Survol des transactions dans le Nord canadien

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Les transactions dans le secteur minier ont repris de manière significative depuis la crise financière mondiale. Cependant, l’épuisement des sources de financement causé par la crise de la dette souveraine en Europe et le ralentissement de la croissance économique de la Chine poussent les sociétés à trouver d’autres moyens de démarrer leurs projets. D’autres facteurs influencent également le marché des transactions, comme les sociétés minières qui projettent de vendre des actifs et réduisent les coûts et la disponibilité des infrastructures.

Aujourd’hui, l’émission d’actions dans la conjoncture difficile des marchés des capitaux peut avoir un effet dilutif excessif sur le capital des sociétés minières. Ainsi, les minières préfèrent plutôt trouver des partenaires stratégiques à l’étranger qui contribueront au financement des projets. Ceci est particulièrement vrai pour les petites sociétés minières.

“Les transactions dans le secteur minier ont repris de manière significative depuis la crise financière mondiale. Cependant, l’épuisement des sources de financement causé par la crise de la dette souveraine en Europe et le ralentissement de la croissance économique de la Chine poussent les sociétés à trouver d’autres moyens de démarrer leurs projets.”

Minerai de fer

Century Iron Mines Corporation est un des plus importants détenteurs de concessions minières en minerai de fer au Canada avec des exploitations dans le Nord du Québec et la région du Labrador. L’entreprise recherchait des fonds pour développer une exploitation de minerai de fer de calibre mondial. Il lui fallait non seulement réunir un capital important pour entreprendre des projets, mais également trouver des fonds additionnels tout au long de leur réalisation; les dépenses en capital pour la production étant estimées à plus de 5 milliards de dollars. Lors d’une importante opération de financement menée au début de 2011, Century Iron Mines Corporation a obtenu des fonds auprès de Wuhan Iron & Steel (WISCO) ainsi que de MinMetals.

En sus de cet investissement initial, la société Century a reçu 120 millions de dollars additionnels de WISCO lors de la conclusion des conventions de coentreprise et pourra soutenir le financement par emprunt des projets. WISCO détient désormais une participation de 25 % dans la société Century, avec un accord d’exploitation de 40 % de la production de trois projets et les droits pour 20 % additionnels.

Cet accord ressemble en partie à celui conclu entre New Millennium Iron Corp. et Tata Steel, un des plus grands aciéristes du monde établi en Inde. New Millennium Iron Corp a signé une entente selon laquelle Tata investirait jusqu’à 300 millions de dollars dans le projet de minerai expédié sans traitement préalable (DSO pour Direct Shipping Ore) dans le Nord du Québec et le Labrador, et achèterait l’ensemble de la production de fer pour la durée de vie entière de la mine. De plus, New Millennium et Tata ont lancé ensemble une étude de faisabilité sur le projet Taconite, potentiellement plus ambitieux, à proximité du projet DSO. À la suite d’une décision d’investissement positive, Tata a accepté de structurer le financement des dépenses en capital de ce projet, estimées à un peu moins de 5 milliards de dollars. Tata détiendrait une participation de 80 % dans le projet tandis que New Millennium en aurait 20 %.

En 2011, la société ArcelorMittal, établie au Luxembourg, et Nunavut Iron Ore, un société de financement par capitaux propres, ont fait l’acquisition de la société Baffinland Iron Mines pour 590 millions de dollars. Et ce, après avoir initialement proposé des offres rivales avant de faire une soumission commune. Arcelor et son partenaire se concentrent sur l’obtention de toutes les autorisations nécessaires avant d’exploiter le projet de la rivière Mary de Baffinland, dont le coût est estimé à 6 milliards de dollars.

Diamants

Certes, les diamants sont éternels, mais certains acteurs mondiaux cherchent à se retirer de ce secteur. L’an dernier, BHP Billiton et Rio Tinto ont tous deux signifié leur intention de vendre leurs mines de diamants, y compris leurs principales exploitations situées dans le Grand Nord canadien. Les deux géants préfèrent se concentrer sur leurs plus grands actifs miniers dans lesquels ils détiennent de plus importantes parts de marché.

Le joaillier Harry Winston possède une participation de 40 % dans la mine de Diavik, dont Rio Tinto est l’actionnaire majoritaire. Cette mine est située dans les Territoires du Nord-Ouest. La presse a récemment évoqué l’intérêt d’Harry Winston pour l’achat d’une autre mine de BHP, celle d’Ekati à proximité de Diavik. Cette information n’est toutefois pas confirmée.

Développement des infrastructures

On dirait que les projets miniers ne se trouvent jamais au « bon » endroit! Le démarrage d’un projet dépend parfois de sa proximité avec les infrastructures, et non de l’importance du gisement. Bon nombre de gouvernements provinciaux étudient les moyens de soutenir les projets miniers dans le Nord en participant au développement des infrastructures.

Le Plan Nord du gouvernement du Québec, lancé au printemps 2011, devrait attirer plus de 80 milliards de dollars d’investissements sur 25 ans répartis ainsi : 47 milliards de dollars dans les énergies renouvelables et 33 milliards de dollars investis dans le secteur minier et les infrastructures publiques telles que les routes, le réseau ferroviaire, les ports et les aéroports. À la suite de la récente élection au Québec du gouvernement du Parti Québécois et de la démission de Jean Charest comme chef du Parti libéral du Québec, les investisseurs se demandent si l’exploitation du Nord québécois restera une priorité pour le nouveau gouvernement.

Le gouvernement de l’Ontario vient de conclure un accord-cadre avec l’entreprise Cliffs Natural Resources pour l’investissement dans la région dite Cercle de feu (Ring of Fire) de la province, située dans les basses terres de la baie James. Les lignes de transport d’énergie et les voies de transport requises doivent être prêtes avant la mise en œuvre du projet.

En Colombie-Britannique, le gouvernement soutient la construction de la ligne de transmission du nord-ouest le long de l’autoroute 37 qui devrait s’achever d’ici 2014. Ce projet permettra l’exploitation de la portion nord-ouest de la province et favorisera la création d’une douzaine de mines dans la région.

Il est difficile de prédire l’évolution du marché des transactions dans le Nord canadien dans les mois et les années à venir. La conjoncture étant difficile pour les marchés de capitaux, le marché est actuellement favorable aux acheteurs. Cependant, ces derniers doivent disposer de vastes ressources pour soutenir les dépenses en capital indispensables pour mettre les projets en branle et répondre aux besoins liés au développement des infrastructures.

Chez PwC, John Nyholt est un ancien associé au sein du groupe Soutien à l’acquisition d’entreprises et leader du groupe Transactions pour le secteur minier au Canada. Nochane Rousseau est associé au sein du groupe Audit et Certification et leader du secteur minier pour la province de Québec.

Article paru dans le numéro d’automne de Canadian Mining Magazine. Reproduit avec autorisation. Version originale en anglais, traduction en français réalisée par PwC.

Perspective Nord, la vision de PwC d’un développement durable et intégré du Nord québécois.