Enjeux liés à l’exportation du pétrole et du gaz

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Les activités du secteur pétrolier et gazier du Canada sont étroitement liées, depuis plus de 60 ans, à la demande en énergie aux États-Unis. Par conséquent, le Canada s’est retrouvé, historiquement, avec un unique marché pour le pétrole et le gaz : les États-Unis, son voisin du sud.

Depuis quelques années, les progrès technologiques ont permis une exploitation sans précédent des ressources pétrolières et gazières canadiennes. Cela signifie que notre capacité à produire du pétrole et du gaz pourrait bientôt dépasser nos moyens de les acheminer vers les États-Unis.

Aujourd’hui, les États-Unis importent plus de pétrole du Canada que de tout autre pays. Là-bas, la demande a atteint un palier tandis que leurs ressources locales de pétrole et de gaz naturel ne cessent d’augmenter. Il devient évident que le Canada doit trouver d’autres marchés, tant pour le pétrole que pour le gaz.

Le district PADD III de la côte américaine du golfe du Mexique a, certes, les moyens de raffiner nos importantes ressources de sables bitumineux.

Cependant, sans un réseau de transport exclusif et économique, nous ne pourrons y acheminer les matières premières destinées au traitement.

La demande augmente dans les marchés émergents tels que l’Asie, et la Chine en particulier, où près de 2 % de notre pétrole est expédié. De plus, l’offre accrue en Amérique du Nord peut stimuler cette demande. Nous avons un défi à relever, celui de rapprocher notre pétrole brut et notre gaz naturel des voies maritimes afin de les exporter; autrement, nous risquons de nous retrouver avec des ressources inexploitables et d’encourir de lourdes pertes de revenus.

Pétrole : le défi à relever

Aujourd’hui, avec la stabilisation de la demande aux États-Unis, le Canada a atteint ou presque sa pleine capacité pipelinière et son volume de traitement maximal des exportations actuelles et ne possède aucune infrastructure pour une production pétrolière accrue vers le sud, l’ouest ou l’est. Une série de facteurs pose un éventuel défi à l’industrie pétrolière canadienne, sans compter les difficultés qu’elle rencontre à obtenir les prix du marché. Les producteurs doivent se soucier du fléchissement de la demande dû à la hausse de la production aux États-Unis, de la contestation par les écologistes des tracés de pipelines proposés vers l’ouest et le sud; et de la résistance du gouvernement de la Colombie-Britannique à l’égard des axes pétroliers prévus.

Actuellement, le Canada fournit 24 % des importations de pétrole des États-Unis, plus que tout autre pays fournisseur. Les importations du Canada par les Américains devraient rester stables, en dépit de la hausse de la production aux États-Unis et de la baisse des prévisions annuelles pour les importations de pétrole. Il se pourrait que les autres pays fournisseurs de pétrole aux États-Unis aient moins de chance car les raffineries américaines préféreront toujours le pétrole moins cher expédié du Canada.

Les réserves de pétrole du Canada sont en grande partie enclavées. Le secteur a donc besoin de réseaux de transport fiables permettant l’exportation tant aux États-Unis qu’ailleurs. La construction du projet de pipeline Keystone XL de TransCanada vers le sud et du projet Gateway d’Enbridge vers la côte Ouest, offre le mode de distribution le plus économique et le plus rapide vers les marchés étrangers. Cependant, les prévisions indiquent que même si les deux pipelines Keystone XL et Gateway sont terminés, d’ici 2030, la demande dépasserait les capacités de distribution.

Les deux lignes ferroviaires du Canada ont longtemps représenté une solution de rechange à la distribution par pipeline. Cette solution devient progressivement populaire. L’utilisation du chemin de fer pour le transport du pétrole au Canada n’exclut pas le recours aux pipelines. Elle représente une solution complémentaire. Les infrastructures existent déjà dans l’ouest, l’est et le sud. Le coût en capital est beaucoup plus faible et évolutif. Ainsi, il serait possible de transporter du pétrole brut de qualité identique à la fois par les rails et par les pipelines.

Les obstacles actuels à cette proposition sont liés à l’infrastructure, notamment à la disponibilité des wagons et au manque d’installations de chargement et de déchargement. Bien que les producteurs acceptent de payer pour la capacité utilisée, le coût par baril est nettement supérieur à celui de la distribution par pipeline.

Gaz : le défi à relever

On assiste, tout comme dans le secteur pétrolier, à une baisse de la demande des États-Unis pour les importations de gaz naturel canadien alors que la production locale américaine augmente. Le secteur se retrouve face à de nombreux défis, tels que la baisse des prix du gaz naturel dans un marché intégré ou les besoins en capital pour le forage de puits de nouveaux gaz. D’autres sujets de préoccupation sont : l’absence actuelle de moyens d’exportation extracôtière du gaz naturel, le manque de fonds pour la construction d’installations de gaz naturel liquéfié (GNL), les courbes d’épuisement du gaz de schiste et les exportations de gaz naturel des États-Unis vers l’est du Canada.

La demande mondiale pour le gaz naturel progresse : 81 % de la croissance prévue proviendrait des pays non membres de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) tels que l’Inde et la Chine où les taux de croissance seraient de 400 %. Cependant, selon les prévisions du rapport Annual Energy Outlook 2012 de l’organisme Energy Information Administration des États-Unis, les exportations de gaz canadien vers les États-Unis continueront à baisser d’ici à 2035.

Au niveau international, l’offre en GNL continue d’augmenter, tout comme la demande. Les exportations prévues après 2015 proviendraient de pays tels que la Guinée équatoriale, l’Australie, l’Indonésie, la Russie, le Canada et possiblement les États-Unis. La demande pour le GNL canadien risque de diminuer avec l’intensification de la concurrence sur le marché mondial des exportations. L’Australie, en particulier, apparaît comme un concurrent potentiel et redoutable. Ce pays prévoit de spectaculaires augmentations de sa production de GNL, tandis que les sociétés canadiennes en seront toujours à chercher les moyens de liquéfier leur gaz. L’Australie pourra probablement fixer les prix aux consommateurs car ses produits arriveront en premier sur le marché.

Actuellement, il y a 372 méthaniers en activité dans le monde entier, dont 90 % sont affrétés à long terme. Il est ainsi difficile aux nouveaux producteurs de disposer de ces navires-citernes à court et moyen termes. D’un autre côté, la plupart des navires actuellement en construction sont destinés à la production australienne en plein essor tandis que le Canada n’a toujours pas commandé les méthaniers nécessaires pour l’exportation de son GNL ou encore moins réservé les chantiers navals pour leur construction.

L’épuisement progressif des réserves de gaz de schiste soulève un problème potentiel, qui vient s’ajouter aux difficultés de transport. Selon de récents rapports, les taux de gaz chutent considérablement après les 100 premiers jours de production, ce qui représente un épuisement de 65 % des réserves au cours de la première année. Cela fait ressortir la nécessité de développer des méthodes d’extraction efficientes et efficaces.

Un marché d’avenir

Certes, sur le marché de l’exportation des ressources énergétiques, le Canada fait face à des difficultés liées à l’infrastructure et à la baisse de la demande venant des États-Unis. Cependant, nous avons une excellente occasion de tirer profit des nombreux avantages offerts par un pays dont les ressources abondantes dépassent la demande locale. Le Canada possède plusieurs atouts : sa réputation de pays sûr pour les investissements internationaux, sa stabilité économique et son ouverture à l’égard des affaires et ses célèbres progrès technologiques en matière de forage pétrolier et gazier. Au Canada, on trouve 50 % des réserves mondiales disponibles de pétrole, si l’on exclut le pétrole contrôlé par les sociétés pétrolières nationales. Ce sont certaines des raisons qui incitent de nombreuses sociétés étrangères à investir massivement dans l’industrie énergétique canadienne. Le moment est venu de bâtir cette industrie et de profiter de la demande croissante mondiale dans des pays tels que la Chine, l’Inde, le Japon. Il est temps d’obtenir le prix mondial pour nos ressources. Aussi longtemps que nous ne résoudrons pas nos problèmes d’infrastructures, notre pays sera perdant.