Questions sur le rôle que devrait jouer le gouvernement dans le contexte économique actuel

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Mark Elliott et Michael Jordan, associés de PwC, discutent du rapport « Government and the Global CEO: Redefining Success », qui a été publié récemment.

En cette période de crise économique mondiale, les gouvernements du monde entier ne se contentent plus d'être des autorités de réglementation passives des activités commerciales; ils sont devenus des acteurs clés du marché, auquel ils participent activement. En raison des opérations de sauvetage de grande envergure dans plusieurs secteurs comme les services financiers et l'automobile, les contribuables sont devenus les garants financiers d'une grande partie du milieu des affaires.

Cette nouvelle réalité changera fondamentalement le rôle des gouvernements. On accordera une importance accrue à la collaboration entre les secteurs public et privé et à une réglementation plus efficace. Pour faire face à ce contexte en mutation, PricewaterhouseCoopers a publié un nouveau rapport, intitulé Government and the Global CEO: Redefining Success. Nous nous sommes entretenus avec Mark Elliott, leader national du groupe Gouvernement et secteur public et Michael Jordan, leader national du groupe Amélioration de la performance du secteur public de PwC Canada, qui analysent les conclusions du rapport.

Pourquoi selon vous ce rapport était-il nécessaire?

Mark Elliott: Aujourd'hui, les dirigeants d'entreprise sont confrontés à un double défi : le ralentissement de l'économie mondiale et la rareté croissante des ressources, naturelles ou autres. Cette année, dans le cadre du sondage PwC mené auprès des dirigeants d'entreprise, nous avons interrogé les équipes de direction sur les mesures qu'elles comptent prendre à l'égard des possibilités et des risques que ce défi présente. Nous nous sommes intéressés à leur manière d'envisager l'avenir de leur entreprise, à savoir si ces derniers privilégient une approche à court terme vu le contexte actuel d'instabilité économique ou si la rareté des ressources les oblige à considérer leurs objectifs et leur réussite selon une perspective à plus long terme.

En parallèle avec notre sondage des dirigeants d'entreprise, nous voulions recueillir le point de vue d'un certain nombre de représentants des gouvernements (aux niveaux supranational, national, régional et local) dans le but de comprendre leur politique et leurs solutions face à ces conditions difficiles. Nous voulions comprendre le rôle joué par tous les niveaux du gouvernement dans le développement et le soutien de la réussite commerciale ainsi que dans le processus de création de richesses. Plus particulièrement, nous voulions savoir de quelle manière les gouvernements peuvent appuyer les dirigeants d'entreprise pour :

  • Gérer l'instabilité à laquelle doivent faire face leur entreprise compte tenu du contexte économique actuel
  • Assurer la pérennité de leur entreprise tout en gérant le problème de la rareté des ressources (ressources naturelles, talent, financement) qui se profile à long terme

De quoi le rapport traite-t-il?

Michael Jordan: Ce rapport présente le point de vue des dirigeants d'entreprise et des représentants des gouvernements à un moment critique de l'histoire. Il traite des conséquences de la crise financière mondiale, et de la récession qui en a résulté, pour le rôle du gouvernement en tant que partie prenante de l'économie, autorité de réglementation responsable et collaborateur du secteur privé. Finalement, il traite de la nécessité d'atténuer les risques systémiques et mondiaux, notamment par le rôle accru que peuvent jouer les pays du G20.

Le rapport affirme que les gouvernements du monde entier doivent agir comme un tremplin pour la croissance future. Comment?

ME: En investissant et en gérant stratégiquement les « capitaux » dont a besoin toute société pour assurer sa prospérité à long terme - prospérité sur les plans financier, intellectuel, social, environnemental, technique et politique. Bien entendu, cette prospérité doit se réaliser dans une optique de développement durable. S'ils réussissent, la confiance des consommateurs augmentera, ce qui favorisera la croissance future.

Que devrait exiger le gouvernement, et quelles obligations les entreprises qui bénéficient de l'aide gouvernementale ont-elles envers la collectivité?

MJ: Les attentes du public envers le rôle de l'État ont augmenté : les gouvernements ne sont plus une solution de dernier recours, mais plutôt de première ligne. Les gouvernements doivent trouver des moyens de satisfaire ces attentes tout en assurant un bon rapport coût-efficacité dans l'utilisation des finances publiques.

ME: Selon nous, les gouvernements doivent décider rapidement de leur stratégie de sortie pour se désengager des entreprises qu'ils ont soutenues financièrement durant la crise — lesquelles, une fois la tempête passée, devront se débrouiller seules —, et en communiquer les détails aux contribuables et aux entreprises. Jusqu'à maintenant, les gouvernements ont eu à réagir aux événements plutôt que de prendre l'initiative. On doit maintenant déterminer si les parts des entreprises nouvellement acquises par les gouvernements le sont de manière permanente ou temporaire, tout en étant conscients que chaque pays peut en décider autrement : certaines nations souhaitant une plus grande participation du gouvernement dans l'économie.

Comment les gouvernements peuvent-ils mieux collaborer?

ME: Les gouvernements doivent mettre en place des processus virtuels en temps réel qui favoriseraient une collaboration efficace et représenteraient de nouvelles façons pour les dirigeants d'entreprise de travailler ensemble et de tenir compte des risques systémiques à l'échelle mondiale. La mondialisation dans sa version " 2.0 " requiert un leadership mondial légitime, qui résiste à la menace du protectionnisme et est supporté par une meilleure structure informationnelle, plus transparente, qui permet d'atténuer les risques systémiques et de rétablir la confiance du public.

Le rapport traite de la « mondialisation du gouvernement ». Qu'entend-on par là?

MJ: L'un des principaux défis des gouvernements et des entreprises mondiales qui font face à la crise est de mettre en place une réglementation plus efficace et des mécanismes de gouvernance qui encouragent une collaboration active et une responsabilisation claire, afin de pouvoir gérer les risques mondiaux et les possibilités dans l'avenir.

ME: Déjà, on constate une plus grande collaboration internationale entre les gouvernements et une reconnaissance croissante du besoin d'une gouvernance mondiale. Le communiqué de novembre du Groupe des 20, par exemple, demandait la création d'un organisme de supervision de l'économie mondiale pour surveiller les grandes institutions financières transfrontalières.

Les gouvernements et les entreprises doivent transcender la collaboration et innover. Les gouvernements devraient jouer stratégiquement et faciliter la collaboration entre les entreprises et les secteurs (public, privé et caritatif), tout en mettant en place un système de gouvernance mondial qui préservera les principes fondamentaux de l'économie mondiale, en particulier les ressources humaines, financières et naturelles. Cependant, nous sommes d'avis que la mondialisation du gouvernement en soi est encore loin. Il s'agit d'une question qui doit d'abord être débattue par les politiciens, les gens d'affaires et la société civile.

Le rapport indique que la surréglementation demeure une des trois grandes préoccupations des dirigeants d'entreprise, et ce, malgré les temps difficiles actuels. Pourtant, on reconnaît de plus en plus que le gouvernement a un rôle légitime à jouer dans le fonctionnement des marchés. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet?

MJ: Nos résultats ont d'importantes répercussions sur la nature et l'étendue de la réglementation. De nombreux principes propres à une meilleure réglementation sont déjà connus : la réglementation doit être appliquée de façon adéquate, responsable, constante, transparente et ciblée. Pourtant il manque un ingrédient, la stabilité; et comme nous faisons face à un contexte de mondialisation qui évolue rapidement, il devient primordial de mettre un frein au comportement irresponsable de certains acteurs du marché.

Selon vous, quelles seront les conséquences de la crise actuelle pour les gouvernements?

ME: Nous en entrevoyons trois principales :

  1. La mondialisation abordée selon une perspective locale : les gouvernements devront concilier les points de vue des collectivités locales et nationales et celui de la communauté internationale. Ils devront aussi composer avec des institutions multilatérales, c'est-à-dire qui sont communes à plusieurs États.
  2. Vers une compétition-collaboration : l'augmentation des liens entre les pays implique que nous passons d'une société de compétition à une société privilégiant la collaboration. Les entreprises et les pays se feront compétition dans un environnement de plus en plus encadré par des mécanismes de gouvernance mondiaux. Il est possible de créer de la valeur si les secteurs réinventent leur façon de collaborer - une approche par " équipes de direction " en quelque sorte, qui exigerait un nouveau type de leadership assuré par un groupe de parties prenantes de tous les secteurs d'activité et pour la gestion d'opérations complexes.
  3. Importance d'allier rapidité et complexité : les gouvernements doivent prendre des décisions plus rapidement et évoluer dans un environnement plus complexe. Par conséquent, ils doivent se munir de mécanismes de gestion flexibles qui s'adapteront à la rapidité et à la complexité qui caractérisent la prise de décision dans notre économie mondiale moderne.