Luc Henzig, Associé et Laurent Collet, Directeur
Lëtzebuerger Land, 13 janvier 2006
XBRL (eXtensible Business Reporting Language) transforme radicalement la communication de l’information financière. En mieux.
Plus que jamais, la communication financière publiée par les sociétés se trouve sous les feux de l'actualité. Jusqu'à présent, le débat portait surtout sur la nature des informations qui sont, ou ne sont pas, présentées. Aujourd’hui, les parties prenantes du marché se penchent également sur la méthode et les standards qui seront utilisés, dans le futur, pour échanger les informations.
Le développement du standard de reporting financier, eXtensible Business Reporting Language (XBRL), vient transformer radicalement la manière dont les entreprises fournissent des informations aux investisseurs, aux opérateurs des marchés et aux autorités de surveillance, permettant désormais à chacun de ces intervenants de détenir toutes les informations nécessaires à la prise de décision.
Par rapport au papier, la communication électronique constitue un moyen plus rapide, moins cher et plus efficace d’échanger de l’information entre différentes entités. Désormais, lorsqu'il s'agit d'obtenir en temps opportun les informations fournies par les entreprises, les personnes intéressées se tournent automatiquement vers Internet.
Seul bémol : Internet ainsi que la communication électronique n'offrent pas encore aux utilisateurs une fonctionnalité uniforme pour l'extraction et l'analyse du contenu des documents et de ses informations. L’envoi d’un fichier électronique de type ‘pdf’ via Internet accélère sans doute la communication mais nécessite néanmoins un re-traitement manuel - avec ses sources d’erreurs inhérentes - de l’information. Cette situation pourrait en partie changer grâce au langage XBRL qui fournit désormais une méthode commune d'échange d'informations entre des systèmes disparates.
XBRL est un standard de reporting qui identifie de manière unique les données et les véhicule via Internet dans un format interprétable par la plupart des logiciels.
Dans un tout autre registre, le concept XBRL peut être comparé à l’utilisation et à la valeur ajoutée apportée par les containers métalliques. Ces derniers transportent différents produits pour diverses sociétés suivant des standards communs permettant un acheminement efficace au travers de plates-formes de transport variées (avion, train, camion, bateau,…).
L’identification des données en XBRL s’effectue sur base d’une taxonomie. Cette taxonomie organise la présentation des données mais permet encore la définition de règles mathématiques et logiques qui valident les données lors de leurs soumissions vers les destinataires.
Les destinataires des informations financières transmises sous XBRL ont donc la possibilité d'analyser et de catégoriser instantanément les données, sans avoir à les saisir à nouveau, à les valider ou à en convertir le format. XBRL minimise donc la nécessité d'intervention humaine au moment d'échanger des informations financières et non financières entre les systèmes ou les organisations.
Les premières mises en place
XBRL est aujourd’hui reconnu comme le standard de référence pour le reporting des données financières. Dans ce cadre, XBRL peut supporter et améliorer les processus de reporting interne aux sociétés (consolidation de données financières entre les différentes entités, préparation des rapports périodiques et de gestion,…) ainsi que les processus de reporting externe à destination des autorités de surveillance, du gouvernement, de la Bourse, des investisseurs et d’autres analystes.
Ce sont d’ailleurs les autorités et les gouvernements qui, depuis quelques mois, sont les premiers à sérieusement considérer et à mettre en oeuvre des solutions de collecte et de reporting de l’information sous le standard XBRL. Le point commun au démarrage de ces projets repose sur une volonté des institutions gouvernementales de réduire le coût du reporting réglementaire auprès des particuliers et entités régulés tout en intégrant les nouvelles contraintes européennes au niveau des normes IFRS et Bâle II.
Ces derniers mois, on a assisté en Europe au développement de plusieurs projets XBRL d’envergure. Le gouvernement néerlandais, et plus particulièrement ses ministères de la justice et des finances, ont ainsi pour objectif de réduire de 25 % les coûts d’administration et d’épargner au moins 420 millions d’euros aux sociétés hollandaises. Pour répondre à ces objectifs, XBRL est utilisé comme standard dans le cadre de la collecte des rapports annuels, des statistiques financières et des rapports liés aux taxes. En se basant sur les normes IFRS, le gouvernement a ainsi élaboré une taxonomie XBRL couvrant l’ensemble des besoins de reporting financier aux Pays-Bas. Cette taxonomie commune permet donc d’améliorer sensiblement le processus de reporting des sociétés vers le gouvernement mais également la consistance des données reçues. Les rapports et données redondantes ont été supprimés dégageant ainsi de précieuses économies pour les sociétés.
Le secteur bancaire européen sous l’impulsion du Comité Européen des Superviseurs Bancaires (CEBS) est également impliqué dans le développement d’un nouveau reporting réglementaire qui repose sous le standard XBRL. Le CEBS a ainsi recommandé l’utilisation d’XBRL dans le cadre du reporting vers les autorités de surveillance lié, d’une part, aux informations concernant l’adéquation des fonds propres (pilier 1 de la réforme Bâle II) et, d’autre part, en matière de reporting financier consolidé des établissements de crédit soumis aux normes IFRS. Avec le support et l’implication de l’ensemble des superviseurs bancaires européens, deux projets sont en cours visant à proposer pour début 2006 un reporting commun sous une taxonomie XBRL. Ici encore, l’objectif premier du projet est de rationaliser les processus de reporting prudentiel et, par conséquent, de diminuer les coûts de la supervision bancaire en Europe et ce, tant au niveau des banques que des superviseurs eux-mêmes.
Différentes banques nationales et autorités de surveillance ont déjà pris les devants dans le cadre de projets XBRL. En Espagne, un projet ‘pilote’ est actuellement en cours avec les principales banques espagnoles dans le cadre de la transmission des informations prudentielles via le standard XBRL. En Belgique, la banque nationale prévoit pour 2007 de collecter l’ensemble des bilans des sociétés belges de manière électronique par le biais d’XBRL. Le gouvernement hollandais a lancé un projet d’envergure visant à rassembler l’ensemble des informations financières des sociétés (états financiers, informations fiscales, etc.) sous un format structuré supporté par la norme XBRL. Il existe d’autres projets au niveau national (France, Allemagne, Italie,…) et européen (Eurostat) qui démontrent également que cette norme quitte irrémédiablement le stade de concept théorique et permet la mise en place de solutions pratiques.
XBRL au Luxembourg
En tant que place financière européenne, le Luxembourg ne pouvait rester indifférent au développement du standard de reporting financier XBRL. Dans l’esprit des travaux européens du CEBS, la CSSF a récemment émis une circulaire (circulaire CSSF 05/27) dans laquelle elle introduit les concepts d’un nouveau reporting prudentiel pour 2008 qui repose sur le standard financier XBRL.
En juin 2005, une première réunion sur le thème XBRL a également réuni au Luxembourg les principaux acteurs concernés de la place parmi lesquels la CSSF, l’ABBL, la société de la Bourse de Luxembourg, l’Institut des Réviseurs d’Entreprises, le STATEC ainsi que différents représentants de solutions technologiques. Lors de cette réunion, les participants ont exprimé une volonté claire de mettre en place une juridiction XBRL au Luxembourg comme elles existent déjà en Belgique, Allemagne, France et dans d’autres pays européens. Ces juridictions visent notamment à développer et à maintenir des taxonomies répondant aux caractéristiques nationales.
Comme dans d’autres pays, la question au Luxembourg n’est plus de savoir à quoi sert XBRL mais bien quand les bénéfices de son utilisation seront-ils tangibles? Il est, en effet, important pour la place financière de Luxembourg de pouvoir se doter des solutions et de l’infrastructure intégrant les évolutions récentes du reporting réglementaire tant au niveau de son contenu, de son volume ou de la maîtrise de ses coûts. La place doit aussi veiller à la transparence et à l’accès des informations financières à destination des investisseurs. Le gouvernement luxembourgeois s’aligne d’ailleurs sur cette démarche dans la définition des objectifs stratégiques de son plan directeur de la gouvernance électronique.
XBRL n’est sans doute pas la solution unique à l’ensemble de ces objectifs mais bien un élément incontournable pour y répondre.
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