récent que les répercussions de la COVID-19 se traduiront par le plus fort recul des investissements dans l’énergie jamais enregistré, soit une réduction de 20 % ou de près de 400 milliards de dollars américains. Que doivent faire les entreprises du secteur canadien de l’énergie pour attirer à nouveau les investissements? Qu’est-ce que les investisseurs de l’énergie recherchent aujourd’hui et que rechercheront-ils demain? Et plus important encore, quelles sont les mesures que les entreprises canadiennes doivent prendre pour faire plus que survivre?

Je suis aujourd’hui en compagnie d’Alexis Crow, qui dirige l’équipe Géopolitique et investissements de PwC à New York, et de Reid Morrison, leader mondial du groupe Conseils, Énergie de PwC et leader du groupe Énergie et produits chimiques de PwC États-Unis à Houston. Alexis, Reid, bienvenue à ce balado.

Reid, j’aimerais commencer par vous et parler de ce qui va se passer dans le secteur pétrolier et gazier au cours de la prochaine décennie, puisque les changements de la demande nous donnent déjà de très bonnes indications de l’orientation qu’il prendra. Vous pourriez peut-être nous faire part de vos observations sur la situation actuelle et les perspectives du secteur jusqu’en 2030.

Reid : Il est intéressant de voir l’importance qu’a l’énergie dans le monde et à quel point le contexte peut passer rapidement d’un pic de la demande à un pic de l’offre, entre autres choses. Si on prend du recul et on envisage les trois prochaines années, on peut prédire une importante récession dans le monde entier, qui sera suivie d’une reprise échelonnée sur les trois années suivantes, puis d’un retour à un cycle de croissance. Il y aura donc au cours des trois prochaines années beaucoup de pétrole en stock, et  la demande n’atteindra pas 100 millions de barils. Elle se situera probablement dans les 90 millions de barils.

Ce qu’il y a de bon pour le secteur, c’est qu’il y a peu d’activités d’exploration et de développement en cours, si bien que tout le pétrole en stock sera utilisé au cours des trois prochaines années. Comme le marché se comporte de façon rationnelle, surtout en période de récession, les sociétés et les économies rechercheront l’énergie la moins chère pour tous leurs matériaux.  Puis, au cours des trois années suivantes, nous commencerons à observer un changement de la demande, qui passera de 95 à 100 millions de barils et il faudra se demander où en sont les stock d’hydrocarbures et de gaz naturel, dont nous avons besoin pour répondre aux besoins énergétiques de base.  Nous constaterons alors que nous n’avons pas constitué de nouvelles réserves.

Les prix commenceront à augmenter dans ce contexte et, trois ou quatre ans plus tard, la demande atteindra probablement un niveau nettement supérieur à 100 millions de barils parce que, d’une part, la transition énergétique et le passage à des sources d’énergie propre requièrent d’énormes capitaux, et d’autre part, au cours des trois à six prochaines années, ces capitaux serviront plutôt à stimuler les économies. Ce ne sera donc pas avant que les réserves financières aient été reconstituées que vous pourrez obtenir des investissements pour opérer une transition énergétique complète. Par conséquent, les hydrocarbures et le gaz naturel devront répondre non seulement à la demande actuelle, mais aussi à la demande qui ne manquera pas de s’accroître quand la croissance économique reprendra, probablement d’ici six ans. C’est à ce moment  qu’on assistera au prochain cycle d’expansion dans le secteur pétrolier et gazier.

Adam : Alexis, vous rencontrez beaucoup d’investisseurs mondiaux de tous les pays. Comment entrevoient-ils la prochaine décennie? Et, compte tenu de ce que Reid vient de dire, comment ce contexte commence-t-il à transformer leur mentalité?

Alexis : Merci de m’avoir invitée. C’est pour moi un privilège d’être avec vous tous aujourd’hui. Tout d’abord, je crois qu’il est important de prendre un peu de recul afin de considérer le contexte macroéconomique dans son ensemble ainsi que le rôle que jouent le pétrole et le gaz. Je dirais qu’au début du quatrième trimestre de 2019, le secteur était marqué depuis un certain temps par un déclin généralisé. Ce que je constate chez certains investisseurs, en particulier ceux des pays exportateurs d’hydrocarbures, c’est qu’ils examinent leurs plateformes et qu’ils envisagent de passer du pétrole à d’autres sources d’énergie et de faire évoluer leur image de marque dans le secteur. Ils croient aussi qu’il y a un mouvement d’arbitrage pour le pétrole et le gaz à faible coût, à cause de la préférence croissante pour le gaz naturel, qui est un carburant plus propre et plus abordable et qui constitue une solution de rechange au charbon et à l’utilisation du pétrole pour le transport.

Je dirais donc qu’en ce moment, à la sortie du choc sans précédent sur la demande qui a résulté de la pandémie de COVID-19 et touché à la fois les activités du secteur manufacturier et celles du secteur des services, il y aura une grande période d’arbitrage, pour tirer parti non seulement des bilans, mais aussi de l’effondrement de la demande, ce qui créera d’importantes opportunités. Comment les investisseurs trouveront-ils l’équilibre? Est-ce que les caisses de retraite feront part de la situation à leurs participants et les sociétés ouvertes, à leurs actionnaires? Ce sera un exercice très délicat.

Nous avons beaucoup parlé des mesures que nous pouvons prendre face à cette situation. En tant que société, en tant qu’organisation, comment pouvons-nous modifier notre mode de fonctionnement pour relever les défis qui nous attendent à court et à long terme? Et l’une des choses dont Reid nous a parlé est le modèle d’exploitation à adopter dans un cycle baissier. Pourriez-vous nous décrire ce concept, ce qu’il signifie concrètement pour une entreprise? Et ensuite relier ce concept à ce que cela change pour les investisseurs qui songent à investir dans une entreprise et qui vont la considérer d’un autre œil parce qu’elle a adopté ce modèle d’exploitation de cycle baissier?

Reid : Certainement. Nous avons aussi parlé de la prochaine décennie en termes de cycles. Nous connaîtrons successivement les trois cycles – un cycle baissier, un cycle intermédiaire et un cycle haussier – et ce qui a changé, c’est que par le passé le secteur avait facilement accès à des capitaux, ce qui signifie essentiellement que vous aviez le privilège d’avoir accès à l’argent d’autrui. Eh bien, maintenant, vous n’aurez plus ce privilège, et vous devrez verser un dividende. Vous aurez donc moins de marge d’erreur et vous devrez rendre compte de l’utilisation que vous ferez de l’argent d’autrui, car vous devrez vous autofinancer ou prouver que vous savez bien gérer les capitaux dans tous les cycles. Quand vous comprenez cela, vous savez que certaines activités sont nécessaires dans un cycle baissier.

La plupart des organisations ont conçu leur entreprise en se basant sur les activités appropriées en cycle intermédiaire, et l’une des choses que les clients nous disent toujours quand nous abordons le sujet des activités appropriées en cycle baissier, des capacités et de la structure de coûts dont ils ont besoin, c’est que cela ressemble aux activités d’une petite société. Et dorénavant, les capitaux viendront d’investisseurs qui n’ont pas vraiment de position sur le pétrole et le gaz, parce qu’ils ne privilégient aucun secteur en particulier. Ce sont des investisseurs axés sur la valeur. Ils chercheront à obtenir un rendement et un dividende régulier.

Donc, quand vous tenez compte de ces facteurs pour effectuer des calculs, les choses deviennent très claires. Vous observez le cycle baissier, les activités en cours, vous comprenez les activités du cycle intermédiaire et les capacités qui sont nécessaires ainsi que les ressources dont vous n’avez pas besoin dans un cycle baissier, mais auxquelles vous pouvez avoir accès grâce aux différentes options du marché. Vous pouvez les louer, établir des partenariats ou embaucher pendant la reprise, mais vous n’avez pas à les maintenir pendant les trois cycles. Et quand vous considérez les mesures à prendre, vous pensez à des choses comme à une stratégie de main-d’œuvre. Quelles sont les relations avec les fournisseurs? Devons-nous nous en tenir à trois offres et à une acquisition, ou nous demander si nous devrions impartir une partie des activités de base prévues dans l’entente de niveau de service?

C’est le genre de choses que les autres secteurs qui ont traversé ces cycles ont fait, alors que notre secteur n’a jamais eu à les faire, mais je pense que maintenant les conditions se mettent en place pour envisager le fait que le cycle baissier va durer, mais aussi qu’il y a d’autres parties de la chaîne de valeur dans lesquelles certaines sociétés réussissent vraiment bien; par ailleurs, il y a un fardeau financier si vous avez l’intention de tout faire vous-même alors que bon nombre de vos capacités sont moyennes, et le passage des coûts fixes à des coûts variables et l’amélioration des capacités feront partie de cette équation. Cela exige des décisions difficiles et un véritable leadership, mais aussi une certaine humilité pour comprendre que vous allez être tenu de bien gérer les capitaux et les actifs, et que vous allez devoir faire mieux à l’égard des critères ESG (environnement, société et gouvernance). Voilà ce qu’il faut faire dans un cycle baissier. Je vois que les sociétés qui mettent de l’avant cette stratégie sont celles qui selon moi vont établir un précédent en ce qui a trait aux façons de survivre à tous les cycles.

Adam : Reid, nous allons publier dans notre site Web un lien menant à l’article que vous avez écrit sur la notion des investisseurs axés sur la valeur. Comme vous avez écrit cet article en novembre 2019, soit bien avant les répercussions de la COVID, je souligne qu’il est non seulement intéressant, mais visionnaire, car il a décrit ce qui allait se passer pour nous.

Alexis, je voudrais savoir ce que vous pensez de cette notion d’investisseur axé sur la valeur. Cela pourrait être un investisseur qui n’a encore jamais investi dans le secteur pétrolier et gazier, mais qui recherche du rendement. Parlez-nous de ce qui amène ce type d’investisseur dans un secteur comme le pétrole et le gaz et dites-nous en plus sur ce qu’ils recherchent et comment ils voient notre secteur de l’extérieur.

Alexis : Certainement. Je dirais qu’il faut se reporter à 2011, quand le gaz de schiste a vraiment commencé à prendre son essor aux États-Unis et qu’une vague sans précédent d’investissements dans les nouvelles énergies a déferlé sur Wall Street. Je travaillais à l’époque à Calgary, Houston et New York, et je me rappelle avoir franchi la sécurité de l’aéroport à Midland puis avoir traversé une foule de représentants de diverses banques d’investissement haut de gamme qui de toute évidence en étaient à leur premier voyage à Midland.

Alexis : J’ai parlé avec un bon nombre de ces investisseurs, et même avec des représentants de groupes d’investisseurs institutionnels. Il est intéressant de souligner que c’était la première fois qu’ils pouvaient investir dans des actifs réels qui offraient un bon rendement, et potentiellement une très bonne structure, qui contribuaient à la valeur de l’entreprise et ne comportaient pas de risque géopolitique. Il est donc probable que ce contexte de faible prix, de territoire négatif et d’effondrement de la demande entraînera des difficultés et des regroupements. Nous conseillons à nos clients d’adopter des mesures compensatoires, de considérer que le coût des capitaux ne va aller qu’en augmentant, comme l’a dit Reid. Je crois qu’ils doivent considérer la situation et se dire « si j’investis dans un secteur en amont, un secteur intermédiaire ou un secteur en aval, plutôt que dans le gaz ou le pétrole, je vais aussi devoir penser à la capture de carbone ou à la compensation carbone, ou à me tourner de plus en plus vers les énergies renouvelables comme nous avons vu [inaudible 00:10:57] le faire, ainsi que BP.

Adam : Alexis, vous avez dit quelques mots tout à l’heure sur la différence entre le marché d’il y a quelques années, quand les investisseurs se tournaient massivement vers le Texas plutôt que vers le Canada. Vous pourriez peut-être nous indiquer brièvement comment cela pourrait changer, ou comment le secteur pétrolier et gazier canadien se positionne maintenant auprès de ces investisseurs. J’ai observé la situation ces dernières années et quand la chute des marchés des titres d’emprunt et des actions a ébranlé les sociétés pétrolières et gazières canadiennes, en 2014 et en 2015, de nombreuses sociétés canadiennes ont dû prendre des décisions très difficiles, mais je crois qu’avec le temps, elles s’imposeront comme des acteurs importants. Et, comme Reid l’a souligné, c’étaient des organisations qui étaient capables de payer un dividende. Elles ont assuré leur croissance par leurs propres moyens, avec leur propre trésorerie, et ont su bien gérer les capitaux auxquels elles ont pu avoir accès.

Alexis, pouvez-vous dire quelques mots sur le Canada, les États-Unis et le message que nous envoyons à nos clients canadiens sur la position qu’ils occupent dans le monde?

Alexis : D’accord. Je dirais principalement que les petites sociétés – et un bon nombre des ingénieurs exceptionnels qui y travaillent – qui se sont fait les dents auprès des grandes sociétés sur la scène internationale sont canadiennes et non américaines, ce qui est un réel avantage quand vous exercez des activités dans certains pays. C’est seulement un point de vue, une question de perception, mais je pense que ça paraît beaucoup mieux quand vous exploitez des sociétés dans des endroits comme l’ancienne Union soviétique, où le fait d’être américain n’est pas bien perçu.

Comme vous l’avez dit, votre bilan est exceptionnel. C’est une chose que j’ai constatée dans tous les secteurs. J’en ai parlé avec des chefs de direction canadiens. Cela freine probablement la croissance du Canada dans le secteur technologique, simplement parce que vous ne disposez pas de capital de risque. Dans le secteur de l’énergie, vous n’avez pas besoin de capital de risque [inaudible 00:12:33]. Vous avez besoin de partenariats public-privé, de réserves probables et prouvées et de bonnes capacités de gestion, comme vous l’avez souligné, et vous devez garder des liquidités sous la main pour faire face aux inévitables ralentissements des marchés dans les cycles baissiers. Si je me trouvais à Calgary en ce moment, je conseillerais d’adopter une attitude très combative, de ne pas se laisser intimider par la santé du bilan et la culture que cela représente. Je crois qu’il sera extrêmement important de livrer ce message directement aux investisseurs.

Adam : Alors, Reid, avant d’aborder en détail les conversations à avoir avec les investisseurs et les perspectives du secteur, je propose un bref retour sur le modèle d’exploitation à adopter dans un cycle baissier et sur le concept de main-d’œuvre de l’avenir. Ces sujets font depuis longtemps l’objet de discussions, mais je pense qu’au cours des trois derniers mois, il s’agit moins de discussions que d’appels à l’action. Pouvez-vous brièvement décrire, dans l’optique de ce modèle d’exploitation dans un cycle baissier et de l’architecture de l’organisation, ce que signifie la main-d’œuvre de l’avenir, et en particulier pour le secteur pétrolier et gazier?

Reid : Ce sont des discussions intéressantes, mais dont certaines dimensions ne sont pas politiquement acceptables, parce que vous devez établir quelles sont les activités qui seront nécessaires dans le cycle baissier, quelles sont les capacités requises, et quelles sont les capacités qui seront nécessaires pour réussir. Et quand vous classez ces capacités, vous vous rendez compte qu’il n’y en a généralement que cinq ou six qui différencient véritablement une entreprise. Il y en a environ de huit à dix qui sont nécessaires pour être concurrentiel dans ce secteur, et il y en a beaucoup qui sont de base. De nombreuses sociétés animées de bonnes intentions ont aspiré au fil des ans à devenir le meilleur employeur, et à détenir les meilleurs talents. Disons que si c’est ce que vous visez dans tous les domaines, cela coûte vraiment cher, et c’est surtout signe d’une mentalité de cycle intermédiaire.

Quand vous réduisez le nombre des capacités essentielles à cinq ou six et que vous considérez la segmentation du personnel, vous commencez à identifier les fonctions que vous devez avoir dans tous les cycles. Et c’est évidemment dans ces fonctions que vous devez avoir les meilleurs talents et offrir une rémunération supérieure au marché. Il vous faut aussi décider s’il vaut mieux acquérir du personnel expérimenté ou développer les capacités requises à l’interne. Mais ces deux stratégies de capacités offrent de nos jours de nombreuses options en matière de main-d’oeuvre. Vous pouvez par exemple opter pour l’économie à la demande, pour ne pas avoir à assumer ces coûts tout en ayant accès à un bassin de talents et à une expertise ciblés sur demande. Vous pouvez vous tourner vers un pays où la main-d’œuvre est bon marché. Pour ce faire, vous devez d’abord mettre en place des processus normalisés et les automatiser autant que possible, mais une fois que vous avez établi un modèle de prestation reproductible pour les fonctions administratives, vous pouvez tirer profit de pratiques d’arbitrage de la main-d’œuvre.

Si vous faites cela correctement, vous constaterez que les coûts fixes de la main-d’œuvre à temps plein et temporaire représentent habituellement de 35 % à 40 % des coûts d’une société. Vous éliminerez environ 20 % de ces coûts, ce que nous avons nous-mêmes fait chez PwC. C’est ce que nous appelons notre modèle 60-30-10, parce que 60 % de notre main-d’œuvre constitue l’investissement traditionnel [inaudible 00:15:12], mais que 30 % provient de pays à faible coût, où la main-d’œuvre est hautement qualifiée, mais moins chère. L’autre  10 % est constitué de la main-d’œuvre contractuelle à laquelle nous recourons quand nous en avons besoin, mais il ne s’agit pas d’un coût fixe. Alors, quand vous pensez aux moyens d’éliminer 20 % des coûts fixes sans perdre de capacités, vous êtes sur la bonne voie, car c’est ce qui définit une stratégie de main-d’œuvre adaptée à un cycle baissier.

Adam : Cette stratégie donne en effet les résultats désirés, Reid. Cela ramène les investisseurs axés sur la valeur, parce que vous leur donnez l’opportunité d’investir dans une société qui peut leur offrir du rendement.

Reid : Exactement.

Adam : D’accord. Passons maintenant aux conversations à avoir avec les investisseurs et aux questions qu’on nous pose souvent, comme « Où sont les investisseurs mondiaux en ce moment? Comment puis-je être concurrentiel à cet égard? ». Alexis, vous pourriez peut-être nous dire pour commencer où sont les grands bassins de capitaux qui peuvent être intéressés ou songer à investir dans le pétrole et le gaz, en particulier dans une perspective canadienne. Où sont-ils, comment perçoivent-ils le secteur et qu’est-ce qui a pu changer selon vous au cours des derniers mois ou des dernières années pour ces grands bassins de capitaux?

Alexis : Je dirais que le simple fait d’assister à cette transition mondiale du pétrole et du gaz vers d’autres sources d’énergie et à cette transformation de l’image de marque est essentiel pour les investisseurs quand ils se tournent vers des sociétés énergétiques traditionnelles. Certains de ces investisseurs, sans être des militants écologistes convaincus, ont quand même des préoccupations environnementales. Les sociétés canadiennes devront donc démontrer dans quelle mesure elles investissent dans l’efficacité énergétique, la capture de carbone, les technologies propres, etc. Certains des grands investisseurs avec lesquels je fais affaire hésitent encore à investir dans le pétrole et le gaz, même s’ils savent que nous sommes en 2020 et que nous continuerons vraisemblablement d’utiliser abondamment le pétrole et le gaz dans les activités du transport et de la fabrication jusqu’en 2035.

Le Canada peut se distinguer par sa capacité d’amplifier les caractéristiques du bilan dont nous avons parlé, ainsi que par la capacité d’assurer une saine gestion, de garder des liquidités sous la main, de constamment réinvestir dans de nouvelles compétences, de nouvelles technologies et les ressources humaines, tout comme par le fait d’être canadien et non américain, ce qui selon moi est un facteur sous-estimé en ce moment, mais qui est aussi très important. Il sera également intéressant de voir que certaines familles et personnes très fortunées pourraient préférer commencer à investir dans des actifs réels. Vous avez observé une croissance phénoménale des investissements de capitaux chinois dans les principales villes carrefours du Canada, ce qui fait monter les prix de l’immobilier. Ces capitaux pourraient peut-être alors être investis dans le secteur de l’extraction.

Je sais qu’il y a une certaine sensibilité à ce sujet, mais je pense qu’en présence de structures de gestion de patrimoine pour familles très fortunées ou pour personnes fortunées et d’opportunités attrayantes, vous pouvez envisager de vous tourner vers les bassins de capitaux provenant de telles familles situées au Brésil et en Inde. Pour ceux qui veulent accroître la valeur d’une entreprise et obtenir un taux de rendement interne stable, certains de ces bassins de capitaux seraient des bassins vierges, comme lorsque l’USPE (United States Purchasing Exchange) a investi dans les Balkans et les gisements permiens en 2011. Certains bureaux de gestion de patrimoine pour familles très fortunées pourraient commencer à devenir un peu plus audacieux – en particulier dans des pays comme l’Inde, qui manque cruellement de ressources de toutes sortes pour alimenter ses activités manufacturières, ainsi que le Brésil, où l’énergie est abondante et crée de la richesse. Découragés par le coût élevé du capital provenant de préventes et notamment des implications du scandale Petrobras, je pense qu’ils pourraient être amenés à voir plus loin.

Adam : C’est vraiment intéressant quand nous commençons à penser à ces nouveaux bassins de capitaux potentiels, et je pense que c’est en partie dû au fait de pouvoir raconter notre histoire de façon très convaincante. Et l’un des éléments que nous devons renforcer porte sur les critères ESG (environnement, société et gouvernance), qui constituaient évidemment une bonne part du discours au début de 2020. Ces critères ont accusé un léger recul à cause de la COVID et de ses répercussions sur le marché mondial, mais, Reid, ne serait-ce qu'au bénéfice de nos auditeurs canadiens, parlez-nous de la façon dont les grandes sociétés des États-Unis et certaines des très grandes sociétés envisagent les critères ESG, et comment cela devient un avantage pour le secteur en tirant parti des systèmes de réglementation qui sont en place pour mieux présenter et décrire l’évolution du secteur pétrolier et gazier.

Reid : C’est une question intéressante. Comme l’a dit Alexis, c’est un enjeu qui a suscité une forte adhésion en Europe, mais je pense qu’il n’existe plus maintenant aucune société pétrolière et gazière qui n’a pas d’engagement sérieux à rendre le monde meilleur. Ces sociétés cherchent à discuter d’objectifs un peu plus équilibrés et ont une rude pente à remonter à cet égard, car le discours et le contexte ont été mis en place avant qu’elles n’entrent en jeu. Alors, que faut-il en déduire? Elles doivent d’abord analyser leurs pratiques et identifier les problèmes qu’elles peuvent résoudre. Les émissions de gaz à effet de serre sont le problème le plus évident que notre secteur doit résoudre, mais le fait est que pour avoir une voiture, un puits de pétrole ou une usine de produits chimiques sans émissions de gaz à effet de serre, il faut de l’argent, et c’est en ce sens que vous devez travailler avec les organismes de réglementation afin de décider si des mesures incitatives fiscales seront adoptées et de déterminer qui en assumera les coûts. Cependant, si vous envoyez le message vous avez pris l’engagement d’éliminer complètement vos émissions, vous arrivez au moins à vous inscrire dans le discours ambiant.

Et quand vous progresserez dans vos démarches, vous découvrirez qu’il existe des bassins de capitaux qui ne vont pas nécessairement vous forcer à abandonner le secteur du carbone. Les investisseurs doivent voir que vous avez un engagement sérieux à réduire les gaz à effet de serre et que vous utilisez des mesures adéquates de présentation de l’information. Fait à souligner, à l’heure actuelle, il n’existe pas de normes mondiales régissant la présentation de l’information sur les critères ESG dans le secteur. Il y a de nombreuses normes, mais certains secteurs recourent à leurs propres associations pour définir les normes applicables à leurs activités. Mais une fois que tous les participants les ont approuvées, les investisseurs ont l’assurance que ce sont les normes qui régissent ce secteur, qu’elles ont été établies à cette fin et qu’ils peuvent s’en servir pour mesurer les différents niveaux de rendement qu’ils recherchent.

Et pour finir, en ce qui concerne les critères ESG, vous commencez aussi à apprécier ce que ces critères signifient pour leur propre main-d’oeuvre, et c’est là que la conversation peut devenir vraiment amusante. J’adore avoir cette conversation avec mes collègues qui se présentent et supposent que le monde peut parfaitement vivre sans hydrocarbures. Je leur demande ce qu’ils cherchent; ils me répondent tous qu’ils cherchent des panneaux solaires. Ils veulent trouver une solution de stockage de l’énergie solaire. Je leur demande ensuite s’ils savent que c’est la nature elle-même qui a créé ce qu’on appelle les hydrocarbures. Ils croient alors que je fabule. Je leur demande enfin s’ils connaissent réellement les propriétés physiques des hydrocarbures et savent d’où elles proviennent. Cette simple petite explication scientifique leur permet de comprendre que les hydrocarbures, comme on les appelle, sont la meilleure façon de stocker de l’énergie. Il ne nous reste plus qu’à résoudre le problème des émissions.

De plus, comme les hydrocarbures sont mobiles, transportables et fongibles, le secteur a un rôle important à jouer pour faire connaître leurs propriétés complexes. Et le secteur a trop misé sur l’argument d’une énergie fiable pour le monde entier, en négligeant l’autre aspect du discours. Cependant, intégrer cet aspect et participer au débat un peu controversé sur le fait que les hydrocarbures constituent en réalité un dispositif naturel de stockage pour l’énergie permet de faire ressortir les motivations des gens et de vous réapproprier la question des émissions. C’est l’une des choses que j’observe très souvent chez chaque société qui définit et prend des mesures importantes pour réduire ses émissions. La seule contrainte est de déterminer qui va en assumer les coûts. Et si les sociétés peuvent avoir accès à des capitaux, je crois que c’est ce qui permettra au secteur de voir son élan s’accélérer.

Adam : Eh bien, Alexis, c’est à vous que revient le mot de la fin aujourd’hui sur les critères ESG, sur ce que vous entendez dire un peu partout dans le monde, et surtout, sur les changements que vous avez pu observer au cours des derniers mois.

Alexis : Comme Reid l’a mentionné, dans la transition énergétique, je dirais que les critères ESG constituent un risque dont on parle de plus en plus dans le monde entier. Je considère parfois que c’est presque une religion séculaire. Je dirais que l’Union européenne en est la Mecque, et nous avons vu tout cela se jouer avec le Green New Deal. Ce sont les Norvégiens qui dominent clairement du côté des fonds, ce que j’estime plutôt ironique étant donné la source de leur richesse nationale, tandis que le secteur financier que dirige Mark Carney, avec son groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques, n’est évidemment pas étranger au Réseau canadien de développement économique communautaire. La convergence de ces instances avec les rigoureux mécanismes de communication de l’information change la façon dont les investisseurs considèrent ces critères. Je suis allée au Moyen-Orient l’automne dernier avec deux messages distincts, l’un sur la Chine, qui ferait l’objet d’un balado totalement différent, et l’autre sur le phénomène de l’extraordinaire progression des critères ESG, en particulier ceux qui concernent le climat, et la façon dont mes clients composaient avec cela au Moyen-Orient.

Je dirais aussi que le simple fait de lier cela à nos futures discussions de travail se traduira certainement par un type de recrutement de talents très différent, que pratiquent évidemment un grand nombre de banques d’investissement et d’institutions financières non bancaires, qui commencent à accroître considérablement la taille de leurs équipes de gestion des critères ESG, du climat et du développement durable. Il est d’ailleurs intéressant de voir l’enrichissement mutuel et la spécialisation des connaissances que cela requiert. C’est également intéressant du point de vue des talents et du capital humain, puisque les sociétés canadiennes découvrent ce nouveau domaine. Comme Reid l’a dit, nous devons simplement gérer correctement la question des émissions. Bien des gens disent que l’efficacité énergétique serait le cinquième carburant, et je crois qu’un grand nombre d’innovations sont nécessaires dans les énergies qui ne sont pas à proprement parler renouvelables, mais qui sont plus efficaces, ce que nous avons pu constater avec le temps. Je crois donc qu’il est essentiel non seulement d’investir dans ces innovations, mais aussi de les diffuser.

Adam : Eh bien, Alexis, Reid, on peut dire que les défis ne manquent pas dans notre secteur. Ce qui a changé pour moi en enregistrant ce balado, même par rapport à il y a quelques semaines, est que nous avons vraiment commencé à parler de l’avenir et des opportunités qui existent pour le secteur pétrolier et gazier en général, et pour le secteur pétrolier et gazier canadien en particulier. Je vous remercie sincèrement du temps que vous nous avez consacré aujourd’hui. Vous nous avez fourni des informations très utiles. Je sais que vous êtes tous les deux très occupés, alors sans plus tarder, en mon nom et en celui de l’équipe d’Energy Visions du Canada, je vous remercie d’avoir participé à notre balado.

Alexis : Merci.

Reid : J’ai beaucoup aimé cette expérience.

Adam : Je remercie tous nos auditeurs d’avoir écouté ce balado Energy Vision Spotlight. Encore une fois, j’aimerais vous rappeler que nous publierons au cours des prochaines semaines une série en trois parties sur le rapport Energy Visions, dans laquelle nous analyserons en profondeur comment la transition énergétique mondiale se poursuivra dans ce nouveau contexte, les opportunités pour le secteur pétrolier et gazier canadien et les compétences dont les travailleurs auront besoin pour soutenir cette transition.

Pour finir, je tiens à mentionner que ce balado a été produit par PricewaterhouseCoopers, LLP/s.r.l./s.e.n.c.r.l. et qu’il a été préparé uniquement à des fins d’information. Son contenu a été conçu exclusivement à des fins d’information générale et ne doit pas être considéré comme des conseils professionnels, juridiques, d’affaires ou d’investissement. Pour obtenir plus de renseignements, veuillez visiter notre site Web à l’adresse pwc.com/ca/energyvisions. Merci de votre attention.

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Collaborateurs

Adam Crutchfield, Associé, leader national, Énergie, et leader du groupe Conseils en Alberta

Adam Crutchfield, Associé, leader national du groupe de services au secteur de l’énergie et leader des Services-conseils en Alberta, PwC Canada
Tel: +1 403 509 7397
Courriel

Dr. Alexis Crow, Leader de l’équipe Géopolitique et investissements, PwC États-Unis

Dr. Alexis Crow, Leader de l’équipe Géopolitique et investissements, PwC États-Unis

Reid Morrison, Leader mondial du groupe Conseils, Énergie de PwC et leader du groupe Énergie et produits chimiques, PwC États-Unis

Reid Morrison, Leader mondial du groupe Conseils, Énergie de PwC et leader du groupe Énergie et produits chimiques, PwC États-Unis

Contactez-nous

Adam Crutchfield

Adam Crutchfield

Associé, leader national du groupe de services au secteur de l’énergie et leader des Services-conseils en Alberta, PwC Canada

Tél. : +1 403 509 7397

Reynold Tetzlaff

Reynold Tetzlaff

Associé directeur, Alberta et bureau de Calgary, PwC Canada

Tél. : +1 403 509 7520

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