L’amélioration du reporting financier en haut de l’agenda – XBRL transforme la communication

Philippe Sergiel, Associé et Laurent Collet, Directeur
Luxemburger Wort, 4 mai 2007

Le langage informatique offre une méthode commune d’échange d’informations entre systèmes disparates.

XBRL (eXtensible Business Reporting Language) transforme radicalement la communication de l’information financière. En mieux. Au Luxembourg, les acteurs financiers et l’autorité de surveillance sont bien conscients de l’enjeu.

Plus que jamais, la communication financière publiée par les sociétés est sous les feux de l'actualité. Jusqu'à présent, le débat portait surtout sur la nature des informations qui sont, ou ne sont pas, présentées. Aujourd’hui, les parties prenantes du marché se penchent également sur la méthode et les standards qui seront utilisés, dans le futur, pour échanger les informations.

Le développement du standard de reporting financier, eXtensible Business Reporting Language (XBRL), vient transformer radicalement la manière dont les entreprises transmettent des informations aux investisseurs, aux opérateurs des marchés et aux autorités de surveillance, permettant désormais à chacun de ces intervenants de détenir toutes les informations nécessaires à la prise de décision.

Par rapport au papier, la communication électronique constitue un moyen plus rapide, moins cher et plus efficace d’échanger de l’information entre différentes entités. Désormais, lorsqu'il s'agit d'obtenir en temps opportun les informations fournies par les entreprises, les personnes intéressées se tournent automatiquement vers Internet.

Un format interprétable par la plupart des logiciels

Seul bémol : Internet ainsi que la communication électronique n'offrent pas encore aux utilisateurs une fonctionnalité uniforme pour l'extraction et l'analyse du contenu des documents et de ses informations. L’envoi d’un fichier électronique de type ‘pdf’ via Internet accélère sans doute la communication mais nécessite néanmoins un re-traitement manuel de l’information - avec ses sources d’erreurs inhérentes. Cette situation pourrait, en partie, changer grâce au langage XBRL qui offre désormais une méthode commune d'échange d'informations entre systèmes disparates.

Qu’est-ce qu’XBRL ? c’est un standard de reporting qui identifie de manière unique les données et les véhicule via Internet dans un format interprétable par la plupart des logiciels.

Dans un tout autre registre, le concept XBRL peut être comparé à l’utilisation et à la valeur ajoutée apportée par les containers métalliques. Ces derniers transportent différents produits pour plusieurs sociétés suivant des standards communs permettant un acheminement efficace au travers de plates-formes de transport variées (avion, train, camion, bateau,etc.).

Le fonctionnement d’XBRL est assez similaire, l’identification des données s’effectuant sur base de taxonomies. Ces taxonomies ou encore dictionnaire de données sont organisés autour de différentes thématiques (informations prudentielles, comptes annuels, etc.) et ce, quelque soit le secteur concerné (banques, marché des capitaux, industrie, etc.). Ces taxonomies organisent également la présentation des données tout en permettant la définition de règles mathématiques et logiques qui valident les données lors de leurs soumissions vers les destinataires.

Les destinataires des informations financières transmises avec XBRL ont donc la possibilité d'analyser et de catégoriser instantanément les données, sans avoir à les saisir à nouveau, à les valider ou à en convertir le format. XBRL minimise donc la nécessité d'intervention humaine au moment d'échanger des informations financières et non financières entre les systèmes ou les organisations.

Ce sont les autorités de surveillance et les gouvernements qui, depuis quelques mois, ont mis en œuvre des solutions de collecte et de reporting de l’information sous le standard XBRL. Le point commun au démarrage de ces projets repose sur une volonté de ces institutions de réduire le coût du reporting réglementaire auprès des entités régulées tout en intégrant les nouvelles contraintes des directives européennes en matière d’informations financières.

Ces derniers mois, plusieurs projets XBRL d’envergure ont émergé dans le monde et surtout en Europe.

Aux Etats-Unis, le Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) utilise le standard XBRL pour collecter auprès de l’ensemble des banques américaines les informations financières requises pour mesurer et analyser l’encours des dépôts de l’industrie bancaire américaine. Ce projet, impliquant plus de 8000 institutions financières, a permis de réduire le temps du traitement de l’information de 70 jours à moins de 10 jours tout en améliorant de manière substantielle la qualité de l’information. La Securities and Exchange Commission (SEC) supporte également l’utilisation du standard de reporting XBRL dans le cadre de la collecte des informations prudentielles. Une attention particulière est portée dans un premier temps sur l’industrie des fonds d’investissement avec comme objectif de modéliser et de collecter en XBRL les données inhérentes au reporting prudentiel.

En Europe, le secteur bancaire, sous l’impulsion du Comité Européen des Superviseurs Bancaires (CEBS) et de ses membres (les autorités de surveillance européennes), s’est largement impliqué dans le développement d’un nouveau reporting réglementaire qui repose sur les taxinomies et le standard XBRL. Le CEBS a défini un modèle de données commun recueillant le support de l’ensemble des autorités de surveillance européennes. Ce modèle couvre, d’une part, les informations concernant l’adéquation des fonds propres (projet COREP) et, d’autre part, le reporting financier consolidé des établissements de crédit soumis aux normes IFRS (projet FINREP). Dans un autre domaine mais toujours à l’échelle européenne, Eurostat en collaboration avec les instituts de statistiques nationaux, étudie et implémente la collecte des informations statistiques avec le standard XBRL.

Au niveau national, l’ensemble des autorités de surveillance des pays européens ont en priorité dans leur agenda l’utilisation et l’intégration de standards dans la chaîne valeur du reporting réglementaire. En pratique, en Espagne, les banques sont impliquées depuis plusieurs mois dans différents projets liés à la transmission des informations prudentielles via le standard XBRL. En Belgique, la banque nationale prévoit pour 2007 de collecter l’ensemble des bilans des sociétés belges de manière électronique par le biais d’XBRL, tandis que la Commission Bancaire, Financière et des Assurances (CBFA) a largement contribué dans la définition du reporting financier IFRS en XBRL. Le gouvernement hollandais a lancé un projet d’envergure visant à rassembler l’ensemble des informations financières des sociétés (états financiers, informations fiscales, etc.) sous un format structuré supporté par la norme XBRL. La France, l’Allemagne, l’Italie, la Suède, la Finlande, la Norvège, parmi d’autres, suivent également cette tendance et montrent que cette norme quitte irrémédiablement le stade de concept théorique et est un atout non négligeable dans la mise en place de solutions pratiques.

La recherche de plus d’efficacité, de consistance et transparence du reporting financier n’est pas limitée aux autorités publiques. Plusieurs institutions financières, dans la lignée des travaux menés par leurs autorités de surveillance, ont également mis en place des projets visant à intégrer le standard XBRL au sein de leurs chaînes de valeur internes et externes de reporting. Elles montrent ainsi qu’au-delà d’une réponse à des exigences réglementaires, elles peuvent bénéficier d’un nouveau contexte pour améliorer et réduire les coûts de leurs processus de reporting.

XBRL au Luxembourg : quels bénéfices?

En tant que place financière européenne, le Luxembourg ne pouvait rester indifférent au développement du standard de reporting financier XBRL. Dans l’esprit des travaux européens du CEBS, la CSSF a introduit les concepts d’un nouveau reporting prudentiel pour 2008 qui repose sur le standard financier XBRL.

Récemment, la Place s’est dotée d’une juridiction XBRL qui réunit des acteurs parmi lesquels l’ABBL, la CSSF, le commissariat aux assurances, la société de la Bourse de Luxembourg, l’IRE, le STATEC, L’ALFI, L’ACA, l’OEC. Cette juridiction vise notamment à développer et à maintenir des taxonomies répondant aux caractéristiques et aux besoins locaux. La mise en place de cette juridiction démontre aussi clairement les enjeux et opportunités qu’XBRL peut apporter pour l’ensemble des acteurs économiques de notre Place.

Comme dans d’autres pays, la question au Luxembourg n’est plus de savoir à quoi sert XBRL mais bien quand les bénéfices de son utilisation seront-ils tangibles? Il est, en effet, important de pouvoir se doter des solutions et d’une infrastructure de reporting intégré pouvant supporter les évolutions récentes du reporting réglementaire tant au niveau de son contenu, de son volume ou de la maîtrise de ses coûts. Ainsi la Place pourra assurer la transparence et l’accès des informations financières à destination des investisseurs.


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