La réputation des entreprises canadiennes du secteur des sciences de la vie et de la biotechnologie n’est plus à faire. Elles sont en effet reconnues comme des leaders sur le plan de l’innovation, mais elles font par ailleurs face à une concurrence mondiale croissante et sont confrontées à des conditions économiques difficiles. Le resserrement du crédit limite de plus en plus l’accès au capital, tandis que la volatilité des marchés accroît le risque d’évaluation. La pression sur le cours des actions et sur la valeur des actifs s’intensifie.
Dans le cadre d’un sondage en ligne mené en octobre et novembre 2008, on a posé à 167 représentants du secteur des sciences de la vie et de la biotechnologie au sein des milieux d’affaires et universitaires, des administrations publiques et de certaines organisations des questions visant à cerner leurs points de vue sur des enjeux importants.
Pour analyser les conclusions du rapport, nous avons rencontré Gord Jans, leader national, Services aux secteurs pharmaceutique et des sciences de la vie de PwC, et Peter Brenders, président et chef de la direction de BIOTECanada.
Quelle est la raison d’être du rapport?
Gord Jans : Ce rapport a été préparé pour aider les parties prenantes du secteur des sciences de la vie et de la biotechnologie au Canada à mieux comprendre les défis qui les attendent et les préoccupations qui ont été exprimées, particulièrement à l’égard des conditions économiques. Le rapport permet, grâce aux renseignements qu’il présente et à la tribune qu’il fournit, d’orienter les discussions et de préparer l’avenir du secteur canadien des sciences de la vie.
Peter Brenders : Il s’agit du troisième rapport de cette série. Les conclusions de ce dernier rapport s’inscrivent dans celles qui ont été tirées en 2006 et 2007. À notre point de vue, les données recueillies mettent en lumière les aspects qui nécessitent des efforts pour soutenir la réussite du secteur canadien.
Quels thèmes sont abordés dans le rapport?
PB : Le rapport se concentre sur les principaux défis et enjeux auxquels font face les organisations et le secteur. Il isole certains aspects essentiels qui doivent être modifiés ou adaptés pour que le secteur canadien des sciences de la vie se démarque à l’échelle mondiale.
Qui a été invité à participer au sondage?
GJ : Au total, 167 personnes, tant du secteur public que du secteur privé, ont répondu à notre invitation cette année. Les entreprises représentées, qui comptent environ 5 000 employés au pays, affichent un chiffre d’affaires d’environ 2 milliards de dollars.
Cinquante pour cent des personnes interrogées étaient chefs de la direction ou présidents et 13 %, chefs des finances, le restant occupant divers postes – directeur de l’exploitation, directeur de la prospection et des ventes, directeur des questions de réglementation, etc.
Les répondants travaillent dans des organisations qui proposent une grande variété de solutions et de produits. Le champ d’activité le plus fortement représenté en 2009 est la thérapeutique (22 %), suivi des produits pharmaceutiques de marque (16 %) et l’agriculture (9 %).
Dans la conjoncture, les entreprises sont-elles optimistes?
PB : Les deux tiers des répondants ont affirmé être peu ou pas du tout confiants dans les perspectives de croissance à court terme au Canada, sentiment qui peut être attribué le plus vraisemblablement à la crise économique actuelle. Le secteur des sciences de la vie dans son ensemble a grandement besoin de liquidités pour soutenir la recherche et la commercialisation des produits. Il ne faut donc pas se surprendre si la situation économique a d’énormes répercussions sur le secteur.
De fait, le problème le plus aigu pour le secteur canadien des sciences de la vie et de la biotechnologie demeure l’accès aux capitaux (78 % des répondants). C’est d’ailleurs la réponse qui revient le plus souvent dans tous les sondages de cette série qui ont été menés par PwC.
GJ : De plus, 64 % des personnes interrogées ont répondu que la conjoncture défavorable était le principal obstacle à l’obtention de capitaux pour les entreprises canadiennes du secteur des sciences de la vie et de la biotechnologie. L’accès aux capitaux a toujours été difficile pour le secteur qui doit lutter pour obtenir du financement par capital de risque. La crise économique et la baisse généralisée du capital disponible n’ont fait qu’empirer la situation.
À quelles sources de capitaux les répondants prévoient-ils recourir et combien pensent-ils pouvoir mobiliser?
GJ : Parmi les répondants, 43 % ont indiqué qu’ils étaient à la recherche de financement et 39 % ont indiqué qu’ils recherchaient plus de 10 millions de dollars. Les attentes à cet égard, qui reflètent une situation très difficile, correspondent à un niveau de financement clairement insuffisant pour assurer la croissance du secteur à long terme.
Un tiers des répondants s’attendent à obtenir du financement de leurs partenaires stratégiques. Les fonds d’actions privés (20 %), les sociétés de capital de risque (19 %), les investisseurs providentiels (18 %) et les pouvoirs publics (16 %) ont aussi été cités. Le secteur pourra-t-il, dans un contexte de resserrement du crédit, obtenir le financement nécessaire pour commercialiser les programmes actuels si ce financement ne provient pas des sociétés de capital de risque? De toute évidence, les répondants s’attendent à ce que les partenaires stratégiques et les fonds d’actions privés comblent l’écart.
PB : On constate également une baisse inquiétante dans le nombre de répondants qui prévoient obtenir des fonds de sociétés de capital de risque – de 48 % en 2006 à 19 % en 2009. Alors que le financement par capital de risque a toujours été limité au Canada, il l’est encore plus dans le climat économique actuel. Ce facteur met en relief la nécessité de trouver sans délai des solutions. Le secteur a demandé au gouvernement fédéral d’envisager d’autoriser les entreprises du secteur de la biotechnologie en difficulté à monétiser leurs pertes fiscales et nous avons rendu public un plan directeur pour le secteur de la biotechnologie au Canada afin d’amorcer les discussions sur la stratégie à adopter.
Quel soutien le gouvernement donne-t-il ou peut-il donner au secteur?
GJ : Les trois quarts des répondants pensent que la création d’incitatifs à l’investissement de capital de risque est la mesure la plus importante que doivent prendre les pouvoirs publics pour améliorer la compétitivité du Canada sur la scène mondiale dans le secteur des sciences de la vie et de la biotechnologie.
Les gouvernements fédéral et provinciaux peuvent aussi favoriser cette compétitivité en créant d’importants incitatifs fiscaux et en octroyant des subventions de recherche aux entreprises. Si l’État ne soutient pas le secteur par de telles initiatives, les entreprises auront des défis encore plus nombreux pour réussir à se démarquer à l’échelle mondiale.
PB : Dans ce secteur, 80 % des entreprises au Canada comptent moins de 100 employés et la plupart des activités liées au développement de leurs produits en sont à la phase de recherche. Les entreprises ont besoin de fonds pour maintenir les emplois à court terme. La première mesure à prendre à cet égard est simple : il suffit de leur permettre de monétiser les pertes accumulées. Ensuite, il s’agit d’offrir davantage d’incitatifs à l’investissement de capital de risque et des incitatifs fiscaux aux entreprises qui veulent effectuer des travaux au Canada. BIOTECanada a proposé un plan d’action en trois volets pour aider les entreprises durant le repli économique.
Vu la nécessité de capitaux supplémentaires, pensez-vous que nous assisterons à des fusions et acquisitions?
GJ : Oui, près des deux tiers des répondants indiquent qu’une acquisition ou une fusion est le scénario le plus plausible pour assurer la réussite des entreprises canadiennes des sciences de la vie ou de la biotechnologie. De plus, près de la moitié d’entre eux pensent qu’il est probable qu’une entreprise attribue des licences ou vende de la propriété intellectuelle, ou encore participe à des projets de codéveloppement ou de partenariat. Si on considère tous les rapports de prévisions sur le secteur canadien des sciences de la vie publiés par PwC, il semble que le secteur canadien n’atteindra jamais, à moins d’un changement opérationnel important, la masse ni l’échelle critique requise pour être concurrentiel sur la scène internationale.
Comment les entreprises canadiennes peuvent-elles être concurrentielles?
PB : D’après les répondants, le recrutement de cadres supérieurs d’expérience et la focalisation continue sur le succès des activités courantes constituent les deux principaux axes à privilégier pour améliorer la position concurrentielle du Canada. Si les entreprises parviennent à mobiliser les capitaux nécessaires, le Canada demeurera un chef de file dans un secteur important. Toutefois, le gouvernement doit intervenir et aider les entreprises à mettre en marché les innovations de classe mondiale qui voient le jour au Canada dans le domaine des sciences de la vie.