Luc Henzig, Associé
d'Lëtzebuerger Land, 9 février 2007
Peut-on vivre en bonne santé tout en subissant la pression du travail et le stress de la vie de tous les jours ? Est-ce que l’employeur peut contribuer à la bonne santé de ses employés ? Ces questions ne sont pas vraiment nouvelles. En effet, cette problématique remonte au XIXe siècle où le patronage et le paternalisme industriel ont pallié une absence de sécurité sociale. Certains entrepreneurs de cette époque ont mis en place des stratégies sociales globales prenant en charge le logement, la santé, l’hygiène, l´éducation et les loisirs des populations ouvrières. Ces initiatives n’étaient pas uniquement philanthropiques, mais visaient à disposer de la main-d’œuvre nécessaire aux processus de fabrication et à augmenter la productivité.
Si les questions restent fondamentalement les mêmes à l’heure actuelle, l’environnement a fortement changé avec notamment l’introduction des systèmes de sécurité sociale. Par ailleurs, les efforts déployés par les entrepreneurs se sentant responsables de la santé de leurs employés, ne sont plus uniquement motivés par la performance économique de l’entreprise. Et le lieu de travail est de plus en plus vu comme un endroit stratégique pour prévenir les maladies chroniques.
Le World Economic Forum de Davos vient de publier un rapport sur cette problématique . Selon le World Health Organisation (WHO), les maladies chroniques sont responsables en 2005 d’approximativement 60% des décès dans le monde, y compris les maladies cardiovasculaires, le cancer, le diabète, etc. En outre, ce pourcentage devrait augmenter dans les 10 ans à venir de quelque 17%. Les causes sont : le vieillissement de la population et l’exposition à des risques accrus résultant d’une mauvaise nutrition, un manque d’activité physique, le stress, etc.
D’un autre côté, le nombre de maladies infectieuses et autres maladies devraient diminuer légèrement. Ces phénomènes ont des conséquences économiques importantes pour les finances des ménages mais également pour les caisses de maladie, qui prennent en charge tous les stades des maladies chroniques.
La prévention des maladies chroniques devient donc une priorité. Elle passe par des actions à court terme avec un impact important et visant à changer les comportements et habitudes des personnes. Un exemple : l’obésité. Celle-ci augmente le risque de maladies cardiovasculaires, de cancer ou de diabète et peut avoir une incidence non négligeable sur la capacité de travail de la personne. L’obésité résulte souvent d’une nutrition non adaptée et du manque d’exercice physique.
D’où l’idée d’utiliser le lieu de travail où l’individu passe une partie importante de son temps pour influencer son comportement en vue d’éviter le développement de maladies chroniques. L’idée est de mettre en place des environnements qui supportent la prévention ou d’améliorer les infrastructures existantes (par exemple cantines).
La mise en place de telles actions peut prendre deux formes: des actions spécifiques pour affronter une maladie chronique spécifique (campagne contre le cancer, ...) ou des actions visant à changer un comportement général et réduisant ainsi les facteurs de risques conduisant à des maladies chroniques.
C’est surtout dans cette deuxième catégorie que l’action des entreprises est intéressante. Les types d’actions sont variés et vont de l’introduction de choix de menus plus équilibrés dans les cantines, de la mise en place ou du cofinancement de programmes de fitness et d’activités physiques, etc.
Cette prise de conscience fait son chemin au Luxembourg où l’on voit de multiples actions apparaître dans les entreprises grand-ducales. Les raisons sont diverses. On trouve, d’un côté, le potentiel d’accroissement de la productivité et, d’un autre côté, un facteur différentiateur (amélioration de l’image de marque, recrutement du personnel, ...).
Si les dépenses dans des programmes de ce type augmentent, reste à savoir si ces programmes sont efficients et comment le vérifier. Il est important que les initiatives au niveau des entreprises s’inscrivent dans une stratégie globale de prévention des maladies chroniques organisée et coordonnée au niveau national voire mondial, tout en adaptant les actions aux valeurs sociales et culturelles locales et aux besoins de santé en résultant.
Au Luxembourg également, ces initiatives au niveau des entreprises doivent s’inscrire dans un cadre général défini par le ministère de la Santé. Dans un premier temps, il est important d’identifier les risques de maladies chroniques auxquels les employés du pays sont assujettis et de mettre des mesures statistiques en place pour suivre régulièrement l’évolution.
Les entreprises devraient ensuite être sensibilisées aux risques. En fonction de l’exposition aux risques, les entreprises devraient être incitées à mettre en place des programmes pour leurs employés.
Ces programmes n’auront des chances de réussite que si les principes de vie plus saine deviennent une partie intégrante de la culture de l’entreprise. Ceci suppose qu’une animation régulière soit organisée dans les entreprises pour changer le comportement à long terme.
Le succès de ces programmes devrait se mesurer dans les statistiques mises en place au niveau national et au niveau des entreprises. Un des grands challenges au niveau des entreprises sera de pouvoir récolter une information sur les raisons de maladies ou l’état de santé des employés et de mesurer l’impact qu’aura le programme intramuros.
En l’absence de telles statistiques, la seule alternative sera la consultation des employés sur la satisfaction des programmes mis en place et le benchmarking et l’échange des meilleures pratiques entre entreprises.
En conclusion, il existe une prise de conscience réelle que la santé est un bien important et que l’employeur a un rôle important. Il faut maintenant mettre en place au niveau national et au sein des sociétés les actions pour favoriser et coordonner la prévention des maladies chroniques dans l’intérêt de tous.