Les administrateurs à la recherche de solutions de formation

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L'échec du conseil d'administration à prévenir l'effondrement de la société Enron n'est pas ce qui a incité l'Institut des administrateurs de sociétés (IAS) du Canada de s'associer avec la Rotman School of Management de l'Université de Toronto afin de créer un programme de formation à l'intention des membres de conseils d'administration. Mais les mauvaises nouvelles ont eu tôt fait de remplir les salles de classe pour ce programme.

Le programme de formation des administrateurs de l'IAS a déjà été lancé à Toronto et sera mis en œuvre à Montréal, à Calgary et à Vancouver. L'IAS, association qui se consacre à rehausser la qualité des connaissances en matière de gouvernance que ses membres offrent aux entreprises auxquelles ils sont associés, établira des partenariats avec les universités dans chacune de ces villes. L'IAS est appuyé par PricewaterhouseCoopers et d'autres partenaires renommés.

« Nous songions à offrir des cours de formation à l'intention des membres de conseils d'administration avant les scandales d'entreprises aux États-Unis », affirme Bernie Wilson, associé chez PricewaterhouseCoopers et président du conseil d'administration de l'IAS. « Mais, de toute évidence, les manchettes des journaux ont contribué à accélérer le processus. »

Bien que les allégations de conduite frauduleuse aux É.-U. visaient les hauts dirigeants, la poussée actuelle pour la réforme globale est surtout centrée sur les conseils d'administration. Les critiques à l'égard des conseils font état non seulement de groupes soumis aux exigences du chef de la direction, mais également de membres du conseil bien intentionnés qui sont simplement dépassés par le monde des affaires d'aujourd'hui. Il importe de préciser que la plupart des professionnels qui siègent aux conseils d'administration ont toujours pris au sérieux leurs responsabilités à l'égard du conseil. Ce qui est nouveau toutefois, c'est la gravité des conséquences pour les conseils d'administration et les autres intervenants en cas d'échec de la surveillance de la direction.

« L'examen minutieux des actionnaires ne se limite plus au rendement financier d'une société, et s'étend de plus en plus aux indicateurs non financiers, comme la transparence et les structures de gouvernance », explique Chris Clark, FCA, associé directeur national chez PricewaterhouseCoopers. « PricewaterhouseCoopers fait l'éloge du leadership dont l'IAS a fait preuve dans l'établissement de ce programme de formation à l'intention des administrateurs. Le soutien de PwC à l'IAS s'inscrit dans le cadre d'autres parrainages nationaux, comme le prix du directeur financier canadien de l'année, qui visent à promouvoir la reddition de comptes et l'intégrité et à renforcer la confiance du public à l'égard des marchés des capitaux. »

« Il est beaucoup plus complexe aujourd'hui d'être membre d'un conseil d'administration, affirme M. Wilson. Il y a plus de règlements et, par le fait même, une plus grande importance est accordée à la reddition de comptes. Les actionnaires veulent savoir si leur argent est dépensé à bon escient et si toute l'attention nécessaire est portée aux facteurs de risque. »

En effet, si les gestionnaires ont besoin de formation spécialisée aujourd'hui, pourquoi en serait-il autrement des gens chargés de surveiller les gestionnaires? À cette fin, l'IAS s'est associé avec la Rotman School of Management pour créer le Corporate Governance College de l'IAS. En novembre 2003, l'IAS lançait à Toronto son programme de formation à l'intention des administrateurs d'une durée de 12 jours et comportant quatre modules.

« À notre avis, il est possible ici de créer la profession d'administrateur », note Beverly Topping, présidente-directrice générale de l'IAS.

Au Royaume-Uni, il existe un institut qui donne cette formation aux administrateurs depuis de nombreuses années, mais en Amérique du Nord seulement certains cours à option sur la gouvernance sont offerts dans les écoles de commerce. « Je crois que la nouvelle génération d'administrateurs ne sera pas simplement composée de chefs de la direction et qu'il y aura de nombreux candidats compétents au niveau de la haute direction », remarque Mme Topping.

« La professionnalisation du poste d'administrateur pourrait aussi avoir comme effet de diversifier le rôle selon le mérite, explique-t-elle. Bien qu'à peine plus de 11 % des membres de conseils d'administration au Canada soient des femmes, le premier programme de formation de l'IAS qui a eu lieu en novembre dernier comptait déjà 14 femmes sur les 34 participants. »

En outre, les besoins de formation des administrateurs ne sont pas limités au secteur des entreprises, d'affirmer M. Wilson. « Les mêmes besoins se retrouvent dans les sociétés d'État, les commissions scolaires et les organismes sans but lucratif. Il existe des conseils d'administration dans chaque secteur de l'économie, mais il n'y a jamais eu de formation préparant au rôle d'administrateur. »

Loin d'être un affront aux gens d'affaires chevronnés qui siègent depuis longtemps à des conseils d'administration, les premiers cours du Corporate Governance College de l'IAS ont non seulement affiché complets, mais ils ont attiré des participants comme l'ancien premier ministre de Terre-Neuve et du Labrador, Brian Tobin, et la vice-présidente de la Commission des valeurs mobilières de l'Ontario, Susan Wolburgh Jenah.

« Probablement, la plus grande poussée pour la formation en matière de gouvernance est venue lorsque le NYSE a commencé à se concentrer sur ce domaine », observe Carol Hansell, associée chez Davies Ward Phillips & Vineberg LLP, et autorité en matière de gouvernance d'entreprise. « Le NYSE et le Groupe TSX sont maintenant dotés de programmes similaires. C'est une question qu'ils considèrent importante, et ils y prennent part activement. »

« L'effondrement des sociétés dans le secteur de la haute technologie a vraiment établi les bases pour cette initiative, explique Mme Hansell. Les récentes faillites d'entreprises ont donné un élan indéniable au programme de formation à l'intention des administrateurs de l'IAS. »

« Lorsqu'il y a un déclin des marchés et que les gens accusent des pertes dans des placements qu'ils croyaient sûrs, c'est le signe qu'une meilleure reddition de comptes s'impose, affirme-t-elle. Très peu d'investisseurs n'ont pas été touchés par le dernier repli du marché, alors cette fois la demande à l'égard de la reddition de comptes est encore plus aiguë. »

Étalé sur quatre fins de semaine et réunissant environ 35 personnes par séance, le cours mis sur pied par l'IAS, que Mme Hansell compare à une mini-maîtrise en administration des affaires à l'intention des dirigeants, porte sur des domaines comme l'orientation stratégique et les risques, la surveillance de la stratégie financière, l'information financière, l'orientation du rendement humain, l'évaluation des risques d'entreprise et la direction d'événements exceptionnels et uniques.

« Le vif enthousiasme que les participants ont démontré à l'égard de notre programme a dépassé mes attentes », affirme David Gavsie, président Corporate Governance College de l'IAS et associé principal chez Ogilvy Renault à Toronto.

« Il y a deux grandes catégories d'étudiants, explique-t-il. Certains sont des membres de conseils d'administration qui estiment que les règles et les pratiques ont changé à un point tel qu'une formation en bonne et due forme leur serait bénéfique. D'autres aspirent à devenir membres de conseils d'administration et sont peut-être en train d'achever une étape de leur carrière en gestion. »

L'émergence d'un programme de formation professionnelle à l'intention des membres de conseils d'administration présente une occasion de changement. Comme dans de nombreux domaines, un changement de génération se produit à la direction des entreprises. « Nous perdons de nombreux administrateurs qui prennent simplement leur retraite, constate Mme Hansell. D'autres refusent le poste en raison du risque à leur réputation personnelle et de l'augmentation considérable de la charge de travail associée au poste d'administrateur. Ceux qui sont prêts à occuper ce poste savent qu'une bonne préparation est la clé pour apporter une contribution constructive dans une salle du conseil. »