Vinciane Istace, Associée en charge des ressources humaines
Le Jeudi, 24 avril 2008
Partout dans le monde, les employés réclament des formules de restauration plus saines, du temps alloué au travail social, des initiatives pour une entreprise plus verte et plus investie dans les préoccupations environnementales. Telle est la conclusion d’une conférence internationale organisée par PricewaterhouseCoopers à Rome pour les managers en ressources humaines .
Parallèlement, pour ces responsables RH, les entraves les plus importantes à la mise en place d’une responsabilité durable ou sociétale sont le manque d’engagement de la part de la direction (22%), suivi par la faible prise de conscience au sein de l’entreprise elle-même (16%).
L’étude montre que neuf managers en ressources humaines sur dix considèrent que la gestion des talents représente un des grands défis des cinq prochaines années et 65% estiment même que ce sera le défi le plus important pour leurs entreprises, suivi par la nécessité d’établir des indicateurs de mesure fiable de l’efficacité de la fonction RH et l’importance croissante du déploiement international des compétences.
Trois quarts des participants à l’étude mentionnent une augmentation des demandes pour le télétravail et la possibilité de travailler de la maison. Quelque 17% ont répondu que le programme de responsabilité sociétale de leur entreprise était principalement mené par les ressources humaines, mais plus d’un tiers admet n’être que peu ou pas du tout impliqué dans ce processus.
Mutation
Les politiques de développement durable deviennent de plus en plus un engagement essentiel pour les entreprises plutôt qu’un à-côté optionnel. Les employés expriment de plus en plus d’attentes par rapport aux dimensions du bien-être et de la flexibilité proposées par leur environnement de travail. Certaines entreprises peuvent ressentir ce phénomène comme une pression additionnelle sur leurs enjeux organisationnels mais la plupart prennent conscience de l’importance d’aborder ces débats. En effet, des progrès dans ce domaine développent considérablement l’engagement de la part des employés, et supportent, en ce sens, l’amélioration de la performance de l’entreprise.
Nombre d’études annoncent l’émergence d’un nouveau mode de pensée au sein des organisations. Ces mutations amènent les hauts responsables à substituer leur gouvernance traditionnelle de type industrielle où mesure de performance, économies d’échelle et avantages structurels dominent, à une gouvernance de type « people business » qui intègrent la gestion du capital humain comme avantage compétitif.
La recherche de solutions à des problèmes inhabituels générés par des environnements économiques très évolutifs engendre la mise en valeur des capacités de créativité et la recherche de grandes expertises. Pour attirer, retenir et développer de tels profils, la mise en place d’un environnement de travail soucieux du bien-être de ses employés, apte à individualiser le traitement de la performance et le suivi des carrières, agile en matière de communication et cohérent dans la promotion de ses valeurs au travers de sa culture d’entreprise sera un différenciateur déterminant.
Quant aux métiers RH eux-mêmes, 80% des managers en ressources humaines investis d’une dimension internationale pensent qu’améliorer la réputation de la profession est la clé pour attirer de nouveaux talents. Nombreux sont ceux aussi qui soulignent le besoin d’instaurer de meilleures formations et qualifications et d’identifier en externe des personnes expérimentées dans le domaine.
Tout comme les CEO (dont 1,150 ont été consultés par PricewaterhouseCoopers pour une étude annuelle ), les senior managers en ressources humaines pensent que les personnes les plus difficiles à recruter sont celles qui combinent expérience technique avec de solides affinités pour le monde des affaires, suivies de celles qui possèdent une capacité à diriger (15%) et de celles ayant une exposition internationale appropriée (14%).
Pour les années à venir, l’étude montre que près de la moitié des managers en ressources humaines pensent que la plupart des entreprises auront un responsable des ressources humaines ou un poste similaire siégeant dans leur comité de direction d’ici 2015. Cependant, près d’un cinquième des directeurs de ressources humaines pensent que la fonction des ressources humaines sera dépassée d’ici là. Quelque 65% s’accordent à penser que des packages de rémunération pourront utilement mesurer la capacité des managers à retenir les talents et moins de 10% pensent que la responsabilité sociétale et le développement durable perdront en importance dans les agendas des entreprises.
Face à un nouvel ordre économique, notre capacité à organiser nos environnements de travail différemment, c’est-à-dire basés sur une approche de gestion éthique et flexible de notre capital humain et supportant activement la création de valeur au-delà des seuls actionnaires, sera un des critères déterminants de succès. Dans ce contexte, les efforts en matière de bien-être et responsabilité sociétale sont de véritables investissements sur le futur !